Le cirque Arlette Gruss revient à l’Essentiel

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© Cirque Arlette Gruss

Du 16 octobre au 1er novembre, le Cirque Arlette Gruss revient à Nancy avec un nouveau spectacle et une même ambition : émerveiller tous les publics.

Deux heures en dehors du quotidien

Après Parenthèse, présenté la saison dernière, Essentiel ouvre un nouveau chapitre de son histoire, un chapitre riche en performances, en poésie, en humour et en émotion. Pas question, pour le cirque quarantenaire, de regarder dans le rétroviseur ; il ne fait que revenir à l’essence du spectacle vivant – ce qui signifie, chez lui, continuer à le faire évoluer. Pendant environ deux heures, les numéros s’enchaînent et les disciplines se rencontrent.

Après l’ouverture menée par la troupe Arlette Gruss au complet, Artem Lyubanevych défie l’équilibre sur des chaises, avant que la Compañía Havana, Alexis et Eros Gruss ne prennent leur élan à la bascule. Julia Friedrich et Kevin Gruss investissent ensuite les airs aux sangles élastiques. Puis Laura-Maria Gruss et Linda Biasini-Gruss entrent en piste avec les chevaux, tandis que Sabrina Aganier et Timofei Cemko évoluent au cerceau aérien. 

En guise d’interlude d’une performance à l’autre, le clown Bellini vient bousculer le rythme en déclenchant les rires des spectateurs.

Après l’entracte, nouvelle salve de performances : Claudia Rapoli s’élance sur le fil, Artem Lyubanevych prend de la hauteur au pole aérien et Taiki Geray Aguirre Shibuya joue les équilibristes sur son monocycle. La Compañía Havana revient à la barre russe, avant qu’Artem Lyubanevych et Oleg Shakirov ne prennent à leur tour possession des airs aux sangles aériennes. Bellini continue, lui, de ponctuer le spectacle de ses interventions.

L’adrénaline monte encore d’un cran avec le Globe of Speed : dans une sphère métallique, les motos se croisent à toute vitesse à quelques mètres du public. Un dernier grand frisson avant que toute la troupe Arlette Gruss ne se retrouve en piste pour le final.

Si l’exploit reste au cœur de la piste, Essentiel entend donc jouer sur les contrastes. Quant au cirque Arlette Gruss, il poursuit son éternel défi : parvenir à étonner un public qui croit parfois avoir déjà tout vu. 


En coulisses avec Marc Muller & Robin Picariello

Des finances à la lumière, le spectacle se construit aussi hors des projecteurs. Marc Muller et Robin Picariello font partie de ces maillons essentiels qui œuvrent en coulisses.

3 questions à Robin Picariello, Régisseur lumière

Comment êtes-vous arrivé chez Arlette Gruss ?

Le cirque avait repéré mon CV et m’a proposé un essai de deux semaines, en avril 2025, pendant la tournée des 40 ans. Je venais de l’événementiel, à Toulouse, où je travaillais sur des concerts et événements d’entreprise. J’ai découvert le montage du chapiteau, l’installation, puis le spectacle, jusqu’à en assurer la régie lumière à la fin de mon essai. L’expérience a été concluante et j’ai rejoint la tournée suivante en septembre.

Quelles sont vos missions ?

Nous sommes deux régisseurs lumière à nous partager la tournée. À chaque étape, il faut réinstaller le matériel, effectuer les tests et ajuster les positions pour retrouver le même rendu. Pendant le spectacle, tout est déclenché manuellement, séquence après séquence. Il faut accompagner les artistes et la musique jouée en direct : avec autant d’éléments à coordonner, cela demande beaucoup de concentration.

Vivre cette vie, c’est aussi être nomade…

Oui. J’aime bouger, découvrir de nouvelles villes et côtoyer des personnes de nationalités différentes. L’équipe m’a très bien accueilli et les liens se créent vite quand on passe autant de temps ensemble. À 27 ans, j’ai aussi peu d’attaches et je peux partir plusieurs mois. Je me vois encore faire quelques saisons, même si je suis toujours très content de rentrer chez moi !

3 questions à Marc Muller, Directeur de production

Vous n’étiez pas destiné à travailler dans le monde du cirque…

Pas du tout ! J’étais auparavant agent général d’assurance. Je ne connaissais pas particulièrement cet univers, mais j’avais envie de changement… ça fait huit ans maintenant. Pour s’y engager, il faut sans doute avoir en soi un côté Petit Prince de Saint-Exupéry. Chaque saison apporte un nouveau spectacle, de nouveaux artistes, une nouvelle histoire.

En quoi consiste votre rôle ?

Je m’occupe d’abord de tout ce qui touche aux finances : relations avec les banques et les experts-comptables, emprunts, suivi des ventes… J’assure aussi la gestion des dîners-spectacles depuis leur lancement en 2021, en faisant l’interface entre le traiteur et les équipes du cirque. Enfin, je supervise les approvisionnements du bar et des cuisines. Pour ces dernières, cela représente environ 15 000 euros de commandes par mois avec, par exemple, quelque 110 kg de pommes de terre commandés chaque semaine. Cette polyvalence me plaît : je ne m’ennuie jamais !

Comment vit-on au quotidien dans un cirque de 120 personnes ?

Je me suis adapté assez rapidement, d’autant que j’ai la possibilité de rentrer parfois chez moi, à Mulhouse, et de télétravailler. Cela permet de préserver une vie de famille, même si ce n’est pas toujours simple. Le rythme est fatigant, mais je n’ai, pour l’heure, aucune intention d’en changer !


Dîner ou show, ne plus choisir

Le 24 octobre, le Cirque Arlette Gruss propose son dîner-spectacle, une soirée où plaisirs de la table et de la piste se savourent de concert.

© Cirque Arlette Gruss

À Nancy, rendez-vous est pris samedi 24 octobre à 20 h, sous le chapiteau de la place Carnot. Dès l’arrivée, l’ambiance se veut différente d’une représentation classique. Après l’accueil et l’apéritif, le dîner débute, ponctué d’interventions surprises. Puis la piste entre progressivement dans la danse : première partie du spectacle, dessert, deuxième partie… Jusqu’à la fin de soirée – et le carrosse redevenu citrouille –, prévue autour de 23 h 30.

Côté cuisine, le cirque Arlette Gruss a choisi de ne pas appliquer une recette identique partout. Dans chaque ville, les menus sont confectionnés avec des artisans culinaires locaux, lesquels mettent en avant leurs terroirs respectifs. Une façon d’ancrer cette expérience itinérante dans les territoires traversés par la tournée.

© Cirque Arlette Gruss

Le goût du spectacle

À Nancy, la carte, signée Marcotullio, ne manque ni de gourmandise ni de créativité. Plusieurs formules et catégories de placement sont proposées.

La formule Tradition propose un pâté en croûte de volaille accompagné de citron, moutarde et condiment aigre-doux, suivi d’un parmentier de patate douce et poulet rôti au curry, puis d’une transparence d’une fausse tarte au citron. Le tout est accompagné d’un apéritif, d’eau, d’un verre de vin et d’un café ou d’un thé.

Décliné avec vins, avec champagne ou sans alcool, le menu Saveurs pousse l’expérience un peu plus loin avec, entre autres, une pomme d’amour de foie gras et sa gaufrette de pomme de terre, puis un baeckeoffe de foie gras et de caille caché sous une croûte à casser. Pour finir ? Un « faux Magnum » exotique, avec ganache montée au Malibu et enrobage chocolat blanc-coco.

Les végétariens ne restent pas en bord de piste et savourent un pressé de butternut, confit aux herbes et œuf parfait, puis une lasagne gratinée aux légumes et aux truffes. Les enfants ont eux aussi droit à leur menu avec un burger géant de nugget maison et un râpé de pommes de terre, avant un éclair au chocolat en forme de clown.

Bref, le 24 octobre, attendez-vous à bien davantage qu’une simple soirée au cirque. De l’apéritif aux derniers saluts des artistes, le cirque Arlette Gruss promet près de quatre heures à table et en piste. Une autre façon de goûter à Essentiel… au sens propre comme au figuré.


Portraits d’artistes

Deux artistes, deux parcours et une même vie au rythme du cirque. Sara Berousek et Sabrina Aganier racontent la piste, la famille et le choix d’une existence itinérante.

3 questions à Sabrina Aganier, Acrobate

Parlez-nous du duo que vous formez avec Timofei Cemko, votre époux.

Je pratique le cerceau aérien et la contorsion depuis 2009. Après sept ans au Cirque du Soleil, j’ai poursuivi ma carrière en indépendante en Europe. Timofei, lui, vient de la gymnastique et s’est progressivement tourné vers le cirque. Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avons créé ensemble un numéro de cerceau aérien avec suspension buccale. Il repose sur une confiance absolue : ma vie est littéralement entre ses mains !

Que représente Essentiel pour vous ?

Je trouve le titre très bien choisi. Dans notre numéro, il y a l’amour, la passion, la connexion entre nous. Chaque spectacle a une énergie différente et nous adaptons notre numéro à l’ambiance, mais nous cherchons toujours à projeter quelque chose de très intérieur vers le public. Pour moi, l’essentiel, c’est cela : aller chercher quelque chose de profond, qui vient du cœur.

Vous voyagez aujourd’hui avec votre fille de 2 ans. Comment vivez-vous cette vie itinérante ?

Je n’ai jamais voulu arrêter ma carrière en devenant maman. Voyager fait partie de notre métier et c’est aussi ce que j’aime : changer de ville, recommencer ailleurs, ne jamais vivre exactement la même chose. Notre fille voyage avec nous, parle russe, français et anglais et s’intéresse déjà beaucoup au cirque ! Entre deux tournées, nous retrouvons nos familles en Moldavie et au Québec. Je ne changerais cette vie pour rien au monde.

3 questions à Sara Berousek, Danseuse

En tant que nièce de Gilbert et Linda Gruss, devenir artiste était une évidence ?

Je ne me suis jamais vraiment posé la question ! Quand on grandit dans cet univers, on commence très jeune l’acrobatie, la gymnastique, la souplesse, tout en suivant une scolarité normale. À 18 ans, j’ai travaillé avec des numéros de chiens et de chevaux, puis j’ai suivi mon propre chemin. Je suis revenue chez Arlette Gruss il y a deux saisons, cette fois comme danseuse. Revenir dans ce cirque, l’un des trois plus importants des cirques européens, est un grand honneur.

Danseuse dans un spectacle de cirque, qu’est-ce que cela implique ?

J’interviens dans cinq ou six tableaux, avec autant de changements de costumes, et je participe aussi au numéro de chevaux. C’est très exigeant car, contrairement aux autres danseurs, formés au classique, au contemporain ou au moderne, je suis avant tout acrobate. Dans l’idéal, j’aimerais pouvoir continuer à faire les deux : acrobate et danseuse.

Pourriez-vous imaginer vivre loin du cirque ?

Difficilement. Beaucoup d’artistes restent dans cet univers après leur carrière, en travaillant au placement, à la billetterie, à la vente, à la logistique ou dans les coulisses. C’est aussi comme cela que j’imagine mon avenir. Certains quittent le cirque par amour pour devenir sédentaires ; pour ma part, je préférerais que le mouvement se fasse dans l’autre sens !


Le cirque Arlette Gruss passe au vert

Dix mois de tournée, 19 villes, près de 300 000 spectateurs : faire voyager un cirque a forcément un impact. Le cirque Arlette Gruss l’a mesuré et multiplie les actions pour le réduire.

Venir au plus près du public

Surprise : le principal poste d’émissions n’est ni le chapiteau, ni ses projecteurs, ni même les camions qui sillonnent la France. La moitié de l’empreinte carbone est liée aux déplacements du public.

À Bordeaux, où le chapiteau s’installe place des Quinconces, au bout du tram, 42 % des spectateurs utilisent les transports en commun, contre 17 % en moyenne sur l’ensemble de la tournée. Un résultat que le cirque entend désormais faire valoir auprès des villes pour privilégier autant que possible des installations centrales et accessibles autrement qu’en voiture. À Nancy, l’installation place Carnot s’inscrit justement en plein cœur de la ville.

De son côté, le cirque Arlette Gruss agit sur ce qu’il peut directement maîtriser. Les groupes électrogènes fonctionnant au gasoil ont été abandonnés au profit d’un branchement sur le réseau électrique à chaque étape où cela est possible. Résultat annoncé : 66 000 litres de gasoil économisés et 190 tonnes de CO₂ évitées. Six nouveaux camions sont également venus remplacer certains des véhicules les plus énergivores du convoi.

Du chapiteau jusqu’à la cantine

La démarche se poursuit dans les gestes du quotidien. Au bar et à la restauration, les spatules, barquettes et assiettes en plastique ont laissé place au bois ou au carton, tandis que les pailles sont en papier. Les gobelets jetables ont disparu au profit de contenants réutilisables consignés à 1 €.

Même logique à la cantine des équipes, où sont notamment consommées chaque année 5 tonnes de pommes de terre, une tonne de carottes et 1 300 salades, que le cirque indique issues de l’agriculture biologique. Plus largement, 20 % de ses fruits et légumes sont aujourd’hui bio, une proportion qu’il ambitionne de porter à 40 %. Côté approvisionnements, le cirque privilégie autant que possible les circuits courts et les entreprises françaises.

Reste enfin la question des déchets. Des poubelles de tri sont mises à disposition du public pour les bouteilles en plastique et les canettes en aluminium, récupérées chaque semaine par une entreprise spécialisée.

Mesurer, modifier, puis mesurer à nouveau : la démarche a surtout le mérite de chiffrer l’impact réel d’une activité par nature itinérante et de montrer où se situent ses principales marges de progression. Sous le chapiteau rouge et blanc, le vert est donc clairement en train de gagner du terrain.

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