La vie ne tient parfois qu’à une pale

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… d’hélicoptère. VivreNancy est parti à la rencontre du SAMU héliporté de Lorraine, dont l’hélicoptère blanc – Oscar pour les intimes – est bien connu des Nancéiens. Une enquête en hauteur.

Pour en savoir plus, VivreNancy a fait la connaissance de Patrick Labbe, pilote et chef de base, qui met depuis dix ans son énergie au service du SAMU héliporté. Il a bien voulu nous servir de guide, de son bureau à l’hélistation perchée au sommet du bâtiment de neurologie de l’Hôpital Central en passant par le cockpit de l’appareil.

Un maillon

Si l’hélicoptère est souvent la facette la plus visible (et la plus spectaculaire) des services d’urgence, il n’est qu’un maillon de la longue chaîne des secours. Le secours d’un malade ou d’un accidenté relève d’un vaste ensemble : médecin coordinateur, urgentistes, infirmières… bref, c’est tout un réseau qui est à chaque mis en branle. L’hélicoptère permet de gagner du temps : du temps pour se rendre sur les lieux d’intervention, du temps dans le transfert de malades entre deux hôpitaux, du temps également pour les équipes médicales dont le temps d’accompagnement est alors allégé, au profit de la prise en charge d’autres patients. L’hélicoptère permet aussi d’atteindre plus facilement des lieux parfois difficiles d’accès.Oscar est à la disposition des SAMU de Lorraine. Il est donc amené à voler dans toute la région ; 25 minutes sont nécessaires pour atteindre les lieux les plus éloignés de Nancy. De manière ponctuelle, il intervient en Haute-Marne ou en Alsace.

Un service 24h/24

L’équipage de l’hélicoptère est composé de trois personnes : un pilote, un médecin et une infirmière. Il reste une quatrième place assise (en plus du brancard) qui est parfois occupée par un personnel soignant supplémentaire. Les pilotes nancéiens sont au nombre de cinq et chacun assure des gardes de 12 heures. La répartition des gardes est très équitable. Chacun alterne gardes de nuit et gardes de jour, sans oublier un repos bien nécessaire entre. Ces cinq pilotes, dont les âges varient entre 45 et 58 ans (la retraite est à 60 ans) sont tous issus de l’Armée, ce qui leur a permis d’effectuer au préalable les 2 500 heures de vol exigées (même si les textes officiels n’en demandent que 1 000) pour être pilote au SAMU. Actuellement, les cinq pilotes accusent entre 5 000 et 10 000 heures de vol et, loin d’être lassés, avouent avoir toujours autant de plaisir à survoler Nancy. Les médecins sont une trentaine à se relayer et viennent de toute la région. Les infirmières en revanche, appartiennent toutes au SMUR de Nancy. Chacun a reçu une formation pour assurer ce service héliporté. Un bon esprit d’équipe règne entre ces différents acteurs, et tous se sentent parfaitement intégrés au CHU. Des amitiés se lient entre ces hommes et ces femmes qui sont au service d’un même but.

Un appareil de grande précision

L’hélicoptère nancéien est un Eurocopter EC 135 de 1996. L’âge de la retraite, malgré son excellent état, a bientôt sonné. Il appartient à la société Hélicoptères de France, qui est prestataire de service auprès du SAMU par tranche de trois ans. C’est cette dernière qui embauche d’ailleurs les pilotes, les évalue régulièrement et entretient les appareils navigants. Un mécanicien vérifie et assure le quotidien. Toutes les 400 heures de vol, Oscar repart à Gap, siège de la société Hélicoptères de France, pour un check-up complet, davantage approfondi pour les 800 heures de vol. Pendant cette immobilisation, un « remplaçant » assure le service…car on ne peut interrompre le service du SAMU. En cas de panne à Nancy, faute de pouvoir réparer l’hélicoptère sur place, la compagnie tient d’ailleurs à disposition plusieurs « doublures » pour assurer les besoins médicaux de la région. L’appareil est doté d’un réservoir de 680 litres, permettant de faire face à l’appétit vorace d’Oscar, qui consomme en moyenne 250 litres à l’heure. Le plein se fait à l’aérodrome d’Essey, situé à deux minutes de vol de l’hélistation de l’Hôpital Central. Détail important, Oscar est un biturbine, ce qui lui permet de continuer à voler ou de se poser en sécurité même si un moteur tombe en panne au cours d’une intervention. La précision se trouve aussi dans le matériel médical embarqué. L’hélicoptère est presqu’un hôpital miniature, qui permet à l’équipe SMUR d’intervenir dans la quasi-totalité des cas de figures rencontrés.

Le déclenchement d’un vol

Le pilote de garde est en permanence joignable par téléphone. Contacté par le SAMU, c’est lui qui donne le feu vert sur la faisabilité technique (l’appareil est-il prêt ou non) et surtout météorologique du vol (le brouillard, les chutes de neige empêchent souvent une sortie). Si le vol a lieu de nuit, il consulte également les lieux reconnus et aptes à l’atterrissage ; on ne se pose pas n’importe où, à la seule lumière du phare ! Ce n’est pas la guerre, et la sécurité prime avant tout. Une fois l’accord donné, toute l’équipe est alors prête en moins de 15 minutes. Les trois quarts des vols sont des « transferts » de malades d’une unité hospitalière à une autre. Le dernier quart sont des « primaires », c’est-à-dire des interventions sur les lieux même d’un accident (automobile, infarctus…). Ces interventions sont souvent spectaculaires, par l’accident, mais aussi parce que l’hélicoptère se pose généralement en dehors des hélistations. « C’est comme au cinéma » s’exclament souvent les témoins.
L’hélicoptère des SAMU de Lorraine, que l’on aperçoit souvent dans le ciel, en vol ou au repos à l’hélistation, n’est donc pas un service « à part ». C’est avant tout un des maillons de la grande chaîne des urgences. Sa rapidité, son efficacité en ont fait un outil indispensable de nos jours.

Quelques chiffres

  • 600 interventions par an dont 25 % de nuit.
  • Durée moyenne d’une intervention : 2 heures, dont 45 min de vol.
  • 2h30 d’autonomie de vol
  • Vitesse de croisière : 250 km/h.
  • La ligne bleue sur le côté de l’appareil représente une sinusoïdale d’électrocardiogramme.