FIG 2026 : le paysage dans tous ses états

2
Vosges secrètes © Colignon

Du 2 au 4 octobre, Saint-Dié-des-Vosges accueille la 37e édition du FIG. Consacrée au paysage, elle met la Roumanie et la Bulgarie à l’honneur.

Sensible, écologique, culturelle et politique : le FIG explorera cette notion dans toutes ses dimensions. Car un paysage n’est jamais un simple décor. Il raconte la façon dont les sociétés occupent un territoire, le transforment et s’y attachent. Il porte la trace de choix économiques, politiques et sociaux et révèle avec une acuité particulière les bouleversements environnementaux. Incendies, sécheresses, urbanisation, agriculture ou avenir de la montagne alimenteront donc ces trois jours d’échanges. Samedi, une grande table ronde invitera notamment à « Inventer les paysages du futur, maintenant ! », avec la géographe Magali Reghezza-Zitt, grand témoin de cette édition.

Regarder vers l’Est

Cette année, le FIG met non pas un, mais deux pays à l’honneur : la Bulgarie et la Roumanie. Entrés ensemble dans l’Union européenne en 2007 puis pleinement intégrés à l’espace Schengen en 2025, ces deux pays sont bordés par le Danube et la mer Noire, mais suivent des trajectoires territoriales contrastées. Déclin démographique, héritages du communisme et de l’industrie, transformations urbaines, environnement, frontières et rapport à l’Europe : leur situation éclaire nombre d’enjeux contemporains. Le FIG élargira la focale grâce à Hubert Védrine, qui décryptera dimanche l’ordre mondial, tandis que Pierre Haski participera vendredi à une « Cartographie des pouvoirs ».

En parallèle, le FIG se penchera sur son territoire. À Anould, l’ancienne papeterie du Souche se mue en galerie de street art à ciel ouvert. Dans le quartier Kellermann de Saint-Dié-des-Vosges, la place Salvador-Allende se transforme pour accueillir davantage de végétation et d’usages partagés. Et alors que 2026 a été proclamée Année internationale des parcours et du pastoralisme par l’ONU, un parcours spécifique explorera cette pratique qui façonne depuis des siècles les hautes chaumes et les vallées vosgiennes. Preuve qu’au FIG, le paysage ne se contente jamais d’être observé : il se pratique et se transforme.

Sous le Puente Rio Colorodo, à San Luis, Mexique, coulaient des trombes d’eau. Aujourd’hui, il n’y a plus une goutte. Le Colorado est le premier grand fleuve à ne plus atteindre sa mer. Depuis une vingtaine d’année, toute la partie mexicaine du fleuve s’est asséchée, perdant toutes ses forêts, réduisant à un désert le delta qui, auparavant, abritait une faune et une flore prospère en zone humide. © Collectif Argos
© Bruno Bebert

Le FIG côté fête

Concerts, jeux, cinéma, street art… Pendant trois jours, la géographie quitte aussi les salles de conférence pour investir les rues et les scènes de Saint-Dié-des-Vosges.

La Roumanie et la Bulgarie seront célébrées en musique. Sur la place de la Gastronomie et à la guinguette de l’Éco Resto, plusieurs formations feront entendre les Balkans tout au long du week-end. Kinaklov, fanfare de dix musiciens, puisera dans les répertoires tziganes de Macédoine, de Serbie et de Roumanie. Trad’n’Folk fera résonner les musiques traditionnelles d’Europe et d’ailleurs, tandis que le Balkan Express Orchestra mêlera sonorités serbes, roumaines et bulgares.

Vendredi à 20 h, Golyamata fera entendre à la cathédrale des chants traditionnels bulgares revisités. Samedi à 20h, Kinaklov investira le chapiteau Amerigo avec un spectacle empruntant à la fête de village, au mariage kitsch et au jeu télévisé yougoslave. À 21 h, le Balkan Express Orchestra prendra le relais à La Friche. Dans une tout autre ambiance, la soprano franco-roumaine Andreea Soare – qui s’est notamment produite à l’Opéra national de Paris et au Festival d’Aix-en-Provence – donnera, à 20 h à l’espace Georges Sadoul, un récital d’airs d’opéra, de lieder et de mélodies, accompagnée au piano par Verene Rimlinger. 

Dimanche à 16 h, le groupe Ladislava retracera, avec « Histoires de la musique tzigane », les racines et les différentes influences de ce répertoire, des traditions d’Europe de l’Est au jazz manouche.

À vous de jouer !

Deux jeux permettront également de découvrir la géographie autrement. Vendredi à 17 h, le public sera invité à géolocaliser des paysages : face à une photographie ou à un tableau, les participants devront retrouver l’origine du paysage représenté sur une carte interactive grâce à leur sens de l’observation et de la déduction. Samedi à 17 h 30, place au blind test « Le paysage pastoral en musique ! ». Réunis en équipes, les joueurs tenteront de reconnaître des morceaux interprétés en direct et découvriront les liens entre musique, géographie et paysages.

Le voyage passera aussi par le grand écran. Samedi à 20 h, l’association Art et Essai Excelsior projettera à Nova Ciné le drame de Cristian Mungiu Fjord, récompensé par la Palme d’or 2026.

Enfin, la géographie s’affichera hors les murs à Anould et dans le quartier Kellermann de Saint-Dié-des-Vosges. Énième preuve qu’au FIG, elle se regarde, s’écoute, se joue et se vit.

Friche © Alex Senna x FIG x MAUSA

Les paysages mis en mots

Plus de 60 éditeurs et plus de cent auteurs sont attendus au Salon du Livre du FIG, présidé cette année par Marie-Hélène Lafon, écrivaine intimement liée aux paysages.

MH Lafon © Olivier ROLLER

Sous le chapiteau du parc Jean-Mansuy, romans, essais, bandes dessinées et récits de voyage prolongeront, du vendredi au dimanche, les interrogations du festival : comment raconter un lieu ? Que gardons-nous des territoires où nous avons grandi ? Comment les paysages façonnent-ils les existences, les souvenirs et les imaginaires ?

Marie-Hélène Lafon, une œuvre enracinée

Pour présider cette édition, le FIG a choisi une écrivaine dont l’œuvre est bâtie autour de ces questions : Marie-Hélène Lafon. Née dans une famille de paysans du Cantal, agrégée de grammaire et enseignante de lettres classiques, l’autrice n’a jamais cessé de revenir par l’écriture à son territoire d’origine et au monde rural. Prix Goncourt de la nouvelle en 2016 et prix Renaudot en 2020, elle publie en 2026 Hors champ, chez Buchet/Chastel. Samedi à 17 h 30, à l’espace Georges-Sadoul, elle évoquera plus de vingt ans d’écriture, le Cantal et la ruralité. Dimanche à 15 h, au musée Pierre-Noël, elle proposera une lecture faisant dialoguer ses textes avec ceux de Charles Ferdinand Ramuz, Jean Giono, Julien Gracq et Jean-Baptiste Del Amo.

Plus largement, les visiteurs voyageront des steppes mongoles à l’Iran, de l’Ukraine à la Sicile, du Danube aux Balkans. Le grand reporter Olivier Weber évoquera samedi soir les personnages croisés aux quatre coins du monde. Dimanche, il retrouvera le géographe Christian Grataloup et l’écrivain Emmanuel Ruben pour s’interroger sur ce qui pousse les humains à parcourir de nouveaux territoires, à les découvrir, mais aussi à les coloniser.

Samedi également, Pierre Haski et Delphine Papin participeront avec le géographe palestinien Khalil Tafakji à la rencontre « Itinéraire d’un cartographe palestinien ». Durant trente ans, ce dernier a cartographié la colonisation des territoires occupés.

Les trois prix littéraires du FIG seront remis samedi à 11 h 30, à La Boussole : l’Amerigo Vespucci à Colin Niel, l’Amerigo Vespucci Jeunesse à Charline Collette et le prix de la BD Géographique à Lisa Hab.

Karen Seto, Prix Vautrin-Lud 2026

Souvent présenté comme le « Nobel de la géographie », le Prix Vautrin-Lud récompense l’œuvre et les recherches d’un géographe… et revient, en 2026, à l’Américaine Karen Seto. Professeure à l’université de Yale et pionnière de la recherche sur l’expansion urbaine et ses effets, elle a été auteure principale coordinatrice de chapitres consacrés aux villes dans les cinquième et sixième rapports du GIEC.

→ Karen Seto rencontrera le public dimanche à 10 h 30, salle Isabelle-Autissier. Le prix lui sera remis par Christian Pierret, fondateur du festival, lors de la clôture du FIG, dimanche à 15 h 30.

Karen SETO © DR
PUBLIREPORTAGE