Folle chevauchée au château des Lumières

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Du 16 au 21 juin, Lunéville se met en selle. Pour la 5e édition des Rencontres équestres, cavaliers solitaires, étalons acrobates et comédiens à la robe lustrée, compagnies et carrioles prennent d’assaut les bosquets du château des Lumières.

Après avoir accueilli le théâtre équestre de Zingaro en 2004, puis  la Garde Républicaine et le Cadre Noir de Saumur, la cité de Lunéville n’allait pas s’arrêter à si bon compte. Si la ville avait autrefois brillé grâce à la présence de chevaux  et de cavaliers illustres, elle pouvait reprendre son titre avec une grande manifestation d’hommage au genre équin. Les Rencontres équestres ont donc tout naturellement trouvé leur place au milieu des bosquets du château. Depuis 2010, chaque édition tente d’explorer les mille vies de cet animal mythique. La tâche est d’ampleur, d’autant qu’il rassemble des univers très dissemblables en apparence : celui coloré, poétique ou plein de fantaisie du spectacle équestre, celui des attelages, plus pratique, ou celui des concours de « beauté », où le cheval est jugé des sabots à la crinière. Cependant, un fil conducteur relie toutes ces disciplines : la rigueur. Et la fascination pour les équidés, pour la discipline nécessaire au travail avec ceux-ci, attire de nombreux visiteurs passionnés ou curieux. Rien qu’en 2014, 40 000 personnes sont venues assister à la magie de cette fête.

8 - Cie Tempo d'eol - Cabaret de M. Pepernotte - (c)AnaisHermans

Le cheval, du rêve à la réalité

Les Rencontres équestres s’articulent autour de deux temps forts. Du 16 au 19 juin, projections de films et rencontres littéraires permettent de découvrir le cheval dans d’autres cultures. Vecteurs d’aventure, nos amis à quatre pattes nous emmènent en Russie et aux confins de l’Asie centrale. Dans son documentaire « Le culte du cheval en Russie », Laurent Desprez décode les relations si particulières entre l’homme russe et sa monture. Jean-Louis Gouraud, écrivain et éditeur, viendra partager son expérience, relatée dans le livre « Le pérégrin émerveillé » : en 1990, il initie un long voyage à cheval qui le mènera de la région parisienne à Moscou et lui fera parcourir 3333 kilomètres en deux mois et demi. Enfin dans le film « L’incroyable voyage de Nicolaï Prjevalski : sur le toit du monde », Didier Parmentier et François Bertrand poussent plus loin les limites de l’équipée en Mongolie et au Tibet. À travers l’enquête de la journaliste Jacqueline Ripart, ils y  suivent les traces de l’aventurier russe Nicolaï Prjevalski, premier à apercevoir une espèce de chevaux sauvages à qui il donnera son nom. Mais l’excursion au pays de Tolstoï n’est pas encore finie. Le vendredi 19 juin, le conteur et baryton l’Oiseleur des Longchamps s’empare d’une des nouvelles de l’auteur russe, « kholstomer, le cheval pie ». Il la raconte en chant, sur des musiques de Prokofiev, Tchaïkovski ou Rachmaninov et se transforme, le temps de ce concert littéraire, en cheval. La frontière entre l’humain et l’équin est abolie définitivement.

13 - La marionnette - l'art est cabré (c)l'art est cabré

Galopins, galopons

Le week-end, du 19 au 21 juin, les Rencontres équestres saupoudrent des paillettes sur le château et ses alentours. Chaque édition voit la naissance d’un spectacle produit par une compagnie en résidence à Lunéville. Cette année, « Les Goulus » projettent les spectateurs dans un monde métamorphosé par une catastrophe écologique et où apparaissent d’étranges créatures mi-homme, mi-cheval. « Riders from nowhere » étudie ces drôles de personnages. Au total plus de dix-huit troupes se croiseront dans l’enceinte du château, mêlant arts du cirque, théâtre équestre, poésie, humour. Le point d’orgue de cette manifestation aura lieu le samedi 20 juin avec la « Cavalcade fantasque » de la Cie Transe-Express à l’occasion de la 4e Nuit des Jardins de Lumière. Cette parade prendra possession de l’espace des bosquets à la lueur de lampions et sous la voûte céleste. Les enfants ne seront pas oubliés avec des ateliers de cirque équestre, des balades à dos d’ânes ou de poneys,  des initiations à la voltige et autres parcours ludiques. Dans les allées du parc, la fantaisie partagera l’affiche avec le prestige. Les visiteurs pourront ainsi assister à la 2e édition du concours  international d’attelage de tradition. Fruits d’un travail d’équipe entre le département, la région, l’association Lunéville Cité cavalière et la ville elle-même, les Rencontres équestres ne cessent d’émerveiller. Elles offrent depuis cinq ans une pause féérique dans un cadre envoûtant. Mettez votre pied à l’étrier et laissez-vous porter.

18 - Cie Equinoctis - Chevauche(c)Perrine Delsalle

Renaissance de la cité cavalière

Après l’incendie de 2003, le château de Lunéville renaît petit à petit de ses cendres. Il renoue avec sa glorieuse histoire tout en essayant de conjuguer ce patrimoine au présent. Les Rencontres équestres du Versailles lorrain ont été initiées dans cette logique. En même temps, elles ravivent le passé, pas si lointain, de la prestigieuse « cité cavalière ». Voyage dans le temps.

Les fantômes de Lunéville sont nombreux. Il y a d’abord celui du duc Léopold, qui laissa son empreinte en faisant réaliser un château grandiose, puis Stanislas Leczinski ou encore Émilie du Châtelet, enterrée sous les dalles de l’église Saint-Jacques. Il manque pourtant une pièce au puzzle historique. L’éclat de la ville n’est pas seulement le fait de ses souverains, de penseurs brillants venus faire salon ou de l’architecture de son château. Ancienne ville de garnison, elle a aussi abrité pendant longtemps des militaires et leurs meilleurs alliés : des chevaux. Ainsi la création des Rencontres équestres paraît toute naturelle dans cette mythique « cité cavalière ». Et pour parler de la relation passionnée entre cette dernière et les équidés, il faudrait presque ressusciter les mots de Brel dans la « Chanson des Vieux amants », avec ses orages, son amour fort puis son éloignement.

6 - Le cheval pie - Cie L'oiseleur 12(c)Anke Pascal Martin

Premières amours, séparations et grand retour

« Tout commence avec Léopold 1er, duc de Lorraine entre 1690 et 1729. Il se réinstalle à Lunéville début 1700 et y fonde en 1707 l’Académie d’exercice, servant d’école de cavalerie », raconte le colonel François Bourcy, co-auteur du livre « Lunéville, cinq siècles d’histoire militaire ». Voilà donc les débuts de cette passion équestre et la « lune de miel » continue sous le duc Stanislas. À sa mort en 1766, la Lorraine passe sous la coupe française et le roi Louis XV envoie dans le « Versailles lorrain » dix compagnies de gendarmes rouges. « Ils n’ont rien à voir avec les gendarmes que l’on connaît aujourd’hui. Ils appartenaient à des troupes d’élites, de haute valeur équestre et d’origine noble. Pendant les batailles, ils combattaient avec la maison du roi », ajoute M. Bourcy. Mais l’orage commence à gronder. La révolution se prépare et en 1788, ces cavaliers émérites sont chassés de Lunéville, « pour motifs financiers ». Mais les chevaux n’ont pas poussé leurs derniers hennissements et l’aura équestre lunévilloise n’est pas morte. En 1816, pour le récompenser de sa fidélité, le roi Louis XVIII offre au prince Louis-Aloÿs de Hohenlohe, général autrichien naturalisé français en 1823, un joyau de taille : le château. En 1824, il installe dans la cité le camp de formation de  la cavalerie.

37 . (c)Sylvie Willms

L’adieu au cheval

« Tous les régiments de cavalerie viennent faire leurs exercices pendant le printemps et l’été. La cité est un lieu de passage. Puis, peu à peu, sous Napoléon III, les unités commencent à rester à l’année. Après 1870, la perte de l’Alsace-Moselle transforme Lunéville en ville frontière : des milliers d’hommes y passeront et autant de chevaux », continue le colonel Bourcy. Les escadrons de cavalerie participeront plus tard aux deux Guerres mondiales. Mais le règne du cheval dans l’armée prend fin, petit à petit remplacé par des véhicules mécanisés. L’étoile cavalière lunévilloise s’éteint et emporte avec elle le nom d’illustres personnages passés ici comme le maréchal Lyautey ou le général Weygand. La présence équine a aussi grandement changé le visage de la ville : « cela a créé un espace de bruits de senteurs… et même un service après-vente. Le crottin était récupéré par les maraîchers. De cette façon, les chevaux ont permis l’expansion de cultures maraîchères à Lunéville », note avec humour François Bourcy. Certains lieux militaires, dédiés à leur accueil, subsistent encore. Le magnifique manège construit pour les gendarmes rouges en 1787 existe toujours, dans le quartier de la Barollière et la façade de la caserne du 8e de Dragons à cheval se distingue encore sur la place des Carmes. Mais aujourd’hui, les fantômes des équidés n’errent plus dans leurs anciens logements. Ils sont revenus en chair et en os perpétuer une vieille tradition lunévilloise et lui ajouter sa touche moderne. Venez les admirer pendant les Rencontres équestres.

Rencontres équestres de Lunéville, du 16 au 21 juin. Programme complet sur chateauluneville.cg54.fr Renseignements au 03 83 76 04 75. Possibilité d’acheter un pass journée ou week-end pour assister à tous les spectacles.