
Il est le grand artisan du sauvetage, validé il y a quelques jours par le tribunal de commerce, des Emaux de Longwy. Rencontre et perspectives d’avenir avec Martin Pietri, président de la manufacture depuis dix ans.
Un ouf de soulagement du côté de la quarantaine de salariés et un avenir qui s’éclaircit pour toutes les équipes de la Manufacture des Émaux de Longwy. Fondée en 1798, la maison fabrique à la main des céramiques colorées à l’émail, uniques en leur genre.
Après une procédure en redressement judiciaire en septembre 2024, le tribunal de commerce de Val de Briey a validé le 26 février dernier, le plan de continuation proposé par la direction de la manufacture permettant une ouverture du capital, un soutien de la Région Grand Est, une réduction de la dette de la part des créanciers et un financement participatif ayant dépassé ses attentes. Le tout avec un chiffre d’affaires de début d’année en augmentation de plus de 170 %. Autant d’ingrédients qui permettent à ce fleuron lorrain d’imaginer l’avenir…



Comment avez-vous reçu la décision du tribunal de commerce ?
C’est à la fois un soulagement, un encouragement à imaginer demain mais aussi une immense reconnaissance pour la mobilisation qui a permis ce dénouement heureux. Ce plan a été conçu pour se doter de véritables moyens pour aborder les prochaines années et faire correctement les choses. Depuis 10 ans que je suis ici, nous n’avons jamais vraiment eu les moyens de nous développer. Une nouvelle page de l’histoire de cette grande maison s’ouvre aujourd’hui. Et plusieurs éléments du plan sont importants. Avec 450 000 euros d’augmentation de capital, 250 000 euros de soutien de la Région Grand Est, le résultat net de la cagnotte Ulule autour de 500 000 euros suite à l’incroyable mobilisation de la population, cela constitue une base solide de trésorerie. En plus de cela, nous connaissons un début d’année 2026 incroyable en termes de chiffre d’affaires, avec une augmentation de plus de 170 % !
Quelles sont les prochaines priorités ?
Si nous voulons augmenter notre capacité de production, il nous faut investir dans l’outil de production. L’autre élément qui va de pair dans la stratégie, c’est de recruter du personnel. Puis se tourner vers du développement commercial, du marketing et développer de nouveaux projets. Notre objectif est d’atteindre une croissance relativement forte de notre chiffre d’affaires. Pas du jour au lendemain ou en claquant des doigts, nous en avons conscience. Mais on pense que si on investit ce qu’il faut, on peut augmenter notre chiffre d’affaires de 30 % d’ici peu. C’est significatif.
Enfin, dans les collections, nous allons maintenir un équilibre entre passé et futur. Nous allons rester fidèle à notre héritage en revisitant nos archives et en même temps, en collaborant avec de nouvelles signatures et des designers contemporains.


La Manufacture a été mise sous le feu des projecteurs, vous vous félicitez de cet engouement ?
Ces derniers mois ont été très intenses. Nous n’avons pas ménagé nos efforts. Je pense que des gens nous ont redécouvert et ont aussi compris que nous avions changé. Il y avait encore peut-être chez certains une image un peu poussiéreuse de la maison qui a été balayée.
L’engouement sur la plateforme de financement participatif en est la preuve ! 7 500 personnes se sont mobilisées et plus de 200 000 personnes sont passées sur la plateforme. De la France entière mais avec une très large mobilisation de la part des habitants du Grand Est, de Suisse, Luxembourg, Belgique, des Français établis aussi à l’étranger… C’est incroyable et nous devons les en remercier !
Comment allez-vous entretenir ce lien si particulier avec vos soutiens ?
Par différentes actions de communication. Nous nous sentons redevable envers tous ces soutiens. Quelque chose de spécial s’est créé avec toute cette communauté et nous nous devons d’entretenir le lien. Tous ces acteurs de la mobilisation doivent savoir et découvrir comment la cagnotte a été utilisée. Par les nouvelles embauches, par la modernisation de l’outil de production, par les nouvelles créations, etc. C’est essentiel. Je dis depuis quelques mois que cette maison a plus de 220 ans et que mon objectif c’est qu’elle fête ses 300 ans mais c’est une réalité. Nous y arriverons si chacun continue de se mobiliser pour ce savoir-faire lorrain qui rayonne dans le monde entier. Au travail ! Baptiste Zamaron



© Manufacture des Emaux de Longwy































