La Manufacture, acteur du vivre ensemble

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Céline © Philippe Couture

À travers un Acte 5 ambitieux que précède un Acte 6 prometteur, Julia Vidit et son équipe continuent à dessiner les contours d’un lieu créatif, inventif, engagé et vivant.

En contrepoint à la toute-puissance (affichée) de l’intelligence artificielle, les spectacles de cette saison à venir ont en commun de mettre à l’honneur l’intelligence humaine sensible. Au Théâtre de la Manufacture, l’on encourage le dialogue, les moments de rencontre, de débat, l’on promeut la culture comme trait d’union, comme ciment du vivre ensemble.

Itinérance & création

Au Théâtre de la Manufacture, l’itinérance n’est pas accessoire, et constitue un axe structurel d’une programmation tenant compte des enjeux économiques, écologiques de notre temps. Pour « faire du théâtre là où il n’y en a pas », Julia Vidit engage toute l’ingéniosité et l’enthousiasme dont elle et son équipe sont capables. Le Théâtre de la Manufacture aborde ce volet de son action en coopération totale (et nécessaire) avec les associations de terrain, les institutionnels, les publics. Selon les 10 règles de l’itinérance dont s’est doté la structure, le théâtre itinérant : « fait avec ce que le réel offre », requiert la langue « d’un.e auteur.autrice vivant.e », de 2 à 4 acteurs, et prévoit un échange convivial avec le public. Dans ce cadre, « Renversante » racontera un monde dans lequel la domination féminine fait rage et bouscule, au passage, certains stéréotypes de genre. « Dépôt de bilan » fera voyager le spectateur aux confins du burn-out. Faisant sauter les frontières habituelles, la compagnie Logos et l’autrice Aurianne Abécassis livreront « Le pain de la bouche ! », créé au Collège Niki de Saint Phalle de Nancy. 

Toujours dans le cadre de cette itinérance, placée au cœur du projet artistique de Julia Vidit, les créations made in Manufacture, « Dissolution » et « Skolstrejk (La grève scolaire) » sont joués cet été dans le cadre du festival Villeneuve-en-scène, quand « Quartiers Libres » donne lieu à deux lectures à Avignon. Bientôt décliné en podcasts, ce dispositif porté à bout de bras par le tandem Cayet-Vidit explorera, en Actes 5 et 6, le monde des travailleurs de la nuit et celui des travailleurs du BTP. « Ce procédé expérimental a été pensé pour représenter les invisibles et cherche à nous faire comprendre les mutations du travail », résume la directrice.

Parmi les autres créations qui marqueront l’Acte 5, figurent « Là personne », seul en scène de Geoffrey Rouge-Carrassat – et véritable « ode au besoin du regard de l’autre » –, ainsi que « Quatrième A » qui décrit, par le menu, les mécanismes à l’œuvre dans une révolte de collégiens.

Il est également question de revisiter les classiques « dès lors qu’il parlent de notre monde », précise Julia Vidit, dont l’adaptation de « C’est comme ça (si vous voulez) » de Pirandello reviendra du 10 au 13 octobre dans une version retravaillée, « grandie ». Du 12 au 15 décembre, « Marie Stuart », mis en scène par Maryse Estier, célèbrera le pouvoir au féminin. Du 9 au 12 janvier, dans « Rhinocéros », Bérangère Vantusso démontrera à toutes et tous la pertinence du théâtre de forme, des marionnettes quand il s’agit d’adapter une pièce de Ionesco.

Petite jauge et temps long

Autre bonne nouvelle, la réouverture de La Fabrique, salle à la jauge intimiste et conviviale d’une centaine de places. Juliette Navis nous y présentera « Céline », femme transformée en machine au service du show-biz. Laure Werckmann nous dira, de manière sensible, toutes les façons de dire « J’aime ». Jean-Yves Ruf y incarnera, dans « J’ai saigné », un Blaise Cendrars habité par les souffrances et le chaos de la Grande Guerre. Laurent Charpentier nous entraînera sur les pas d’un policier traqué, dans sa propre enquête, par l’image d’un « Grand-duc ».

Côté grande salle, « Il n’y a pas de Ajar » questionnera, à travers un texte de Delphine Horvilleur mis en scène par Johanna Nizard, la question de l’identité. « À la vie » s’emparera, d’une manière savante, émouvante et parfois drôle, du sujet de la fin de vie. « Move on over or we’ll move on over you » placera l’histoire des Black Panthers au centre d’un dispositif historiquement, politiquement, esthétiquement intéressant. Avec « Plutôt vomir que faillir », Rébecca Chaillon livrera un spectacle coloré, vivant, drôle, sorte de voyage initiatique à destination des ados et de leurs parents.

Enfin, la Manufacture, qui entretient avec ses 9 artistes associés un lien fort et fertile, renforce son volet d’accompagnement sur le temps long. Durant la saison à venir, elle recevra 3 équipes, à raison de trois semaines chacune. Et puis en fin de saison, comme un heureux rituel, une compagnie émergente sera mise à l’honneur.

Plutôt Vomir Que Faillir © Marikel Lahana
Ateliers, répétitions ouvertes, retour au bar, samedi de la pensée, lever de rideau… L’équipe multiplie les rendez-vous aux habitants, en marge des spectacles. • Informations et billetterie sur www.theatre-manufacture.fr
Publireportage - Photos © Philippe Couture, Alban Van Wassenhove, Marie Clauzade, Marikel Lahana, DR