La Meuse, hors des tranchées

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Pour encore (beaucoup) trop de personnes, la Meuse, c’est Verdun. Associer le département au tourisme de mémoire est avant tout une chance pour ce dernier, mais cela ne doit pas cacher les richesses, nombreuses, que présente cette terre préservée à la nature généreuse, aux traditions culinaires bien ancrée et au riche patrimoine culturel. En cette année de célébration du centenaire de la grande guerre, il peut paraître étonnant de proposer ce pas de côté, mais tentons le coup : on ne vous parlera donc pas dans ces colonnes de combats, de forts et de tranchées. On évoquera la Meuse au fil de l’eau, à bicyclette, au bout de la fourchette. Une Meuse qui se respire, se déguste, se visite.

Dame nature, maîtresse des lieux

Faites trois pas dans ce département, l’un d’entre eux sera forcément en forêt. Avec 30% de sa superficie recouverte de forêt, la Meuse offre une nature généreuse et sauvage propice aux longues flâneries et à la découverte. Avec plus de 200 km de fleuves, rivières et canaux, c’est aussi un département à découvrir au fil de l’eau.

Montmedy 177_CDT Meuse-Michel PETIT

Un parc naturel comme poumon

Les Côtes de Meuse et la plaine de la Woëvre se situent en plein cœur du Parc Naturel Régional de Lorraine. Ces deux zones regorgent de vergers où s’épanouissent les mirabelles, les fameux « fruits d’or », mais également de vignobles.  La Woëvre, pays de l’eau et des étangs, trouve naturellement l’origine de son nom dans la « vouivre » serpent magique et aquatique.  On y trouve le lac de Madine, les étangs de Lachaussée et la base de loisirs du Colvert où l’on peut pratiquer de nombreuses activités liées à l’eau ou plus généralement à la nature.

Guillaume Ramon / CDT

Le pays de l’Arbre roi

Plus à l’ouest, dans le Pays d’Argonne, la forêt profonde est reine et la géographie prend de la hauteur. On peut même surnommer l’Argonne « pays de l’arbre roi ». Dans des vallées préservées se lovent des villages pittoresques aux maisons à pans de bois et torchis. Plus éloignée des circuits traditionnels, cette partie du département n’est pas la plus connue, sinon par l’histoire, la fameuse fuite de Louis XVI. Elle vaut pourtant le détour.

Guillaume Ramon / CDT

Nature vivante

Les amateurs de botanique ne résisteront pas aux plaisirs de l’observation de la flore meusienne. Sa grande diversité tient au panel de milieux écologiquement riches.

En effet, les haies offrent leur part d’aubépines et de ronciers ; les vergers regorgent de mirabelles et de quetsches ; des plans d’eau surgissent roseaux et autres massettes et les pelouses calcaires proposent leur lot d’orchidées. Et dans les sous-bois,  cèpes, trompettes et girolles sont autant de trésors dont chacun garde jalousement le secret des bons coins.

Se promener dans la nature meusienne c’est aussi aller à la rencontre de sa faune plus riche qu’elle n’y paraît. Surtout ne pas s’arrêter à l’impression parfois désertique que procure les grandes étendues cultivées. Croiser le chemin du chevreuil à la lisière du bois, entendre un sanglier dans les fourrés, apercevoir le renard en chasse dans une clairière : ces images ne sont pas des cartes postales mais bien la réalité de la nature meusienne. Et puis comment résister à l’écoute du brame du cerf l’automne au fond du massif d’Argonne ou des Hauts de Meuse ?

Guillaume Ramon / CDT

Au fil de l’eau

Parmi les destinations les plus touristiques du département, le lac de Madine s’impose sans conteste comme la star côté loisirs. Idéalement placé entre les agglomérations de Metz, de Nancy et de Verdun, cette étendue d’eau sans équivalent offre un espace d’évasion en plein cœur d’une nature préservée. Depuis plusieurs années, le site a su reconquérir son public grâce à des efforts sur le cadre, l’accueil et les animations. Pour une nuit, un week-end ou une semaine, en famille ou entre en amis, découvrez le camping du lac de Madine, ses gîtes ou ses chambres.

Les étangs de Lachaussée, au sein du Parc Naturel Régional de Lorraine, sont des étangs de plus de 300 hectares situés au carrefour d’un vaste réseau de zones humides d’intérêt biologique majeur au cœur des plaines argileuses de la Woëvre.

Cet étang est colonisé naturellement par une végétation aquatique organisée en ceintures. Ceci donne lieu à la présence d’importantes zones de roselières, de zones buissonnantes entourées par des prairies humides très accueillantes pour la faune. Afin de préserver les intérêts écologiques du site celui-ci a fait l’objet d’un classement en Espace Naturel Sensible.

Enfin, les nombreux cours d’eau de la Meuse, à commencer par le fleuve du même nom, permettent le développement d’un tourisme fluvial unique en Lorraine. En Meuse, vous pourrez naviguer sur les deux grands axes qui sont : le canal de la Marne au Rhin et le canal de l’Est. Vous pourrez ainsi profiter de très beaux ports de plaisances de plusieurs villes.

La location de bateaux habitables vous permettra de découvrir de manière originale des sites touristiques. Plusieurs formules existent : à la journée, au week-end ou à la semaine. Une structure propose la location de bateaux sans permis à Dun-sur-Meuse.

Nul besoin d’expérience pour devenir capitaine durant quelques jours : après une courte initiation, vous serez prêt à conduire les “Souchet”, des bateaux extrêmement maniables et confortable.

Patrimoine… très gourmand

Il existe presqu’autant de spécialités que de cités en Meuse. A chaque ville sa spécialité hautement reconnue. Commercy et sa Madeleine, Verdun et ses dragées, Bar-le-Duc et son « caviar » au parfum de groseille, Vaucouleurs et ses Jeannettes…. La Meuse avec la Lorraine n’en finit pas de séduire les palais. Ne fut elle pas à la fin du XVIIe siècle la première région productrice en France de truffes ?

Guillaume Ramon / CDT

Madeleine de Commercy

La Madeleine de Commercy est née dans les cuisines du roi Stanislas vers 1750. Pour satisfaire la gourmandise de leur maître, les cuisiniers de Stanislas rivalisèrent d’imagination. On leur doit quelques desserts fameux comme l’Ali-baba, l’ancêtre du baba au rhum, biscuit fortement aromatisé de safran et mouillé au vin de Malaga. Sans conteste, la madeleine appartient à cet héritage. Des cuisines ducales, la madeleine passa aux salons de Versailles. Fille de Stanislas, reine de France, Marie Leszczynska la faisait servir à ses hôtes. Après la mort de Stanislas en 1766, un de ses pâtissiers s’installa à son compte à Commercy avec les secrets de la madeleine.

Aujourd’hui deux entreprises perpétuent cette tradition, A la cloche Lorraine Madeleines Grojean et la Boîte à madeleine.

Guillaume Ramon / CDT

Verdun et ses dragées

C’est vers l’an 1220, qu’un apothicaire de Verdun eut l’idée de génie. Il prit des amandes dont il se servait pour faire ses gâteaux, il les enroba d’une couche de sucre et de miel puis, pour faciliter leur transport, les fit durcir.

La Dragée était trouvée et portait le nom d’Épice. Ces épices restées sous formes de pralines jusque vers l’an 1600 prirent alors leur forme actuelle : enveloppe dure mais lisse conservant la forme du fruit.

Bonne pour l’haleine et pour la digestion, elle était surtout réputée combattre la stérilité, d’où sa présence sur les tables françaises à chaque événement familial : mariage, baptêmes, communions…

Guillaume Ramon / CDT

La confiture de groseilles de Bar-le-Duc

Il est un art unique au monde qui se pratique à Bar-le-Duc depuis des siècles : l’épépinage de la groseille à la plume d’oie. Cette tradition sert à la production d’une confiture exquise dénommée « Caviar de Bar » exportée à travers le monde entier et dont la recette est restée divinement secrète. Prenant un à un les grains de groseilles entre le pouce et l’index, les épépineuses percent légèrement la peau du fruit avec une plume d’oie taillée en biseau et extrait les pépins sans endommager la pulpe ! Sa renommée s’est étendue très vite dans les milieux princiers et aristocratiques, notamment à la Cour. Victor Hugo appréciait beaucoup cette douceur et Alfred Hitchcock s’en délectait chaque matin. Quant à Raymond Poincaré, il l’introduisit à la table de l’Elysée.  Les Confitures à la Lorraine, dernière fabrique de Bar-le-Duc, peut vous accueillir pour une démonstration de fabrication.

Les croquets et les rochers de Saint-Mihiel

Les gourmets et quelquefois les gourmands… identifient souvent les villes de France à leurs spécialités et Saint-Mihiel dans ce domaine, propose aux palais les plus délicats deux friandises qui bénéficient d’une marque déposée : les croquets de Saint-Mihiel et les Rochers de Saint-Mihiel. Le président Raymond Poincaré raffolait des Croquets et demandait souvent à son chauffeur, de faire un détour par Saint-Mihiel lors de ses séjours dans son château de Sampigny en Meuse. Les croquets ont été inventés en 1854 par Charles Bourchette, un pâtissier local qui leur donnait son nom, on les appelait Les « Petits Bourchettes ». Ces croquets sont composés de farine, de sucre, d’œufs, de vanille et surtout d’amandes, qui entrent pour un tiers environ dans la fabrication du produit.

Les Rochers de Saint-Mihiel rappellent les récifs coralliens qui bordent l’entrée Nord de la ville, ils ont été créés en 1922 et sont inscrits depuis 1994 au patrimoine national des spécialités. Composés de chocolat noir ou au lait et de noisettes émondées, grillées et concassées, les Rochers de Saint-Mihiel, comme les croquets d’ailleurs, sont entrés récemment dans l’encyclopédie des spécialités pâtissières de France.  La pâtisserie-boulangerie Morin vous fera découvrir ces spécialités.

Guillaume Ramon / CDT

Le Lorgnon Linéen

Gourmandise de Ligny-en-Barrois, le lorgnon est un chocolat blanc, noir ou au lait, fourré d’une ganache à la groseille. Le Lorgnon évoque le passé industriel et économique de la ville avec ses fabriques de verres de lunettes et ses confitureries spécialisées dans la groseille épépinée à la plume d’oie. La pâtisserie Voiriot et la boulangerie Demée sont là pour vous faire déguster ces délicieuses friandises.

Les Jeannettes de Vaucouleurs

La pâtisserie Tommasi vous fera découvrir les Jeannettes qui sont des friandises à base de chocolat, noisettes et caramel au miel.

Guillaume Ramon / CDT

Les baisers de Dagobert et les crottes de Satan de Stenay

Tous deux des friandises, les baisers de Dagobert c’est une ganache à l’orange enrobée de chocolat et les crottes de Satan sont des amandes enrobées de chocolat. Michel Baumaux, boulanger, pâtissier, chocolatier est disponible pour vous faire une dégustation.

Green Nest, Srinivasa Prasad, Le Vent des Forêts 2011_crédit Sébastien Agnetti (1)

L’expérience insolite du Vent des Forêts

C’est une manifestation culturelle qui résume bien à elle seule l’ambition de la Meuse : allier la culture et la nature, mêler les deux pour n’en faire plus qu’une seule et même expérience. Baptisée poétiquement le Vent des Forêts, l’événement annonce le printemps et invite à la flânerie.  Rapprocher deux mondes que tout oppose au premier coup d’œil : le monde rural et l’art contemporain. C’est le pari réussi du projet « Vent des forêts ».

enraciné

Nature et Culture

Sur 5000 hectares de forêt, le long de 45 km de sentiers balisés et librement accessibles, les visiteurs partent à l’aventure, à la rencontre d’œuvres d’art inscrites dans le paysage – plus de 90 visibles à ce jour -, conçues avec des artistes à l’écoute du contexte forestier

et en relation directe avec les acteurs du territoire. Familles, club de randonneurs, écoles, amateurs d’art, visiteurs de Hollande et de Belgique… : le contexte du Vent des Forêts permet de rassembler une moyenne de 25000 visiteurs par an et crée une dynamique liée au tourisme vert.

Dans la Meuse, le promeneur devient ainsi amateur d’art, la rando fait voyager l’esprit. Depuis 1997, le projet a pris pied, enfoui ses racines au fil des années. Comme un pied de nez aux outrages d’un temps réputé rugueux, beaucoup d’œuvres ont même résisté – soumises au temps qu’il fait et au temps qui passe – depuis le lancement du projet. Chaque nouvelle saison, comme de nouvelles plantes, de nouvelles œuvres voient ici le jour. Loin d’être un musée en plein air, le projet intègre tout le territoire et les six villages agricoles et forestiers. Ambition humaine et culturelle avant tout, le Vent des Forêt rassemble 70 bénévoles aux mains tendues vers l’art et les artistes.

Plus d’infos et de brochures sur www.tourisme-meuse.com , www.tourisme-lorraine.fr et www.ventdesforets.org

Moss Garden Nicey-sur-Aire, Fujiko Nakaya, coprod. Le Vent des Forêts-Frac Lorraine 2011_crédit Sébastien Agnetti (16)