Hôtels à insectes : toutes les chambres sont-elles vraiment occupées ?

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Les hôtels à insectes fleurissent dans les jardins, poussés par l’engouement du jardinage biologique. Mais leur présence est-elle vraiment utile ?

On ne peut pas dire que, face à la pénurie de logements en France, les jardiniers restent les bras croisés. Bien au contraire, il n’est désormais pas un jardin qui ne possède un hôtel à insectes pour offrir l’hospitalité à la faune auxiliaire. Du petit bouge sans prétention au palace cinq étoiles, l’offre hôtelière n’a jamais été aussi fournie. Mais lorsque l’on observe de près ces constructions, on constate que bien souvent, le taux d’occupation est assez faible. Alors, ces hôtels à insectes ? Utiles ou pas ?

Des hôtels, pour quoi faire ?

Découlant des pratiques de jardinage biologiques, les hôtels à insectes sont des constructions à base de matériaux naturels (bois, pailles, roseaux…), destinées à offrir un abri aux insectes utiles, qu’ils soient pollinisateurs ou prédateurs. Leur but est de sédentariser dans le jardin une grande diversité de lépidoptères, diptères et autres coléoptères dont la présence et l’activité génèrent des équilibres naturels qui permettent, notamment, de limiter le recours aux pesticides.

Quel type de clientèle ?

L’exemple le plus célèbre d’insecte utile est la coccinelle, dont la larve et l’adulte se nourrissent de pucerons. C’est un prédateur capable d’endiguer des attaques de ravageurs, comme le sont aussi les larves de chrysopes, les carabes, les guêpes solitaires, les perce-oreilles ou les staphylins, utiles, selon les cas, contre les cochenilles, les gastéropodes (à l’état d’œufs ou d’adultes), les acariens, les psylles ou les chenilles. D’un autre côté, tout aussi précieuse, la présence des insectes butineurs garantit la pollinisation des plantes, au potager comme au verger. Il s’agit des abeilles solitaires, des syrphes, des bourdons, des osmies, des papillons, des hériades et autres…

Pourquoi tant de ratés ?

Même s’il est parfaitement construit, isolé, orienté, et agencé, un tel refuge n’attirera pas forcément à lui tous les insectes du coin. D’abord parce que, dans la plupart de nos jardins, même s’ils ont tendance à se raréfier, il reste encore suffisamment d’abris, naturels ou artificiels, pour satisfaire leurs besoins de nidification. Ensuite parce que la promiscuité n’est pas toujours appréciée par les différentes espèces locataires. Enfin parce que les aménagements intérieurs sont rarement adaptés à tous les insectes, notamment aux coccinelles, aux chrysopes ou aux bourdons, qui ont besoin d’abris très spécifiques. D’où le succès mitigé de ces logements collectifs.

Intérêt principal

L’intérêt des hôtels à insectes n’est réellement avéré que dans jardins situés dans les secteurs urbains où les abris naturels sont rares. Mais avant de chercher à les sédentariser, il est évident qu’il faut d’abord les attirer. Pour cela, l’installation de plantes mellifères, dont les floraisons se relaient de la fin de l’hiver à la fin de l’automne, est indispensable, qu’il s’agisse d’arbres (tilleul, acacia…) d’arbustes (laurier-tin, buddleia…), de vivaces (gaura, nepeta…) ou d’annuelles (cosmos, soucis…).

Intérêts secondaires

Même si leur utilité directe peut s’avérer discutable, les hôtels à insectes ont pour eux d’autres atouts. D’abord, il s’agit, surtout dans le cas des gros abris « faits maison », de constructions à l’allure déstructurée, qui ne sont pas sans charme ni intérêt esthétique. De plus, leur utilisation et leur observation sensibilisent grands et petits à l’importance du rôle joué par les insectes dans la nature. Elle fait prendre conscience que le jardin fait partie d’un vaste environnement qu’il convient de respecter.

Les vrais profiteurs

Les abeilles solitaires et leurs cousines, les osmies, nichant dans des galeries, sont les espèces qui descendent principalement dans ce genre d’hôtel.

Benoit Charbonneau

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