Le clown Champion s’empare de l’art contemporain !

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Francis Albiero ( Cie Flex ) alias Champion est en résidence au Musée des Beaux-Arts de Nancy du 2 au 6 novembre et présentera un extrait de sa création 2021.

Il est insupportable mais sympathique. Amoureux des femmes mais trop timide pour aller les aborder. Il est plein de bon sens, très direct. Il aime la musique, s’improvise parfois chanteur. « Et surtout, il me fatigue tant il a d’énergie ! » s’amuse Francis Albiero. Ce dernier endosse le rôle de Champion depuis une vingtaine d’années. Diplômé du Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne en 1993, Francis Albiero est aussi le directeur artistique de la compagnie Flex, basée à Nancy : « C’est vrai que j’ai commencé par être comédien mais j’ai eu un coup de cœur pour le personnage du clown. » Des grands noms comme Grock ou Charlie Rivel lui ont donné envie « de faire le clown ». Aujourd’hui, Francis Albiero défend l’art du clown et tend à lui rendre sa place parmi les autres arts vivants car « le clown s’adresse plus que jamais à l’homme d’aujourd’hui ». 

Un acte courageux

Depuis bientôt deux ans, Francis Albiero travaille sur sa nouvelle création, qui sera dévoilée en avril 2021. Une création autour de l’art contemporain : « Je n’y connaissais pas grand-chose et je me suis rendu compte que j’avais beaucoup d’aprioris. Quand on parle d’art contemporain, les gens sont souvent dubitatifs, prennent ça pour de la provocation, des choses qui valent des millions pour pas grand-chose… mais c’est bien plus que ça ! » Francis Albiero voit dans l’art contemporain un acte souvent courageux : « En 1953, l’artiste américain Robert Rauschenger, alors inconnu, a demandé au célèbre peintre Willem de Kooning d’utiliser un de ses dessins pour… pouvoir l’effacer ! C’est quand même très audacieux ! Personnellement, si je me produisais sur la scène de l’Opéra par exemple, je ne sais pas si j’aurais le courage de me gratter le nombril pendant 10 minutes » rigole-t-il. 

« L’art du clown est transgressif »

Le 6 novembre prochain, Francis Albiero enfilera son maillot à pois du meilleur grimpeur du Tour de France et se transformera en Champion pour dévoiler un extrait de sa nouvelle création, au cœur du musée des Beaux-Arts. « J’ai commencé par avoir l’idée d’une conférence-spectacle mais je préfère appeler ça une performance ou une exposition. Il y aura trois représentations de 20 minutes » explique-t-il. Pour ce projet, Francis s’est entouré de personnalités très marquées du spectacle vivant : Sky de Sela ( cirque-clown ), Laurent Savalle ( théâtre ), Julie Mondor ( musique ), Sophie Langevin ( théâtre contemporain ) et Pauline Collet ( théâtre-danse ) qui viennent, tour à tour, apporter leur pierre à l’édifice. Le 7 novembre, Champion sera de retour pour un rendez-vous « Une heure, une œuvre » autour de l’exposition de Mad Meg : « J’ai découvert son travail que je trouve très intéressant, fourmillant et à la fois joyaux aussi, sans être dans l’ironie. » 

Aujourd’hui, Francis Albiero aimerait que l’art du clown soit mieux connu et se détache de cette image « d’art pour les enfants » : « Si vous prenez Charlot, ce n’est pas un personnage pour les gosses ! Vous savez, les enfants ont besoin qu’on cadre leur imaginaire avec des conteurs, des musiciens… mais dans la figure du clown, ils ne voient qu’un collègue pour faire des bêtises ! L’art du clown est transgressif, tout comme l’art contemporain. » 

Pauline Overney

Sortie de résidence le 6 novembre au Musée des Beaux-Arts à 14h, 15h et 16h • « Une heure, une œuvre » le 7 novembre à 16h30 • Réservation obligatoire : [email protected]
Photos © DR