Le fer en héritage(s) : une histoire lorraine au cœur d’acier

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Maquette animée © Natasha Miclot

Jusqu’au 28 juin, l’Abbaye des Prémontrés accueille une exposition pour comprendre comment l’acier est une épopée industrielle et humaine qui a façonné autant le territoire que ses habitants. 

De la ferronnerie d’art incarnée par Jean Lamour à la grande épopée sidérurgique en passant par les fonderies de Pont-à-Mousson, les vitraux Majorelle de l’ancien siège des aciéries de Longwy sans oublier l’usine ArcelorMittal à Florange lieu de naissances des torches olympiques des Jeux olympiques de Paris 2024, la Lorraine s’est imposée comme un territoire du fer. Dire que l’histoire a façonné paysages, économies et identités, est une évidence. 

Formé il y a près de 200 millions d’années, le vaste bassin ferrifère lorrain recèle un minerai spécifique, la « minette », roche sédimentaire pauvre en fer et riche en phosphore. Longtemps jugée difficilement exploitable, elle ne révèle pleinement son potentiel qu’à la fin du XIXᵉ siècle grâce à l’innovation métallurgique, notamment le procédé Thomas-Gilchrist. Dès lors, la région connaît un essor spectaculaire. De puissantes dynasties industrielles et des maîtres de forges visionnaires structurent ce développement. L’industrie sidérurgique s’organise autour d’un modèle intégré, productif et paternaliste : cités ouvrières, équipements sociaux, formation technique. Les vallées se couvrent de hauts-fourneaux, d’aciéries et de laminoirs. La Lorraine devient l’un des cœurs battants de la production d’acier européenne.

100 pièces exposées

Tout était trop beau pour que cela continue. À partir des années 1960-1970, la désindustrialisation provoque une crise sociale majeure. Fermetures de mines et d’usines bouleversent durablement le territoire. La fin d’une époque ? Le début d’une autre avec un héritage puissant, une mémoire collective. Aujourd’hui, friches réhabilitées, sites patrimoniaux et industries encore en activité témoignent de ce précieux héritage. 

Plongée dans un univers immersif et interactif agrémenté par une centaine de pièces prêtées gracieusement par des musées ou collectionneurs privés, cette exposition invite les visiteurs à comprendre comment le fer a façonné la Lorraine, ses villes, ses luttes et son identité. Et comment ce passé continue d’influencer son avenir. Plus que jamais, la Lorraine, terre d’acier. Baptiste Zamaron

Quand l’acier rencontre la sculpture
À l’occasion de l’exposition, six sculptures monumentales en acier de Michel Laurent (MichL) investissent le jardin de la cour d’honneur, offrant aux visiteurs une expérience artistique à ciel ouvert. Les sculptures font écho à ce patrimoine industriel en étant issues, pour certaines, de processus de transformation et de réemploi de pièces métalliques incarnant la mémoire de ce patrimoine industriel tout en lui insufflant une nouvelle vie artistique. Ces sculptures créent un parcours extérieur en résonance directe avec l’architecture de l’Abbaye. Pour un dialogue entre art contemporain, patrimoine architectural et mémoire industrielle.