La synagogue de Lunéville

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Lunéville est connue pour son château et son riche passé de cité cavalière. Elle l’est moins pour son patrimoine religieux hébraïque, qui compte pourtant parmi les plus anciens de France. Découverte.

Rue Castara, ancienne rue de la Douane, se trouve la synagogue de Lunéville. Classée monument historique en 1980, elle mérite le détour tant sur le plan patrimonial qu’historique.

La plus vieille synagogue de France

Les Juifs, expulsés de Lorraine sous René II, revinrent petit à petit au cours des siècles suivants. Leur présence, non officialisée, était tolérée. Une ordonnance ducale de 1721 officialisa de facto la communauté juive de Lorraine, les autorisant à commercer et à établir des synagogues.
Le XVIIIe siècle est marqué par la construction de trois synagogues en Lorraine : Phalsbourg en 1772 (reconstruire entièrement en 1857), Lunéville en 1785-1786 et Nancy en 1788. Ces deux dernières sont l’œuvre d’Augustin Charles Piroux (Lunéville, 1749 – Epinal, 1805), architecte et homme de loi, qui est également l’auteur de la maison située au 33 rue de la République à Lunéville. La synagogue, qui compte 180 places, coûta la somme de 40 000 livres de Lorraine.
L’initiative de la construction de la synagogue est due à Abraham Isaac Brisac, syndic des Juifs de Lunéville dont la communauté comptait une trentaine de familles. Louis XVI accorda cette faveur, mais comme le culte juif n’était que toléré, l’édifice dut être construit en retrait de la voie publique, derrière une maison. Cette dernière, qui servait de bâtiments communautaires, a disparu en 1914 lors d’un incendie criminel. Depuis, tout un chacun peut admirer la façade en passant dans la rue.

Une façade élégante

La façade de grès rose est de style classique, mêlant quelques décorations baroques à une interprétation régionale lorraine. Plusieurs symboles royaux sculptés sur la frise séparant le premier du second niveau montraient la reconnaissance de la communauté juive envers Louis XVI. Ils furent martelés à la Révolution.
La généreuse guirlande de pampres de vigne et la couronne partiellement martelée sont généralement interprétées comme le symbole du peuple juif et de la Loi transmise par Dieu à Moïse. Ces sculptures sont dues à Pierre Thouvenot.
Le linteau de la porte accueille une inscription biblique en hébreux : « Tu accueilleras cependant, Éternel, mon Dieu, la prière et les supplications de ton serviteur ». Elle remplace une inscription autrefois en français : « Au Dieu d’Israël, par permission du roy de France, l’an 1786 ». Mise à part cette inscription et la représentation des tables de la loi dans la ferronnerie de l’imposte, la façade ne comporte aucune référence à la religion juive.

Des particularités locales

Les vitraux de la synagogue sont en verre de Baccarat. C’est l’une des très rares utilisations connues. Cela illustre également les liens commerciaux noués en Lorraine, et l’importance de la communauté lunévilloise.
Par ailleurs, fait unique, la synagogue comporte trois portes : une pour les hommes en façade, une pour les femmes sur le côté (qui leur permet ainsi d’accéder à la tribune) et une petite porte pour les enfants, qui pouvaient ainsi sortir sans perturber l’office. Cette dernière, toujours visible sur la façade droite, a été murée au XIXe s.

Agrandie en 1860 et 1870, la synagogue a survécu aux bombardements de 1914 et à la Seconde Guerre mondiale, malgré l’intention des Allemands d’y mettre le feu. Elle est aujourd’hui le centre cultuel d’une communauté active, fière de ce patrimoine exceptionnel. Elle mérite assurément la visite.

Pour en savoir plus : Mémoires des communautés juives de Meurthe-et-Moselle, Meuse et Vosges, par Henry Schumann, éd. Serpenoise, 2003, 79 p.
La synagogue se visite lors des Journées du Patrimoine et de la Journée européenne de la culture juive ou sur RDV.