La Lorraine en ballon

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© Margaux Claude

D’avril à novembre, North-East Balloon nous fait cette proposition enchantée : survoler la Lorraine en montgolfière. À votre nacelle !

Moment suspendu, qu’y a-t-il de plus poétique, de plus apaisant à contempler, qu’un vol
de montgolfière  ?

À nous, qui sommes nombreux à voir dans cet engin gigantesque un monument de magie, North-East Balloon propose de survoler la Lorraine lentement mais sûrement.

À la manœuvre, Serge Claude, ex-directeur de MJC reconverti. « Je faisais de la montgolfière sous forme associative, en loisir ; il y a deux ans, j’ai décidé d’y consacrer ma vie et de devenir mon propre patron ». En 2021, le pilote devenu instructeur, puis examinateur et finalement senior flight examiner, se faisait accompagner par Pôle Emploi et la Direction du tourisme Grand Est dans l’élaboration de son futur projet professionnel. « J’ai bénéficié du programme Do It Design de l’offre, parcours précieux qui m’a permis de dessiner mon projet et les produits, d’être accompagné dans la mise en place du site internet et des réseaux sociaux, ainsi que de suivre les formations qui s’imposaient ».

Revendiquant son attachement à l’éducation populaire et à l’esprit de coopération, Serge Claude n’envisage l’aventure que sous forme de Scop. Il s’associe alors à Vivian Rehardt, ancien élève pilote, et fonde North-East Balloon. Objectif du binôme ? Proposer des produits réellement sur mesure, également appelés « vols haute-couture ».

Vol escapade ou vol insolite ?

À la réservation, le futur passager a le choix entre vol escapade et vol insolite. Et quelle que soit la formule choisie, conformément aux principes du slow tourisme, celles et ceux qui prévoient de s’envoler devront savoir prendre leur temps. Car si le vol dure une bonne heure, l’activité s’étend sur une demi-journée, selon un rituel parfaitement rodé. « Pour un vol escapade, nous donnons rendez-vous aux participants pour le montage, durant lequel nous leur expliquons les principes physiques du vol – ce qui permet, à mon sens, de profiter encore davantage de l’expérience, une fois à bord – et l’histoire des sites qui seront survolés ». Suivent le décollage, le vol et l’atterrissage, le tout s’achevant par un moment convivial incluant bouteille de champagne partagée et remise aux passagers de leur diplôme personnalisé. « Je profite également de ce moment pour raconter l’histoire de l’invention de la montgolfière par les Frères Montgolfier ».

Synonyme de privatisation de l’engin pour deux personnes, le vol insolite se décline quant à lui en différentes formules. Durant le « vol gourmand », les passagers se voient servir un plateau de dégustation de produits du terroir, spécialités bio et locales. Durant le vol de nuit, ils profitent d’un petit-déjeuner pris à bord, et d’un lever de soleil depuis le balcon de la montgolfière. Autre possibilité (réservée aux sportifs) : le vol du matin, vélos embarqués, qui laisse la possibilité aux passagers de troquer le retour à la base par véhicule motorisé pour un trajet en deux-roues. Enfin, le vol du soir « Au petit bonheur » a pour avantage de prolonger la sensation de dépaysement, puisqu’à l’atterrissage, l’équipage est rejoint par un équipier en camping-car… celui-là même qui accueillera le duo chanceux pour la nuit (la prestation inclut le dîner et le petit-déjeuner).

Décollage de sites exceptionnels

Plutôt que de « parcours » de vol, Serge Claude préfère parler « d’expérience sur-mesure ». Car si le site de décollage est précis, et arrêté à l’avance, chaque voyage est unique, l’embarcation étant tributaire de la force et de la direction du vent. 

À la réservation, les futurs participants sélectionnent leur site de prédilection. Château d’Haroué ou de Lunéville (et bientôt, de Fléville), traversée de Nancy depuis le parc de Brabois, survol des fortifications Vauban au départ de Toul, décollage du centre de l’amphithéâtre gallo-romain de Grand… Les spots d’exception ne manquent pas ! Chacun a été dûment sélectionné par Serge Claude, fin connaisseur du territoire, pour son intérêt historique ou son importance culturelle. Durant le vol, le pilote se fait d’ailleurs un plaisir de servir de guide à ses hôtes d’un jour, en leur contant l’histoire de chaque site traversé. Et si les passagers ont de quoi s’émerveiller, à enchaîner les incursions aériennes au cœur de notre patrimoine local, ils le doivent, sans forcément le savoir, à un travail important mené en amont. « Une fois le site identifié, je dois obtenir l’autorisation de son propriétaire ou ayant droit. Ce précieux sésame obtenu, je préviens le maire de la commune concernée qu’une démarche de demande de décollage est engagée auprès de la Préfecture. Puis je construis le dossier, lequel inclut l’étude des espaces aériens autour de la plateforme et des dégagements, que j’envoie à la Préfecture, laquelle a un mois pour se positionner. Une fois le feu vert donné, un arrêté préfectoral est émis, nous autorisant à décoller du site de façon professionnelle ».

S’agissant des sites d’atterrissage, par nature aléatoires, la réglementation aérienne autorise le pilote à se poser dans des terrains qui ne lui appartiennent pas. Serge Claude passe donc toute la fin du vol à identifier le terrain idéal. « Il doit être à la fois dépourvu d’élevages ou de cultures en cours d’exploitation et facilement accessible à l’équipier « retrouving », en charge de récupérer l’équipage ».

© Margaux Claude

Une expérience tout public 
Contrairement aux idées reçues, les personnes sujettes à l’acrophobie (peur du vide) peuvent tout à fait prendre place à bord d’une montgolfière ! Pour vérifier votre aptitude à vous envoler, le site de North-East Balloon met à disposition un questionnaire d’autoévaluation permettant d’identifier l’existence de contre-indications, notamment médicales. Pour le confort de tous durant la traversée, Serge Claude n’embarque, sauf exception, que les enfants suffisamment grands pour profiter du paysage en toute autonomie (donc mesurant au minimum 1m10 ou 1m20), leurs parents ayant bien sûr l’interdiction formelle de les porter durant le vol.
Labellisée Tourisme & Handicap, North-East Balloon dispose par ailleurs d’une nacelle Handi Blue. Dotée d’une paroi en plexiglas, elle permet le transport de personnes en fauteuil roulant.

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3 questions à Serge Claude

Cofondateur et gérant de North-East Balloon

© Margaux Claude

Que viennent chercher vos passagers ? La découverte du territoire ou les sensations fortes ? 

Souvent, monter à bord d’une montgolfière relève du rêve d’enfant. Vecteur de rêve pour l’imaginaire qu’il véhicule – la montgolfière renvoie à Jules Verne, au siècle des Lumières – ce vol restera, dans la plupart des cas, le seul et unique vol de la personne concernée. Nous devons donc lui offrir une expérience entièrement personnalisée, un moment unique et inoubliable.

Comptez-vous ajouter de nouveaux sites de décollage à la liste existante ?

Oui ! Cette année, nous devrions pouvons décoller du Château de Fléville. Le nouveau propriétaire nous a donné son accord. Généralement, nos demandes sont vues d’un bon œil par nos interlocuteurs, car elles sont synonymes de visibilité et d’attractivité accrues pour le site concerné.

North-East Balloon, c’est également une école de pilotes… 

Oui ! J’apprends aux futurs pilotes la partie théorique et la pratique. En tant qu’examinateur, je fais également passer des examens de pilotage et de contrôle des compétences. En effet, si le permis est délivré à vie – la France compte 966 pilotes, et enregistre entre 30 et 50 nouveaux pilotes par an –, la licence ne reste valable qu’à condition de se soumettre à des examens réguliers, y compris médicaux, dont la fréquence s’intensifie avec l’âge. Enfin, en tant que membre de la Fédération française, j’anime des camps destinés à donner envie aux jeunes de découvrir la pratique et de s’y former.

→ Informations et réservation sur north-east-balloon.fr
Photos © Margaux Claude, DR