Gérardmer se pique de jonquilles

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Haute de ses quatre-vingts ans, la Fête des Jonquilles est une vieille dame vosgienne en pleine forme. Cette année, pour sa 47e édition, les habitants de Gérardmer et des environs ont remonté leurs manches et s’activent pour offrir aux visiteurs des souvenirs inoubliables et des rêves teintés de jaune or. Rendez-vous le 12 avril dans les rues de Gérardmer pour admirer leur travail. 

Théorie de l’évolution

Imaginée en 1935 par des membres de l’Amicale motocycliste gérômoise, la Fête des Jonquilles a depuis pris de l’ampleur et attire à elle des Gérômois des touristes de France et d’ailleurs. Le cœur de Gérardmer bat depuis quatre-vingts ans au fil de cette fête. Retour sur les dates clés de son évolution.

Aux origines était la jonquille : une fleur aux pétales d’or poussant de manière sauvage et en profusion autour de Gérardmer et narguant les paysans sur leurs terrains de bataille, les champs. En décorant un jour leur bécane avec cette dernière, les membres de l’Amicale motocycliste gérômoise ont fait de cette « maudite pousse » un atout, aujourd’hui symbole de leur ville. Suite à cette initiative, le 22 avril 1935 est lancée la première Fête des Jonquilles avec des chars en forme d’œufs de Pâques, de cygnes ou de papillons. Après sa première reine des Jonquilles en 1936, Andrée Houssemand, la manifestation se poursuit avant de connaître un coup d’arrêt pendant la guerre, entre 1940 et 1946.

Renaissance

En 1947, elle repart de plus belle pour sa 6ème édition. Malgré les ravages de la guerre sur les Vosges, les organisateurs ne baissent pas les bras. En 1958, au moment de l’Exposition universelle de Bruxelles, une Tour Eiffel de 17 mètres s’invite sur la place des Déportés. En 1972, Georges Pompidou, président de la République, vient se mirer dans son portrait en jonquilles. En 1985, la Fête des Jonquilles est une heureuse cinquantenaire qui, pour cet anniversaire spécial, lorgne du côté des États-Unis avec sa statue de la Liberté de 15 mètres de haut. Aujourd’hui organisée par la Société des Fêtes de Gérardmer, la manifestation phare de la cité continue de faire rêver.

« Chaque édition est un challenge »

Présidente de la Société des Fêtes de Gérardmer depuis 2000, Nicole Curtit est une bénévole passionnée et investie. Depuis 15 ans, elle se consacre à un évènement symbole de la ville et se bat avec les membres du comité organisateur pour préserver ce patrimoine. Elle livre ses impressions sur les quatre-vingts ans d’histoire de la Fête des Jonquilles et sur son futur.

CURTIT Nicole

Comment êtes-vous arrivée à la tête de la Société des Fêtes de Gérardmer ?

J’ai été bénévole pendant quinze ans dans une autre association. Une amie m’a proposé de m’engager dans l’organisation de la Fêtes des Jonquille. Je suis entrée au comité en 1996 en tant que bénévole. Quand le président de l’époque, Alain Lamare, est parti, la passation s’est faite tout naturellement, sans que je m’y attende vraiment. Je suis devenue la première femme présidente de la Société des Fêtes de Gérardmer. Nous ne sommes pas nombreux dans l’équipe, seulement dix-huit, mais nous sommes tous passionnés par ce que l’on fait, malgré les défis et les difficultés. Chaque édition est un nouveau challenge qu’il faut relever. Ce qui nous fait recommencer est la fierté d’avoir réussi une belle manifestation et d’avoir rendu les gens heureux.

En quatre-vingts ans, quelles ont été les évolutions importantes de la Fête ?

La plus grande est dans la façon de confectionner les chars. Au tout début, l’ossature était en bois et les constructeurs tendaient des voiles dans lesquels étaient piquées les fleurs. Aujourd’hui, les grilles en fer ont remplacé les voiles. Cela a une influence notamment sur les reliefs des chars car les jonquilles sont mieux réparties et les chars sont plus fins. Aujourd’hui, on peut se permettre peut-être plus de choses, aller plus dans les détails.

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Qu’est-ce qui fait son succès ?

Cette fête a quatre-vingts ans et ce n’est pas anodin. La jonquille est devenue un véritable patrimoine. Dans les logos de beaucoup d’entreprises sur Gérardmer, on voit cette « messagère du printemps ». On ne la trouve qu’ici, aux alentours de Gérardmer. Cette fête a fait connaître la ville. Même si aujourd’hui d’autres manifestations étoffent la réputation de la ville, celle-ci reste la première. Et puis elle est née dans un esprit de convivialité, d’amitié et continue à vivre grâce à la passion de Gérômois, qui s’impliquent tous à différents niveaux.

Comment voyez-vous l’avenir ?

L’évolution se fait d’elle-même, fête après fête. Il y a deux ans pour la première fois, il nous a fallu acheter des jonquilles. La saison n’avait pas été propice à leur floraison. Cela a choqué certaines personnes mais les constructeurs travaillaient déjà depuis des mois sur leurs chars et on ne pouvait pas annuler. Au final ça n’a pas nui au « Corso » (défilé) mais cela montre que l’on doit s’adapter à chaque fois aux aléas. Pour les prochaines années, on ne sait pas à quoi nous attendre. Les changements viennent au coup par coup.

Les modifications climatiques peuvent-elles avoir une influence sur la fête des Jonquilles ?

C’est possible que ça joue. La floraison des jonquilles se fait sur six semaines et en deux temps. Il y a deux ans, elles n’avaient pas fleuri au 14 avril. La météo peut avoir une influence, notamment s’il se met à neiger au dernier moment. Mais cette année, elles sont sorties de terre et on ne s’inquiète pas. On sait qu’elles sont là.

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Des chars aux pétales d’or

Depuis octobre 2014, les bénévoles s’activent dans leur atelier pour livrer le 12 avril prochain des chars pleins d’imagination. Issus d’associations locales ou simplement particuliers, les constructeurs de la Fête des Jonquilles participent ainsi à une grande aventure collective et conviviale. De la cueillette des fleurs au piquage, Gérardmer vibre aux couleurs de ces petites trompettes jaunes.

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Dans l’atelier de la Société des Fêtes de Gérardmer, se cultive de drôle de pousses, formées de grilles de fer et de barres de fer à béton. Pour le moment, aucune pétale jaune ne vient les illuminer, seules quelques tâches vertes, aussi fraîches qu’un gazon. À trois semaines de la Fête des Jonquilles, les constructeurs se relaient au chevet de leurs chars afin de leur donner bonne figure. Retraités ou bénévoles jonglant avec la vie professionnelle, chacun y met du sien, de son temps et beaucoup de patience. Claude Rivot, lui, passe sept jours sur sept dans ce garage aménagé à travailler sur son projet. « Mon petits-fils m’a soufflé l’idée pour le thème. Je me suis inspiré du film « Les deux frères » de Jean-Jacques Annaud. Cela fait mon cinquième char au total et cela me plaît toujours autant. J’aime beaucoup le temps de la construction », raconte ce jeune retraité.

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Une grande famille

Comme lui, beaucoup de bénévoles viennent, attirés par ce moment d’émulation et de convivialité que représente l’édification de ces attractions sur quatre roues. Pour sa part, Alain Moresi participe à la Fête des Jonquilles depuis trente-cinq ans et perpétue ainsi une tradition familiale, autant que gérômoise. « Avec les constructeurs, on appartient à une famille. À la fin, si on n’a fini notre char, on va aider les autres. Ce n’est pas une compétition ; on est là pour le plaisir de construire ensemble », explique ce dernier. Avec sa Maya l’Abeille géante, Alain Moresi a aussi décidé de faire plaisir à ses petits-enfants. Il a mis sa casquette d’artiste et a reconstitué un champ de fleurs sous les pieds de sa création à l’aide de mousses, de lichens et de feuilles de vigne rouge, de hêtre ou de platane. D’ailleurs, hormis pour l’ossature des chars, leurs édificateurs utilisent exclusivement des matières naturelles comme les copeaux de sabotiers. Sur la tête d’un Jimmy Hendrix de sept mètres de haut, l’association « Les déraillés » a sculpté des cheveux en charbon. « On a toujours hâte de voir la tête des gens le jour de la fête. On est fier de ce qu’on réalise », admet un des membres du groupe des six joyeux bâtisseurs.

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Une expérience collective

Toutefois les chars ne prendront forme que le 11 avril, au moment de la « Nuit du piquage ». Toute la journée du samedi précédent la Fête des Jonquilles, les habitants de Gérardmer, les touristes s’attroupent autour des structures en grille de fer et les parent de leurs fleurs jaunes. Ce moment est une fête avant celle du lendemain : les mains s’animent en musique, dopées par l’ambiance chaleureuse et le vin chaud. Les jonquilles, elles, sont cueillies quelques jours plus tôt par 1 500 cueilleurs, enfants d’écoles locales et associations. Aux manettes de cette cueillette, Brigitte Chaxel joue l’intermédiaire entre les écoles et les constructeurs. « J’attends qu’ils me donnent leurs besoins en jonquilles. Cette année il faut environ 54 000 bouquets, soit au total presque trois millions de fleurs. Pendant deux à trois jours, les 9, 10 et 11 avril, les préposés à la récolte seront mobilisés dans les champs autour de Gérardmer et les communes avoisinantes », note-t-elle. Le 12 avril à 10 heures, les créations enfin terminées seront exposées au public. Ce dernier pourra justement voter pour son préféré pour la première fois cette année avec « le coup de cœur du public »*. Puis à 14h30, les chars s’ébroueront sur un circuit de 2, 5 km à l’intérieur de la « perle des Vosges ». Et que sonnent les trompettes d’or, la fête commence.

Pour plus d’informations :

Sté des Fêtes – Tél. 03 29 63 12 89

www.societe-des-fetes-gerardmer.org

[email protected]

Pour assister au défilé, il est demandé un droit d’entrée de 13 € par personne (gratuit pour les moins de douze ans).

*Le vote s’effectue par SMS au 62727 (0.50 cts € + prix du SMS). Les participants envoient le mot char accompagné du numéro de leur favori.

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