Michel Didym : « Molière au sommet de son art »

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Pour la première fois, Michel Didym se frotte au répertoire classique en mettant en scène « Le Malade Imaginaire » de Molière. Dans sa dernière pièce, sous le masque du bouffon, le dramaturge croque avec acidité les travers de son temps, encore d’actualité aujourd’hui. Du 13 au 24 janvier, Argan traîne son hypocondrie sur les planches de la Manufacture. Un clystère pour son royaume !

Avec le « Malade Imaginaire », vous mettez en scène pour la première fois une pièce issue du répertoire classique. Qu’est-ce ce qui vous a retenu jusqu’à présent ?

Au cours de ma formation à l’École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Strasbourg, j’ai interprété Marivaux, Shakespeare ou Molière. En tant que comédien, mes racines sont plutôt classiques. Par la suite, je me suis orienté vers les écritures contemporaines. Un exemple fort de cet engagement pour la dramaturgie vivante est la création de la Mousson d’été à Pont-à-Mousson. J’ai beaucoup voyagé pour la porter au-delà de nos frontières. Et puis un jour je me suis dit qu’il était temps d’arrêter de faire le jeune homme et de courir le monde. À ce moment de mon parcours, je devais vivre la passion de la direction d’un lieu. Et dans ce cadre, je désirais proposer en Lorraine des grandes œuvres du répertoire. D’où cette volonté de m’atteler à une des plus grandes pièces de Molière. Cela marque à la fois une nouvelle étape dans mon parcours personnel et professionnel.

Pourquoi vous êtes-vous arrêté plus particulièrement sur « Le Malade Imaginaire » ?

Lors des manifestations « Renaissance 2013 », nous avons joué dans les jardins du Palais Ducal « Voyage en Italie », basé sur les écrits de Michel de Montaigne.  J’ai vraiment découvert son univers et l’ampleur de son travail. Il se trouve que Molière se réfère énormément à ses idées sur la mort, la maladie ou Dieu. Une en particulier se retrouve dans le « Malade Imaginaire ». Montaigne avait une théorie sur les médecins : selon lui, une fois sur dix, le remède était plus mortel que la maladie même. Pour moi, cette vision est encore d’actualité, malgré les avancées technologiques et médicales. Au moment où Molière écrit le « Malade Imaginaire », il est au sommet de son art. Sa position vis-à-vis de la médecine, l’âge venant, s’est radicalisée et il sait mettre en évidence les paradoxes de la vie. Molière, plus qu’aucun autre, réussit à nous mettre face à nous-même, malgré les siècles qui nous séparent de lui. C’est à la fois touchant et jubilatoire.

À l’origine, Molière a écrit le Malade Imaginaire comme une comédie-ballet, avec de la danse et de la musique.  Comment avez-vous travaillé la mise en scène ?

Molière s’est beaucoup battu pour intégrer à son écriture la danse et la musique. J’ai donc voulu conserver l’esprit de la comédie-ballet imaginée par Molière. Cette forme de spectacle est très moderne : il suffit de voir le nombre de comédies musicales produites depuis quelques années. Par contre, monter un tel spectacle demande de l’exigence. Aujourd’hui les acteurs doivent savoir conjuguer théâtre, danse et chant. Et dans cette production, tous les comédiens se sentent à l’aise avec cet aspect pluridisciplinaire. J’ai aussi travaillé avec un maître de chant et un chorégraphe. Cela engage une lourde production, au niveau humain et financier. Mais nous avons collaboré avec deux grandes maisons européennes. Le Théâtre National de Liège s’est occupé de la confection des costumes et le Théâtre National de Strasbourg a bâti les décors. Après les représentations à la Manufacture, notre « Malade Imaginaire » va donc réaliser un petit tour de France et d’Europe, de la Belgique à la Suisse. Cela prouve encore son caractère universel.
Renseignements : www.theatre-manufacture.fr