Tous en piste pour les 30 ans du cirque Arlette Gruss

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Souvent, le cirque fait ressurgir les mêmes images vieillissantes comme celle du clown aux chaussures démesurées et à la veste aux couleurs criardes. En réalité, son univers ne se limite pas à une simple répétition de clichés ancestraux. Avec la création de son propre cirque, Arlette Gruss a su redonner aux arts circassiens leurs lettres de noblesse et les faire entrer dans l’ère moderne. Cette année, le cirque Arlette Gruss célèbre ses trente ans d’existence et de ténacité.

Le pari était risqué. Au début des années 1980, le paysage circassien est bouleversé et nombre de cirques défont leurs chapiteaux après un dernier tour de piste. Malgré une conjoncture difficile, Arlette Gruss et son époux Georgyka Kobann tentent l’aventure en créant le leur. Au passage, ils changent peu à peu certaines traditions usées. Désormais, le public devient le centre de toutes les préoccupations. Le chapiteau « Arlette Gruss » se fixe plus longtemps dans les villes, renoue avec les spectateurs et chaque année un spectacle nouveau est entièrement monté. Aux oubliettes ces numéros redondants qui ont éloigné le public du cirque, lassé de voir toujours les mêmes vieilles ficelles.

L’amour du cirque dans les veines

Femme au caractère bien trempé, Arlette Gruss va bousculer bien des conventions notamment celles concernant le chapiteau. Comme une cathédrale avec ses contreforts, celui d’Arlette Gruss tient par la magie de câbles extérieurs, laissant au spectateur une vue dégagée de mâts intermédiaires sur la piste. En 1991, un orchestre accompagne les artistes dans leur tournée et propose une musique originale, taillée sur mesure. Mais avant tout, la force du cirque Gruss réside dans deux mots tout simples : « chaleur humaine ». Et cette dernière est distillée sur la piste grâce au travail de toute une famille, d’Arlette Gruss à la gestion, à son fils Gilbert à la direction artistique en passant par Georgyka Kobann à la logistique. Et le virus du cirque se transmet de génération en génération. Après Arlette, elle-même fille du maître écuyer Alexis Gruss (1909-1985), Gilbert et son épouse, l’artiste Linda Biasini-Gruss, la relève est assurée avec Kevin, acrobate de talent, et Laura-Maria dans son numéro équestre.

L’art au centre de la piste

Et sur la piste, chaque soir, les artistes réécrivent sur la page blanche d’un spectacle toujours prometteur, toujours étonnant et bouleversant. Chaque talent est le fruit d’années de travail et d’une recherche artistique minutieuse de la part du cirque Arlette Gruss. Costumes, thème, musique, numéros, toutes les pièces du puzzle sont choisies avec soin pour continuer à « faire rêver » le public, selon les vœux de sa fondatrice. Au cours de ces trente ans d’existence, jamais « Arlette Gruss » n’a déçu l’attente des spectateurs. Les frissons, les rires, les pleurs aussi parfois, tous les ingrédients sont là d’année en année. En 2015 encore, le public va rire des facéties du clown, trembler face aux fauves tout en puissance et grâce, frissonner du plaisir de partager un moment suspendu, en dehors du temps. En trente ans, le cirque Arlette Gruss a réussi son pari : celui de marier cirque traditionnel et moderne,  de créer une bulle de rêves circassiens. Le rêve continue.

« Écris l’histoire » repousse les limites

Du 21 octobre au 1er novembre, le cirque Arlette Gruss installe son chapiteau sur la place Carnot et présente son spectacle anniversaire « Écris l’histoire ». Avec vingt-quatre nouveaux numéros, ses artistes repoussent encore les limites, de la physique et de la magie. En avant-goût voici trois numéros qui risquent de vous remuer les sentiments. Place au cirque !

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« Un grand huit mais à neuf » par Globe of Speed

Huit motos tournant à pleine vitesse dans un seul et même globe, voilà l’exploit réalisé par des motards colombiens d’un genre un peu particulier. En 2011 et 2012, ils pétrifient les spectateurs du cirque Arlette Gruss de peur et d’excitation mélangées. Pour ce 30e anniversaire, ils reviennent avec un surcroit d’audace puisqu’une neuvième bécane s’ajoute à cet ensemble vrombissant.

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« Une envolée colorée » par Antonio Zatta

Éléphants, fauves, caniches ou chevaux sont les animaux les plus populaires du cirque. Antonio Zatta n’a pas suivi une voie classique avec ses dix perroquets éclatants et superbes dans leurs plumages multicolores. Parmi ceux-ci, Cristal, l’ara « ararauna » bleu et jaune, ou Ricky, rouge, vert et bleu, feront marcher l’artiste italien à la baguette. À moins que ce ne soit l’inverse…

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« Majestueux jusqu’au bout des griffes » par Emmanuel Farina

Que serait un spectacle de cirque sans ses fauves ? Tout en reprenant le numéro traditionnel, le jeune dompteur italien Emmanuel Farina change la donne. Les fauves qui l’accompagnent sur la piste ont tissé une relation étroite, presque « filiale » avec leur dresseur. Après les avoir nourrit au biberon, Emmanuel Farina s’amuse avec ses compagnons de jeu pendant le spectacle. Un instant de complicité à ne manquer pour rien au monde.

Plus de renseignements > cirque-gruss.com

Enfants de la balle

Avec sept générations d’artistes circassiens, la famille Gruss n’a rien à envier aux autres dynasties du cirque. Aujourd’hui les enfants et petits-enfants d’Arlette Gruss continuent à faire vivre son idée du cirque. Parmi eux, Kevin, vingt-sept ans, et Laura-Maria, seize ans, nous font découvrir leurs univers et évoquent leur grand-mère. Interview croisée.

Qu’est-ce que ça représente d’être « un enfant de la balle », d’être né(e) dans une famille aussi célèbre et populaire que celle des Gruss ?

Kévin Gruss : Finalement, mon enfance ressemble à celle de beaucoup d’autres enfants : je suis allé à l’école, j’ai joué… C’est une enfance normale. La seule différence est que l’on a des animaux et que l’on s’entraîne. J’ai commencé à aller sur la piste entre 8 et 10 ans. J’ai un peu tout essayé et finalement j’ai choisi l’acrobatie. Aujourd’hui j’en suis à mon quatorzième numéro. Je veux pouvoir faire comme mon père et comme ma grand-mère, prendre leur relai.

Laura-Maria Gruss : L’univers du cirque est toute ma vie. J’y suis née et très tôt j’ai senti l’envie, le besoin de participer au spectacle. J’ai insisté pour réaliser un numéro comme les grands. Je disais sans cesse à papa « je veux faire comme toi, maman et mon frère ». Depuis toute petite, je suis attirée par les chevaux ; je suis restée des journées entières avec eux dans les écuries ou à regarder mes parents les entraîner. Et puis à six ans, pour Noël, j’ai voulu un poney en peluche. Le 25 décembre au matin, mon père m’a dit d’aller dans les écuries et là, six petits poneys m’attendaient. C’est ainsi que j’ai commencé. Mon plus grand rêve serait de prendre la relève de ma grand-mère.

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Parlez-nous un peu du numéro que vous présentez pour les 30 ans du cirque Arlette Gruss ?

Kévin Gruss : Pour « Écris l’histoire », j’ai proposé plusieurs thèmes à mon père. Puis je lui ai parlé d’un numéro de street workout, de la musculation de rue. La discipline existe depuis une dizaine d’années mais n’avait jamais été intégrée à un spectacle de cirque. On est les premiers à le faire. Au début, mon père me disait « tu es fou, tu ne vas jamais y arriver ». Et puis à force de répéter, de travailler, mon partenaire, Ludo, et moi y sommes parvenus. Au final, notre numéro s’inspire des mouvements du street workout, comme les figures de force, mais s’en éloigne aussi avec des sauts périlleux et d’autres choses.

Laura-Maria Gruss : Cette année est un nouveau challenge pour moi. J’ai reçu en cadeau huit nouveaux frisons, qui ont cinq ans. Mon oncle [N.d.A. : Lucien Gruss] les a dressé pendant un an et demi. Or, il leur faut trois ans pour être pleinement dressés. Jusqu’à présent je présentais le numéro. Cette année j’apprends aussi les secrets du dressage. Pour que le numéro soit réussi, je dois passer beaucoup de temps avec les chevaux. Ce sont des animaux compliqués : une confiance doit s’instaurer entre eux et moi. Si je le pouvais, je dormirais même avec eux.  En ce moment, je prépare aussi le spectacle de l’an prochain tout en continuant de travailler celui de cette année.

Le cirque Arlette Gruss a trente ans. Comment voyez-vous son avenir ?

Kévin Gruss : On a beaucoup évolué en trente ans et on ne demande qu’à évoluer encore. Bien sûr, se renouveler peut être difficile. Cela étant, mon père cherche toujours de nouvelles idées, des numéros différents. Cette année pour l’anniversaire, il y a des numéros exceptionnels comme celui des motards ou des perroquets. 

Laura-Maria Gruss : L’avenir, je le vois encore plus grand avec encore plus de spectateurs. J’aimerais qu’on parle de nous dans le monde et que cela modifie l’image du cirque dans l’esprit du public. Les gens ne retiennent par exemple que les problèmes avec les animaux. On est différents. Pour nous, ils sont très importants. Sans eux on n’a pas de raison d’être et c’est la même chose avec les spectateurs. On les aime et on les respecte les uns comme les autres.

Quel souvenir avez-vous de votre grand-mère ?

Kévin Gruss : Je ne peux pas en choisir un en particulier. J’avais des liens très forts avec elle. Tous les matins après le réveil, j’allais prendre le petit-déjeuner avec elle. Elle allait aussi me voir en piste. Même si elle n’est plus là aujourd’hui, elle est toujours dans mon esprit quand je travaille. Et tous nos choix actuels sont orientés par sa vision de départ : un cirque entre tradition et modernité.

Laura-Maria Gruss : Je passais beaucoup de temps avec elle et quand il y avait un problème avec le cirque, un artiste ou autre, elle avait toujours une solution. Et puis, elle m’a très souvent dit « si tu veux grandir et faire ton travail comme il se doit, il faut respecter le public ». Cette phrase nous guide tous, tous les jours. Le cirque est une passion familiale.

Hit the road Arlette Gruss !

Onze mois de tournée à travers la France, une équipe de 130 personnes avec treize nationalités différentes, 70 animaux et cinquante-deux semi-remorques pour transporter tout ce beau monde, le cirque Arlette Gruss a un sacré bout de chemin à parcourir avant de s’installer dans notre ville. Mais comment font-ils ?

Attention Mesdames et Messieurs, voici venu en ville le cirque Arlette Gruss ! Le convoi de cinquante-deux semi-remorques forme comme un mille pattes d’acier vrombissant. À l’avant, les animaux jouent les éclaireurs. Tout derrière, le chef mécanicien Casimir ferme le cortège. Une fois la place Carnot atteinte, les préparatifs peuvent commencer. La première étape est bien sûr de trouver une place à chacun : les caravanes, la spacieuse ménagerie et les bureaux. Au milieu de cette jungle ordonnée, le chapiteau, aussi appelé « cathédrale », s’élève lentement et s’étend sur 2 700 m2. Sous cette tente géante, tout un monde se meut. Les spectateurs ont le choix entre 1 800 sièges pour poser leur séant. En-dessous, des espaces d’attente et d’accueil pour le public, des loges confortables pour les artistes et bien sûr la piste donnent l’impression d’un théâtre de toile.  Le cirque Arlette Gruss a depuis longtemps opté pour une structure innovante. En effet la toile du chapiteau est tenue grâce à dix mâts de 20 mètres de haut et des cordages permettant d’améliorer la visibilité autour de la piste.

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Le royaume des animaux

Dans la ménagerie, les soigneurs animaliers s’occupent avec attention de leurs pensionnaires. Pour leurs papilles délicates, le cirque doit s’approvisionner en produits frais. Chaque année sont commandées 110 tonnes de foin pour les chevaux, poneys et autres herbivores à quatre pattes, 13 tonnes de viande pour les fauves et 10 tonnes de carottes et pommes pour offrir quelques sucreries à ces compagnons méritants. Chacun d’entre eux possède un carnet de santé et un service vétérinaire peut intervenir dans chacune des villes visitées. Le cirque Gruss a aussi devancé les réglementations en matière d’accueil pour ces animaux : la surface de la cage des fauves a été agrandie et aménagée avec une piscine pour qu’ils puissent faire trempette ; les écuries ont doublé de volume et de nombreux enclos extérieurs ont été mis en place pour laisser s’égailler certains d’entre eux.

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Et les hommes dans tout ça ?

L’équipe humaine du cirque a aussi droit à ses égards. Pour faire fonctionner cette machinerie immense, il faut quelque chose dans le ventre : 130 repas sont servis plusieurs fois par jour soit 2 800 de denrées alimentaires. De quoi faire une bien belle fricassée ! Et le cirque Gruss tient à consommer local. Dans chaque ville où il s’arrête, il s’adresse aux producteurs de la région. Un pari « Made in France » qui se poursuit aussi dans le choix de certaines infrastructures. Ainsi les couchettes de techniciens ont été élaborées par l’entreprise française Procar. Ajoutez à cela les deux semi-remorques qui accueillent les bureaux, le salon de réception pour le public et la billetterie accessible aux personnes en situation de handicap. Il ne reste plus qu’à attendre le public. Que le spectacle commence !

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