
Sorti en décembre 2025, le documentaire Le Chant des forêts, réalisé par le photographe animalier vosgien Vincent Munier, a franchi la barre du million d’entrées dans les salles de cinéma françaises, en février dernier. Un succès inédit qui séduit, alerte et appelle à la préservation du vivant. Rencontre.
Son enfance se passe à construire des aûts, bivouaquer en forêt, descendre des rivières en canoë, escalader des parois… Son père, Michel, écologiste de la première heure, lui dévoile ses astuces de campeur et lui transmet le besoin viscéral d’« entrer dans la forêt sur la pointe des pieds ». A 12 ans, son premier cliché est celui d’un chevreuil. De là, une évidence : celle de saisir les instants animaliers. Les images de Vincent Munier naissent de quêtes de plus en plus lointaines et d’une longue patience pour se faire oublier des légitimes habitants de la nature : loups d’Éthiopie, ours bruns du Kamtchatka, loups blancs et bœufs musqués de l’Arctique, manchots empereurs de l’Antarctique, panthères des neiges au Tibet, etc. Retour là où tout a commencé, la forêt vosgienne. Auréolé du César du meilleur film documentaire ainsi que celui du meilleur son pour ses bruissements, souffles, craquements et autres silences aux Césars 2026, Le Chant des forêts est un succès qui poursuit sa route.

Où en est la vie du film aujourd’hui ?
Le film est toujours là, s’épuise doucement même encore 150 copies à l’affiche il y a quelques jours. C’est assez exceptionnel qu’il dure aussi longtemps ! Je rentre de Prague, je repars à Barcelone puis en Roumanie, Pologne et Estonie. On l’a même vendu en Ukraine, j’en suis vraiment content, c’est un beau symbole.
Le film a dépassé le million d’entrées ce qui n’était pas arrivé depuis dix ans pour un documentaire. Comment expliquez-vous cet engouement ?
Je pense que c’est révélateur d’un cruel manque de nature. Ça réveille quelque chose chez les gens. On a besoin de silence — ou plutôt de chant d’oiseau. Je crois qu’on s’est quand même sacrément éloignés de nos valeurs essentielles. Et ce film, il a fait du bien, il apaise, rassure, remet à un rythme qui est plus proche de notre rythme normal. Il a été presque thérapeutique pour certains qui sont allés le voir 5, 6 et même 10 fois, c’est hallucinant.
Qu’est-ce que cela dit de notre société aujourd’hui ?
On est dans une société où tout va très vite et ce n’est pas si évident de s’adapter. On a besoin de ralentir, observer, contempler, rêver. Ce qui manque aujourd’hui, c’est un peu de poésie, un peu plus d’attention à la beauté des choses. Je suis convaincu que c’est une des clés pour aller mieux, autant psychiquement que physiquement. On a besoin de silence, de calme, d’attention aux autres et pas seulement aux humains. Aujourd’hui, on avance avec des œillères. On fonce, guidés par le quotidien, par les chiffres qui régent nos vies, par cette idée de réussite qu’on nous a inculquée. Mais cela ne rend pas les gens plus heureux. Ce film, pour moi, c’est une bulle dans un monde qui fonctionne de plus en plus sur une logique de dominant-dominé, une proposition pour réveiller les consciences.
Quels sont selon vous les enjeux autour de ces territoires ?
Le vrai défi, c’est comment on habite notre territoire différemment, en composant avec les autres, avec plus de respect pour tout le vivant. En Lorraine, ce qui est intéressant, c’est que tout est concret. À l’échelle d’un jardin, d’une commune, d’un département, d’une région. On peut être vigilant, on peut voir nos erreurs, souvent liées au productivisme. Comment revient-on à quelque chose de plus harmonieux, plus qualitatif et moins quantitatif ? C’est peut-être utopique mais moi j’y crois. Et on voit déjà des initiatives magnifiques, notamment en agriculture et en sylviculture, qui montrent qu’on peut exploiter, prendre, mais de manière plus parcimonieuse, avec respect. Pour revenir à du plus sensé, plus raisonnable.
En portant aussi une attention particulière à la forêt ?
C’est central pour moi ! Ne pas faire des champs d’arbres mais de vraies forêts vivantes, résilientes, capables de résister au réchauffement climatique, aux tempêtes, à la brutalité. Plus il y a de diversité, plus il y a de force, plus il y a de vie. Notre territoire a encore énormément d’atouts, mais il faut faire attention à ne pas le défigurer. Il y a un message militant derrière la poésie du film. On vit des périodes compliquées mais je suis convaincu qu’on ira mieux. On aura des printemps qui et des forêts qui chantent.
Ce succès change-t-il votre manière d’envisager la suite ?
Pas du tout. En revanche, ça nous rend sereins pour les projets à venir. Continuer le partage avec les associations, les écoles et une réflexion autour d’une fondation. A suivre ! Baptiste Zamaron




→ vincentmunier.com
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