L’art qui flatte la forêt

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Rapprocher deux mondes que tout oppose au premier coup d’œil : le monde rural et l’art contemporain. C’est le pari réussi du projet « Vent des forêts ». Dans la Meuse, le promeneur devient amateur d’art, la rando fait voyager l’esprit. Profitons de l’été pour savourer les temps forts d’une initiative originale.

De l’audace, il en fallait, pour considérer que sur les côtes de Meuse, l’art contemporain pouvait venir se nicher et prendre comme une belle vigne. Depuis 1997, le projet a pourtant pris pied, enfoui ses racines au fil des années. Comme un pied de nez aux outrages d’un temps réputé rugueux, 90 œuvres ont même résisté sur les 190 – soumises au temps qu’il fait et au temps qui passe – depuis le lancement du projet.
Chaque nouvelle saison, comme de nouvelles plantes, de nouvelles œuvres voient ici le jour. Loin d’être un musée en plein air, le projet intègre tout le territoire et les six villages agricoles et forestiers. Ambition humaine et culturelle avant tout, le Vent des Forêt rassemble 70 bénévoles aux mains tendues vers l’art et les artistes.
« Le projet est né à Lahaymeix, un village de 60 habitants. Autour des forêts communales, plusieurs villages de gaulois se sont réunis avec comme seule potion magique leur envie de s’ouvrir au monde. L’adhésion des habitants a été immédiate, raconte Pascal Yonet, directeur artistique depuis 9 ans. En venant m’installer ici, j’ai pris le projet en marche avec l’envie d’aller à l’essentiel, de respecter la nature et l’histoire et d’y impliquer les artistes. Je me vois comme un aiguillon, une courroie entre les artistes que j’invite et les habitants des 6 villages impliqués dans cette démarche créative originale et un peu folle. » Et si la nature était plus forte ? La projet intègre bien cette idée, en expliquant aux artistes sollicités que chaque œuvre devra avant tout s’intégrer à la nature et peut-être se faire recouvrir, abîmer, détruire par la forêt elle-même. Chaque œuvre doit être donc en accord avec le paysage, immergée au cœur d’un environnement social, humain, géographique et économique. Pas question, donc, de commander une sculpture et de la faire venir par camion. L’artiste va à la forêt plus que l’inverse. Il s’en inspire et créé en fonction d’elle.

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Promenons-nous dans les bois

Comme dans une belle colonie de vacances champêtres, les artistes invités, souvent réputés, sont logés chez l’habitant. Les matériaux utilisés pour sculpter ou modeler les œuvres viennent aussi du terroir. Les outils ? Ceux des paysans alentours,  un tracteur d’ici, une planche de là.  A l’arrivée, des rencontres inattendues, comme celle du chaudronnier de Saint-Mihiel avec la designer Matali Crasset. Choc des cultures ? Peut-être, mais quand l’alchimie opère, on se dit qu’elle valait la tentative.
De février à septembre, les 45 km de sentiers piétonniers, cavaliers, cyclistes, destiné au projet, balisés comme tel, et accessibles à tous sillonne 5000 hectares de forêt et de campagne vallonnées. « On est quand même loin du Land Art, précise Pascal Yonet. Nous voulons avant tout mettre en avant la forêt elle même. Elle est vivante, c’est elle qui nous accueille. Le message envoyé est : laissez vos voitures, prenez le temps d’écouter, de sentir, de vous émerveiller, bref d’admirer la richesse de ce territoire et des gens qui l’habitent. » Démarche écolo ? Oui, à condition que cette approche de l’écologie implique tous les acteurs du territoire, de l’industrie forestière aux chasseurs, en passant par les agriculteurs, les promeneurs.
Pour apprécier la première œuvre immergée dans son écrin sylvestre, il faudra ainsi marcher de longues minutes. Le mérite au bout du sentier. Certains parcours proposent même de se perdre pendant 4 heures dans l’immensité naturelle. En bordure de forêt ou dans les villages, quelques œuvres ont été installées comme des signaux pour inciter le visiteur à la balade.
Parmi les nouveautés cette année, sept œuvres, dont certaines franchement étonnantes. C’est le cas du travail de Julia Cottin. Son domaine se trouve sous vos pieds. Le sous-sol dont elle extrait des cylindres sédimentaires exposés au grand jour. Elle incarne en ce sens le lien profond qui unit l’artiste au terroir, cahier des charges du Vent des Forêts. Idem pour Alexandra Engelfriet, artiste hollandaise qui travaillera 20 tonnes d’argile brute lors d’une performance. Lionel Sabatté a, lui, récupéré des souches de chênes dans le village de Fresnes-aux-monts, déracinées par la tempête. Sous la main du sculpteur, elles renaissent sous la forme d’animaux chimériques. La création de ces nouvelles œuvres sera fêtée le week-end des 13 et 14 juillet au rythme d’événements champêtres (ateliers corporels, chantiers d’art à ciel ouvert, bal au village, concerts à la bougie…) avec les artistes, guides exceptionnels sur des sentiers de rêve et de magie.

Plus d’infos sur www.ventdesforets.com

Venir au Vent des Forêts

  • Le Vent des Forêts est au cœur du département de la Meuse, par la route, à 30 km de Bar-le-Duc, 35 km de Verdun, 70 km de Metz, 80km de Nancy, 170km de Luxembourg.
  • Accès libre et gratuit, conseillé de mars à septembre (hors période de chasse). Inauguration des nouvelles œuvres les 13 et 14 juillet
  • Le plan-guide des sentiers du Vent des Forêts est gratuit et disponible sur simple demande.
  • Parcours-découvertes sur demande pour les groupes et individuels.
  • Accueil principal et administration du Vent des Forêts en Mairie de Fresnes-au-Mont
  • Accès : En forêt de Marcaulieu, fléché depuis les villages de Dompcevrin, Fresnes au Mont, Lahaymeix.