Colmar fête le printemps

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Colmar révise ses classiques

Sitôt le printemps célébré, Colmar s’éveille avec un nouveau manteau. Les fleurs sur le point d’éclore laissent échapper un parfum aux notes rafraîchissantes et aériennes, celui d’une manifestation colorée et pleine de surprises : le Printemps de Colmar.

Étape incontournable au cœur de l’Alsace, Colmar est explorée toute l’année par des touristes en quête de beautés en tous genres. Entre ses hautes maisons à pans de bois, érigées en grande partie aux XVIIe et XVIIIe siècles, et ses canaux lui valant le surnom de « Petite Venise », sans oublier son musée Unterlinden, la ville porte avec fierté son patrimoine et sait le faire vivre toute l’année. En décembre, la cité prend les couleurs de Noël et devient la deuxième attraction régionale grâce à son marché traditionnel. Juste avant l’été et son Festival International de musique classique, la ville se pare de sonorités métisses, entre Django Reinhardt et Johann Sebastian Bach. Du 24 mars au 10 avril, la sixième édition du Printemps de Colmar va faire palpiter les cœurs des visiteurs. Au programme, concerts, expositions et marchés d’artisanat font fleurir les arts aux quatre coins de la ville.

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Tout trouver au marché !

La ville ne se contente pas de la simple chasse aux œufs de Pâques pour divertir enfants et parents. Pour cet événement majeur, toute la cité se colore et vit au rythme des nombreuses animations imaginées par l’Office de Tourisme. Première étape, les façades des bâtiments, les balustrades, les ponts et même les arbres sont décorés à la mode printanière, dans des tons vifs et joyeux, par des enfants de l’ARSEA (Association Régionale Spécialisée d’action sociale d’Éducation et d’Animation). Dès le 24 mars, les festivités commencent avec deux marchés de Pâques et de Printemps. Sur les places de l’Ancienne Douane et des Dominicains, de jolies maisonnettes s’installeront et offriront aux regards des produits très variés : bijoux, objets de décoration, jouets et fleurs. Les chocolats attendus par tous sauront bien sûr enchanter les gourmands de tous poils et les lapins, œufs, poules en cacao se feront un chemin vers les jardins à travers les papilles. Les cloches n’amèneront pas uniquement des douceurs à savourer comme le « Lamala », l’agneau pascal, mais aussi de petites joies vivantes à la portée des enfants : les animaux de la ferme. La Société d’Aviculture de Kembs, le Canaris Club de Colmar, les fermes du Saesserlé et Irrkrüt ont fait voyager des mères poules accompagnées de leurs poussins, des canards et des oies, des lapins, des moutons et des chèvres jusqu’en ville. La Volerie des Aigles sera aussi de la partie les week-ends des 2, 3, 9 et 10 avril, pendant lesquels les rapaces joueront de leurs plus belles plumes.

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Les arts fleurissants

Toujours sur le thème du renouveau, l’Office de Tourisme de Colmar met l’accent sur les travaux d’artisans d’art et d’artistes. Trois expositions se succéderont, qui feront découvrir aux visiteurs diverses disciplines. Du 25 au 28 mars, un salon de l’œuf décoré « Coquilles d’art » prend place pour la quatrième année au Koïfhus (Ancienne Douane). Là, une vingtaine d’ « ovo-miniaturistes » présentent les mille et une façons d’accommoder ces coques peintes, perforées ou calligraphiées. Toujours dans le même lieu, deux autres rendez-vous suivront. Du 31 mars au 3 avril « Évclats de Terre » rassemble céramistes, potiers et verriers autour de leurs œuvres. Enfin, du 7 au 10 avril, les tissus entortillent l’imagination des passants avec « Déclinaisons textiles », qui réunit des créateurs de vêtements, de bijoux, d’accessoires et de pièces d’art textiles uniques. Avec le soleil de la saison, l’envie d’ailleurs s’emparera sûrement des festivaliers. La ville ne reste pas immobile : si vous ne venez pas aux arts, ils viendront jusqu’à vous et peut-être même vous accompagneront pendant un certain temps. Les deux premiers week-ends d’avril, les aventuriers pourront gratuitement se baigner de rayons chaleureux et de sons merveilleux dans les rues avec de nombreux concerts en plein air. Pour compléter cette balade, plusieurs guides vous invitent à les suivre dans la vieille ville et dans les lieux phares de la cité pour découvrir les coutumes de Pâques ou tout simplement son histoire. Le centre historique se dévoile même une fois la nuit tombée sous de bien belles flaques lumineuses.

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Pâques au diapason

À partir du 29 mars, le Printemps de Colmar prend une autre dimension avec son Festival Musique et Culture. La légèreté et l’allégresse seront de la partie avec une programmation mettant à l’honneur des solistes et ensembles musicaux issus du classique ou du jazz. Le mot d’ordre de ces 13 concerts sera donc l’éclectisme. L’église Saint-Matthieu et la Salle des Catherinettes abriteront les éclats sonores de neuf ensembles comme l’Orchestre de Chambre Occitania ou le Django Deluxe Trio et de très nombreux musiciens, du trompettiste Bernard Soustrot à l’accordéoniste Richard Galliano. Bach se trouvera dans la mêlée musicale avec le maître contemporain du tango argentin Astor Piazzola ou avec son cousin italien Antonio Vivaldi, plus exubérant avec ses célèbres « Quatre Saisons ». Le festival du Printemps de Colmar casse ainsi les a priori et l’image parfois austère du répertoire classique. « La dernière soirée va être consacrée entre autre au Magnificat de Carl Philipp Emmanuel Bach, fils du compositeur allemand, interprété par le Chœur et l’Orchestre de la Cappella Sacra dirigé par Cyril Pallaud. Cela va bouleverser le public dans sa vision de la musique d’église. En effet, c’est un musique très joyeuse. Le Magnificat n’a rien à voir avec le Requiem de Mozart. On reste donc dans cette ambiance rayonnante propre au festival », souligne Bernard Frühinsholz, conseiller artistique sur la manifestation. Pour Pâques, mettez du soleil dans vos oreilles !

Tout le programme : printemps-colmar.com • Colmar tourisme +33 (0)3 89 20 68 92

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Richard Galliano

« Mariage du jazz et du classique »

« Fou de musiques », Bernard Fruhinsholz, cet ancien collaborateur-photographe de Diapason ou Rock & Folk, continue à jouer de l’objectif sur les scènes alsaciennes. Il immortalise ainsi le Festival Musique et Culture de Colmar et offre quelques conseils aux organisateurs de la manifestation.

Comment l’idée de ce festival a germé ?

Elle existe depuis longtemps. Entre les Marchés de Noël très attractifs au niveau touristique et le Festival International de Colmar, qui séduit annuellement dix à douze mille personnes, il y avait un creux dans la vie de la cité et l’Office de Tourisme a d’abord initié un Marché de Pâques. Pour attirer d’autres visiteurs et diversifier l’offre d’activités, il a ensuite été décidé de développer un programme de concerts dans un esprit plus léger et grand public que ceux de l’été, davantage réservé à des amateurs éclairés. Au fur et à mesure, le format de ce festival a aussi évolué. Il y a trois ans, la sélection de rendez-vous musicaux était plus conséquente, avec parfois deux concerts par jour. Aujourd’hui, cela a été réduit à un par jour afin de rendre le programme plus clair. Mais le principe reste le même : un peu de jazz, une dose de jazz manouche, un soupçon de musique vocale avec Bach, l’un de nos dieux en Alsace… une musique facile d’accès pour se reposer la tête.

didier lockwood. photo bernard fruhinsholz (13)

Sur quels mécanismes repose le travail de programmation ?

Elle est nourrie par des personnalités comme Bernard  Soustrot, trompettiste et ancien élève de Maurice André. Ce dernier particulièrement a permis de construire le programme 2016 grâce à son carnet d’adresses. Il a ainsi fait venir des ensembles qu’il aime. Ce sont des orchestres de type « Mozart », composés uniquement de cordes et d’une vingtaine de musiciens, au lieu des 80 des orchestres symphoniques. Avec ces formations, les possibilités sont tout aussi riches que pour les philharmonies. Bernard Soustrot a élaboré toute la partie classique du festival en gardant comme ligne directive cette idée d’une programmation ouverte au grand public. Il n’est donc pas question d’assister à un concerto pour piano de deux heures… Chaque concert permet d’aborder différents compositeurs et de mêler souvent classique et contemporain, des « Quatre saisons » de Vivaldi à Gerschwin. Avec le printemps, la musique se fait plus gaie, plus entraînante et colorée. C’est le temps du renouveau.

orchestre de chambre de wallonie, frank braley. photo bernard fruhinsholz (4)

L’ADN du festival tient dans ce mariage des genres ?

C’est ce qui le différencie d’autres manifestations. Pour cette édition par exemple, l’ensemble Occitania va accompagner une pièce d’Astor Piazzola, des morceaux de Django Reinhardt et le lendemain s’atteler à du Mozart et du Haydn. Le guitariste Philippe Mouratoglou, qui jouera alors avec eux, a toujours été lui-même entre ces deux répertoires. Ce sont des musiques très proches et ces concerts en sont la preuve.

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Est-ce si facile d’amener certains ensembles à passer d’un répertoire classique, leur spécialité en somme, à des compositeurs et artistes versant dans le jazz ou la musique plus contemporaine ?

Je baigne dans le milieu musical depuis longtemps. C’est une question que j’ai beaucoup posée aux musiciens que je rencontrais. Daniel Barenboim m’a confié : « j’adore le jazz mais quand je me mets au piano pour en jouer, j’ai le réflexe du musicien classique. Ce que je joue devient ennuyeux ». Cette réflexion est peut être valable pour les musiciens classiques des générations précédentes. De nos jours, ils sont plus perméables et passent plus facilement d’un style à l’autre. Ils ont écouté la même musique que vous et moi, ont de nombreuses influences. Le mandoliniste Avi Avital en est un des exemples. Les jazzmen travaillent quant à eux à l’oreille et rentrent très rapidement dans le cœur ou l’essence d’un morceau. Les barrières entre classique et jazz sont de plus en plus floues, tout au moins pour les pratiquants.

Publi-reportage • Photos © OT de Colmar, Bernard Fruhinsholz, DR