Jean-Pierre Puton : « La Biennale offre une autre image de la photographie contemporaine »

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Jean-Pierre Puton a la photographie dans le sang. Issu d’une famille de portraitistes et lui-même amoureux du huitième art, le président de la Biennale Internationale de l’Image de Nancy revient sur les trente-cinq ans d’existence d’une manifestation qu’il a contribué à créer et cette 18e édition.

Quel était la vocation de la Biennale quand vous l’avez créée en 1979 avec Michel Garnier et Gilles-Tristan Leribault ?
Quand nous avons commencé, la photographie n’était pas reconnue comme un art majeur. Nous avons souhaité changer cette vision. La France avait en la matière beaucoup de retard par rapport à la Grande-Bretagne ou l’Allemagne. Aujourd’hui il n’y a plus ou presque de décalage avec ces pays. La preuve la plus flagrante ce sont les prix pratiqués sur le  marché de l’art : les clichés vendus sont plus chers et certains artistes fortement cotés. Avec la Biennale, nous avons apporté notre pierre à l’édifice. Nous avons participé à cette dynamique de légitimation artistique de la photographie.

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Au cours de ces trente-cinq années, comment a évolué le travail des photographes ?
Ces dernières années, avec le numérique, nous avons constaté la présence de plus de photomontages comme les « dramagraphies » de Michel Lagarde. Ce dernier utilise beaucoup les nouvelles technologies. Il fabrique ses propres décors en miniature, se met en scène à l’intérieur puis reconstitue à postériori son image. D’autres artistes présentent des clichés « bruts » : ils ne recadrent ou ne retouchent presque rien, voire rien du tout. Nous avons voulu réunir ces deux aspects de la photographie contemporaine. Aujourd’hui, les photographes n’hésitent plus à utiliser ces moyens techniques qui permettent d’avoir une palette d’expression très riche et variée. Nous sommes loin de la photographie humaniste de Doisneau ou Cartier-Bresson. Mais nous tenons à faire un clin d’œil à ce mouvement à chaque édition de la Biennale. Cette année par exemple, nous accueillons une exposition réalisée par le Jeu de Paume sur André Kertész.

Quels sont les nouveautés de cette Biennale 2014 ?
Cette année, nous avons constaté deux tendances. D’abord il y a un retour au noir et blanc très marqué. Et puis, avec les tirages numériques, les photographes peuvent s’amuser d’avantage. Cela permet d’avoir des formats très différents. Les expositions présentent aussi bien des grands formats que des petits. Les images de deux mètres vingt du Coréen Yi, Wan-Gyo côtoient des supports de 30 cm par 40 cm. Il y a aussi un vrai travail sur la matière et donc sur le rendu. Certains photographes choisissent d’effectuer leurs tirages sur du velin d’Arches [n.d.a. : un papier plus épais, utilisé traditionnellement pour des lithographies ou des eaux fortes]. Tout cela donne à réfléchir à ceux qui s’opposaient au numérique. En réalité les qualités d’images sont très belles et surprenantes.

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Quel visage de la photographie la Biennale de l’Image offre-t-elle ?
Avec la Biennale, nous voulons que chacun puisse trouver ce qu’il cherche. Il y a les visiteurs passionnés qui sont en quête de clichés plus pointus, peut-être moins faciles d’accès au premier abord. Il y a aussi un public moins averti mais curieux. Nous nous adressons à tous sans restriction. C’est ce qui fait notre spécificité. Par ailleurs, dans les différentes expositions, nous mettons côte à côte des photographes reconnus et des jeunes talents. Le public peut donc retrouver les artistes qu’il connaît et en découvrir d’autres. Le but est de donner une autre image de la photographie contemporaine, de la mettre en valeur dans toute sa variété, sa richesse. D’un autre côté, nous permettons à ces jeunes talents de se faire connaître. La Biennale, c’est un petit strapontin qui leur donne accès à d’autres manifestations d’envergure.