
Après plusieurs mois de travaux, le Fort de Vaux dévoile un parcours immersif inédit dès le 4 juillet.
Le Champ de bataille de Verdun porte encore aujourd’hui les traces de la Grande Guerre. C’est le cas du Fort de Vaux. Enterré dans la terre meusienne, marqué par les obus, les incendies et les combats au corps-à-corps, l’ouvrage reste l’un des symboles les plus puissants de la bataille de Verdun. Fermé depuis plusieurs mois pour d’importants travaux, il rouvrira au public les 4 et 5 juillet prochains, à l’occasion du 110e anniversaire de la bataille, avec, pour le Mémorial de Verdun – Champ de bataille, une ambition claire : faire ressentir l’histoire autrement, au service de l’âme du lieu.
Pour les initiateurs du projet, le défi était immense. Comment moderniser la visite d’un site historique aussi chargé sans le transformer en décor ? Comment transmettre l’expérience combattante sans tomber dans le spectaculaire ? Pendant plusieurs années, historiens, architectes, scénographes et artisans ont travaillé de concert pour imaginer un nouveau parcours capable de replacer le visiteur au plus près des hommes qui ont vécu l’enfer du siège de juin 1916.
Dès les premiers mètres, le ton est donné : les galeries sombres, les murs éventrés, les espaces confinés suffisent à rappeler la violence des combats qui s’y déroulèrent et de la pluie d’obus qui s’est abattue sur ses murs. La nouvelle scénographie, habile et innovante, vient accompagner cette mémoire plutôt que l’écraser. Témoignages sonores diffusés par conduction osseuse, projections, objets de collection et dispositifs de lecture jalonnent désormais le parcours. L’objectif : faire entendre les voix des soldats, comprendre leurs conditions de vie et faire ressentir aux visiteurs, physiquement, l’atmosphère du siège.
Une histoire singulière
Car le Fort de Vaux n’est pas un site comme les autres. En 1916, il devient l’un des épicentres de la bataille de Verdun. Bombardé sans relâche, il résiste pendant plusieurs jours à l’assaut allemand sous les ordres du commandant Raynal. Les combats se déroulent autant à l’extérieur qu’au cœur des galeries, dans l’obscurité, au milieu des explosions, des tirs et des lance-flammes. L’eau manque, les communications deviennent presque impossibles et les soldats s’épuisent peu à peu.
C’est aussi là qu’entre dans la légende le pigeon voyageur « Vaillant », utilisé pour transmettre les derniers messages de la garnison française. Et c’est ici encore que de jeunes soldats, dont l’aspirant Buffet, tentent l’impossible pour prévenir les assiégés d’une contre-offensive qui n’aboutira jamais. À l’aube du 7 juin 1916, après plusieurs jours de siège, le fort tombe finalement aux mains allemandes. Quelques mois plus tard, il redeviendra français.
Cette réouverture, qui représente un investissement de cinq millions d’euros soutenu par le Département de la Meuse, la Région Grand Est, l’État, l’Union européenne et plusieurs mécènes privés, s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation du Champ de bataille de Verdun portée par le Mémorial de Verdun depuis la reprise de gestion des forts en 2022.
Au-delà du chantier patrimonial, elle incarne une autre manière de transmettre l’histoire. Plus immersive, plus sensible, plus incarnée.
Un week-end inaugural de haute volée
Visites, théâtre, lectures et ateliers rythmeront le week-end inaugural des 4 et 5 juillet à Verdun.
La réouverture du Fort de Vaux ne se limitera pas à une simple coupure de ruban. Pour marquer l’événement, le Mémorial de Verdun – Champ de bataille a imaginé un week-end entier de découvertes et d’animations destiné aussi bien aux passionnés d’histoire qu’aux familles. Pendant deux jours, à l’occasion du week-end de réouverture, les visiteurs pourront explorer librement le fort rénové et découvrir la nouvelle scénographie.

Le programme mêlera approches historiques, artistiques et pédagogiques. Des conférences reviendront sur les coulisses du chantier, les choix architecturaux et les enjeux scénographiques liés à la transformation du site. Historiens et concepteurs expliqueront notamment comment il a fallu composer avec un monument historique profondément marqué par les combats, tout en intégrant des outils de médiation contemporains.
Pendant ces deux jours, le public pourra approcher de plus près le quotidien des soldats français et allemands pendant la Grande Guerre grâce à une quarantaine de reconstitueurs présents sur le site.
Pour prolonger l’immersion, des lectures de témoignages viendront redonner chair aux récits des combattants. Car dans tous ses aspects, la parole humaine reste au cœur du projet. Et derrière les murs de béton et les galeries souterraines, le nouveau parcours cherche avant tout à raconter des trajectoires individuelles : celles des soldats français et allemands confrontés à la peur, à l’enfermement, à la fatigue et à la soif.
Plusieurs représentations théâtrales inspirées de l’histoire du fort et de la bataille de Verdun sont également annoncées. Une manière de proposer une lecture plus sensible du lieu, loin des seules données militaires ou stratégiques. Des ateliers créatifs et un jeu de piste permettront enfin aux plus jeunes de participer à l’événement.


Priorité : authenticité
Cette volonté d’ouvrir le site à tous les publics accompagne l’évolution du Mémorial de Verdun – Champ de bataille, qui réunit aujourd’hui trois lieux majeurs : le Mémorial, le Fort de Douaumont et le Fort de Vaux. Ensemble, ils proposent une approche complémentaire du conflit, mêlant collections, dispositifs audiovisuels, expériences immersives et découverte du terrain même où se sont déroulés les combats.
Au Fort de Vaux, cette immersion prend une dimension particulière. Contrairement à d’autres sites muséographiques, tout y est authentique. Les galeries empruntées par les visiteurs sont celles où les soldats ont combattu et vécu pendant le siège. Les volumes oppressants, l’humidité, les traces laissées dans les murs créent une proximité immédiate avec l’histoire. Une réalité que la nouvelle scénographie vient aider à comprendre et à éprouver.
En rouvrant ce lieu emblématique au public, Verdun ne célèbre pas seulement un anniversaire historique. Le site rappelle aussi combien cette mémoire reste vivante, plus d’un siècle après les combats. Et combien ces lieux continuent, encore aujourd’hui, à interroger notre rapport à la guerre, à l’engagement et à la transmission.
3 questions à Jérôme Dumont, Président du CD55 et Président du Mémorial de Verdun

Le Fort de Vaux rouvre après d’importants travaux. Quel était l’enjeu de cette rénovation ?
Le Fort de Vaux est, avec Douaumont, l’un des sites emblématiques du Champ de bataille de Verdun. Son histoire est exceptionnelle, marquée notamment par les combats de 1916 et la résistance héroïque du commandant Raynal et de sa garnison. Si le fort était ouvert au public depuis longtemps, il n’avait jamais bénéficié d’un véritable travail de mise en récit. Nous avons fait de ce projet une priorité.
Comment transmettre la mémoire de Verdun aux jeunes générations ?
Grâce à une nouvelle scénographie, à des dispositifs numériques et à des outils immersifs, nous pouvons rendre cette histoire plus accessible sans la dénaturer. Nous accueillons déjà près d’un quart de visiteurs scolaires et travaillons étroitement avec l’Éducation nationale. Notre force réside aussi dans l’exceptionnelle préservation du Champ de bataille, avec ses forts, le Mémorial et cette forêt née sur l’ancienne zone rouge. Ici, les visiteurs découvrent l’histoire là où elle s’est réellement déroulée.
Quelle est votre ambition pour le site dans les années à venir ?
Poursuivre ce travail de transmission tout en continuant à innover. Cette démarche de mise en récit doit nous aider à toucher de nouveaux publics, sans jamais faire oublier l’esprit voulu par les anciens combattants à l’origine du Mémorial : raconter l’histoire à hauteur d’homme, celle des soldats français comme allemands confrontés au même enfer. Notre ambition est également de développer un tourisme d’histoire durable autour du Mémorial, des forts et demain, de la Citadelle.
Entretien avec Nicolas Barret, directeur du Mémorial de Verdun – Champ de Bataille

Quelle a été votre ligne directrice pour la mise en récit du Fort de Vaux ?
Cette rénovation s’inscrit dans un projet global à l’échelle du Champ de bataille de Verdun. Le Mémorial apporte les clés de compréhension de la bataille ; les forts, eux, permettent de la ressentir. Au Fort de Vaux, nous avons voulu raconter le siège de juin 1916 au plus près des soldats allemands et français. Tout en respectant l’authenticité du lieu, nous avons créé des dispositifs qui font entendre la parole des combattants et donnent du sens aux traces encore visibles aujourd’hui.
Comment éviter de verser dans le spectaculaire ?
En faisant un choix clair : celui de l’évocation sensible, de l’authenticité. Tout repose sur des sources historiques : lettres, témoignages, récits de combattants. Il n’y a ni personnages fictifs ni reconstitution immersive. Notre ambition est de faire comprendre ce qu’ont vécu ces hommes enfermés dans le fort pendant plusieurs jours de siège. Nous faisons parler les pierres.
Que réserve le week-end de réouverture des 4 et 5 juillet ?
Nous voulons faire de cette réouverture un temps fort du 110e anniversaire de la bataille de Verdun. Les visiteurs découvriront d’abord le nouveau parcours de visite, mais aussi un programme très riche en animations : une création théâtrale consacrée au siège du fort, des reconstitutions historiques, des podcasts, un grand lâcher de pigeons, des mini-conférences de 15 minutes avec les acteurs du projet, un jeu de piste, des ateliers créatifs et ludiques… Un conseil ? Réservez !
→ Entrée : 5€ adulte, 1€ -12 ans • Programme détaillé à retrouver sur memorial-verdun.fr
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