NJP : scène du monde

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Débuts de la 38e édition de Nancy Jazz Pulsations. Rencontre avec son directeur, Patrick Kader.

Nancy Jazz Pulsations démarre dans un dédale de rythmiques jazz. 80 000 spectateurs sont attendus lors des différents concerts et animations sur la Couronne nancéienne et en Lorraine jusqu’au 15 octobre. Patrick Kader, est arrivé comme bénévole… en 1973 aux côtés d’une équipe de passionnés (dont le président, Claude-Jean « Tito » Antoine). Directeur depuis 1980, il livre son regard sur NJP, qu’il a vu grandir. Le festival, scène d’expression artistique multiforme aux tons humanistes, reste une porte ouverte sur le jazz et les musiques du monde.

VivreNancy : Combien de temps est nécessaire pour préparer une édition de NJP ?

Patrick Kader : Dès qu’un NJP se termine, il faut préparer le suivant : clôture du festival mi-octobre, bilans ensuite. Premières trames définies en novembre. Puis tout s’accélère au sortir de l’hiver. C’est une grosse organisation… bien rodée. Au plus fort, une centaine de bénévoles sont mobilisés auxquels s’ajoute le même nombre de salariés sur les sites concernés.

Comment sont définis le programme et le choix des artistes ?

Ils respectent la philosophie multiculturelle du festival. Avec la même exigence renouvelée de proposer un menu de qualité au public. Cela est aussi fonction du nombre de spectateurs que nous pouvons accueillir. Chaque année, quelques coups de cœurs se glissent dans le programme. NJP est déjà une affaire de passion !

Le soutien à la musique lorraine reste-t-il une spécificité de NJP ?

C’est essentiel. Un talent, un groupe local aura toujours ici les portes ouvertes… s’il requiert un réel potentiel. NJP a cette vocation originelle à être un découvreur de jeunes musiciens.

Quelle tendance pour l’opus 2011 ?

L’éclectisme avant tout entre jazz, pop rock, blues, reggae, death métal, électro, folk, hip hop. La chanson française est très présente avec Catherine Ringer en tête d’affiche. Le public appréciera aussi le slam.

Hors scène, d’autres temps forts ?

Durant quinze jours, 130 rendez-vous se bousculent. Par exemple les Quartiers Musiques. Ils rassemblent des jeunes mobilisés par les structures locales et des artistes du Plateau de Haye, de Champ le Bœuf, de Vandœuvre-les-Nations. Ensemble, ils vont travailler sur le thème Homme et Environnement à partir de trois formes d’expression artistique : le graff, la musique et la vidéo.

Des actions vers les enfants, également ?

Dès 1973, NJP a intégré des animations scolaires. Plus de trente interventions musicales sont prévues dans les maternelles et écoles primaires de Meurthe-et-Moselle ainsi que dans les médiathèques et bibliothèques. Eveil musical (dès 3 ans), Magic Kids (spectacles en famille), temps jeune public au cours duquel 1500 scolaires de Nancy et agglomération assisteront à un concert privé et découvriront l’univers musical (avec Sodexo), s’inscrivent dans cette continuité.

Avec votre expérience, comment vivez-vous aujourd’hui NJP ?

Avec du recul. La structuration du festival et les nombreuses compétences qui gravitent autour me concentrent davantage vers la programmation. Au début, c’était rock’ n’ roll ! Une autre époque.

Un mot sur le Chapiteau ?

Le lieu symbole du festival, au Parc de la Pépinière. Ici bat le cœur de NJP avec tout ce qu’il comporte comme convivialité, ouverture et rencontres. Le public y retrouvera Catherine Ringer, Alena Diane, Asa, Charles Lloyd, Zaza Fournier, les Têtes Raides, Broussaï, Shemekia Copeland, Dick Annegarn, Kellylee Evans, Imany… Une quarantaine d’artistes se succèderont sur la scène du Chapiteau.

Le festival comme scène majeure mais acteur social aussi ?

Bien sûr. Au travers des opérations Jazz de Cœur (concerts en milieu hospitalier avec la Mutualité Française), Jazz Inside (en milieu carcéral et de réinsertion), Jazz and Me (en instituts médico-éducatifs) ou Jazz à tous les étages (chez l’habitant dans les grands ensembles avec Batigère), NJP porte la culture vers ceux qui n’y ont pas accès au premier abord. Le festival véhicule cette image de la culture à portée de tous les publics. Un lien si essentiel aujourd’hui pour rassembler les gens.

Et l’avenir de NJP ?

Le festival est assis sur de solides fondations. Pas besoin de révolution dans l’évolution. Une équipe soudée et motivée, une ou deux bonnes idées par an, une volonté commune de ne pas tomber dans le gigantisme sont de bons atouts… Les financements publics ont tendance à stagner depuis quelques années et nous nous tournons de plus en plus vers des mécènes privés. La Caisse d’Epargne Lorraine-Champagne-Ardennes nous soutient depuis 29 ans.

Quelques mots au public ?

A vos lecteurs, je veux dire : venez à NJP. Imprégnez-vous de la musique et de la culture jazz, parfois si méconnue, investissez les salles. Pépinière en Fête (9 octobre de 14 h à 19 h), les apéros jazz et Nancy Jazz Poursuite (marathon de concerts gratuits le 8 octobre à partir de 18h30) sont autant de moments festifs et de partage. Amusez-vous !

Ainsi, au Chapiteau de la Pépinière, au Magic Mirrors, à l’Opéra, à la salle Poirel, à l’Autre Canal, au Théâtre de la Manufacture, au Hublot, au Théâtre « ça respire encore », dans les bars, les brasseries, les rues, les places mais aussi à Seichamps, Velaine-en-Haye, Jarny, Etain, Stenay, Longwy, Mont-Saint-Martin, Thionville, Sarreguemines, Bitche, Art-sur-Meurthe, La Bresse, Rambervilliers, Vittel, Neufchâteau, NJP trace sa route à travers une myriade de manifestations dans cette constance à développer cette idée d’être ensemble, de se cultiver, de partager du plaisir et des émotions, de lier les générations. Enfin, une vingtaine de nationalités composent le plateau d’artistes venus de France, d’Europe, des Etats-Unis mais aussi de Cuba, d’Australie, du Japon, d’Afrique du Sud, d’Ethiopie… Quand la musique est bonne, elle tient toute sa place à NJP.

Contacts NJP : 106 Grande Rue à Nancy • 03 83 35 40 86 • www.nancyjazzpulsations.com