
Jusqu’au 21 juin, le musée des Beaux-Arts de Nancy présente, dans le cadre de R.U.N., « Glissando », une exposition forte signée Tania Mouraud.
Avec l’exposition « Glissando », Tania Mouraud investit les salles du musée des Beaux-Arts de Nancy de manière sobre et percutante. Invitée dans le cadre des Rencontres urbaines de Nancy, l’artiste donne ici à voir un ensemble d’œuvres où le langage, matière qu’elle manie depuis plusieurs décennies, occupe une place centrale.
Tania Mouraud développe depuis la fin des années 1960 une œuvre multiple : installation, photographie, vidéo, son, performance. Autodidacte, elle rompt très tôt avec la peinture traditionnelle (notamment après avoir détruit ses propres œuvres en 1968) pour explorer d’autres formes. Au-delà des mots, dont elle a fait un matériau de création, son travail interroge le rapport aux images, au pouvoir et à l’histoire, avec une constante : questionner ce que l’on voit et ce que l’on comprend.
Parler pour perpétuer
Avec « Glissando », elle poursuit cette recherche en s’appuyant sur des textes issus de la poésie yiddish. Les mots deviennent formes. Les lettres s’étirent, se superposent, se déforment, jusqu’à parfois devenir presque illisibles. Le sens se trouble, comme si le langage lui-même peinait à dire.
Au cœur de l’exposition, une vidéo, « Di Kinder Fun Majdanek », marque les esprits. Face caméra, l’artiste égrène des noms d’enfants, dans une litanie qui renvoie à la mémoire de la Shoah. Sa voix, utilisée ici pour la première fois de cette manière, donne à l’ensemble une dimension très directe, presque intime.
Autour de cette pièce, d’autres œuvres prolongent cette tension. Les textes se densifient, s’accumulent, saturent l’espace. Les lettres se heurtent, se répètent, comme si la mémoire insistait, refusait de disparaître. Désorienté juste ce qu’il faut, le regard du visiteur ralentit, se perd, revient.
Avec « Glissando », Tania Mouraud signe une exposition exigeante, sans effet de manche. Elle ne cherche pas à séduire, mais à faire réagir. À travers les mots, les sons et les formes, elle rappelle que l’histoire continue de nous traverser — et qu’il appartient à chacun de ne pas détourner le regard.

Impression sublimation sur textile, 250 x 250 cm © Tania Mouraud, ADAGP, 2026
Une œuvre hors les murs
L’exposition se prolonge dans le parc Charles III, pour une création in situ, commande de la Ville de Nancy pour son parcours ADN – Art Dans Nancy. Elle fait écho au Monument des Déportations, créé par Nicolas Daubanes en 2025. Sur un mur de quarante-cinq mètres du parc nancéien, une phrase répétée par huit fois : « Mir veln nisht farshtumen » (Nous ne nous tairons pas). Une manière, pour l’artiste, de faire le lien entre passé et présent, et de rappeler que ces questions restent brûlantes.























