La faune dans la peau

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C’est la période de chasse jusqu’au 28 février et tandis que les animaux sauvages tentent d’échapper à un triste destin, certains leur redonnent vie par la naturalisation. C’est le métier d’Hervé Thierry, maître artisan taxidermiste à Gerbéviller, qui reçoit aussi des demandes pour des animaux domestiques.

C’est un métier rare, à peine deux artisans par département. Et leur savoir-faire tend à disparaître. Hervé Thierry, 56 ans, est taxidermiste ! « Un sacré métier dont certains cherchent la signification dans le dico » s’amuse-t-il. Passionné et passionnant, l’homme est prolixe en infos et anecdotes, comme si la transmission était une question de survie.

Empailleur, naturaliste, taxidermiste : tout cela cache le même métier qui, s’il a évolué, reste parfois mal vu pour les protecteurs des animaux. Pourtant, il faut être un fin observateur de la nature et de la faune pour redonner une apparence naturelle à une dépouille, qu’il s’agisse d’oiseaux, de félins, de bêtes sauvages de nos forêts lorraines ou de contrées plus lointaines.

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Electricien de métier, Hervé abandonne tout voici 35 ans en raison d’une appétence incroyable pour les animaux. « A 10 ans, à Blainville sur l’Eau d’où je viens, on m’appelait l’enfant Nature car je soignais déjà des animaux. Dans les années 70, j’ai appris les rudiments de la taxidermie en rencontrant des artisans et des chasseurs ».

Respect des conventions

Autodidacte inextinguible, il ouvre un atelier à domicile puis s’installe à Gerbéviller en 1983 où il exerce encore. Du col-vert au brocard lorrain en passant par les buffles, lions et autres zèbres, issus de chasses ou de morts naturelles, et ce dans le plus grand respect des conventions (notamment celle de Washington de 1973), il dispose aussi d’un agrément européen pour l’importation d’animaux exotiques.

Ses clients sont surtout des chasseurs ou des particuliers ramenant des bêtes accidentées (renards, faisans…) ainsi que leurs animaux domestiques. La naturalisation de ces derniers est autorisée en France ainsi que le gibier chassable selon une liste établie par les services de l’Etat. « Pas question cependant de naturaliser un perroquet, un iguane ou une tortue sans apporter toute la traçabilité de l’animal, de la preuve d’achat aux  attestations des vétérinaires, sans cela c’est interdit ».

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Comme une marionnette

A l’arrivée de l’animal mort, la peau est ôtée, aucune partie intérieure n’est donc conservée. Tannées et rendues imputrescibles, les peaux de tête appelées capes ne sont plus aujourd’hui fourrées avec de la paille d’emballage, du crin de cheval ou de la laine de mouton. « Rendre l’aspect du vivant était plus difficile avant. Désormais, nous utilisons du polyuréthane ou du polystyrène. Le trophée en lui-même est donc très léger. Avec ces matériaux, finis les insectes xérophiles et autres mites et le respect de l’animal est entier dans notre procédé de naturalisation ».

C’est sur cette mousse rigide et sculptable que les peaux sont glissées sur des silhouettes préparées à l’avance, le tout comme une marionnette.

« C’est un métier à la fois de chirurgien et de bricoleur tout en étant très fidèle à l’animal par les finitions apportées pour les yeux en cristal de Bohème, le rendu du poil ou du plumage. Pour les animaux domestiques, je demande plusieurs photos afin d’être au plus proche de la réalité ».

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600€ pour un chat

Bien que la taille de la bête, le temps passé et les matériaux utilisés déterminent le prix final (700€ à  1000€ pour un cerf, 600€ pour un chat ou 2000€ pour une tête de zèbre), c’est bien par une vénération accrue des animaux que passe l’art du taxidermiste. En France, les meilleures preuves en sont ces artisans mais aussi le musée d’histoire naturelle de Nancy, de Paris ou la Maison Deyrolle qui reconstituent finalement, des arches de Noé un peu partout.

Je trouve un animal mort, que faire ?

Si l’animal appartient à une espèce protégée ou soumise au plan de chasse (cerf, chevreuil, daim, etc.), vous n’avez pas le droit d’y toucher et devez le laisser sur place en prévenant l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

S’il s’agit d’un petit gibier, assurez-vous que l’animal n’a pas été tiré par un chasseur, car il en sera le propriétaire. En dehors de la période de chasse, vous ne pouvez pas non plus vous approprier l’animal. Signalez votre découverte au maire de la commune qui pourra agir.

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« Si la population des animaux sauvages est stable en Lorraine, il est constaté plus d’accident avec les blaireaux et une prolifération des ragondins. En ce moment, on peut croiser de nombreux lièvres morts. Nous déconseillons de les toucher car ils peuvent propager des maladies transmissibles à l’homme. Dans ce cas, contactez-nous pour procéder à des analyses vétérinaires » précise Daniel Adrian, chef de service à l’ONCFS.

Légalement, vous ne devez ni prélever ni transporter un animal sauvage sous peine de caractérisation de délit de votre acte. Par ailleurs la vente en bande organisée peut vous valoir jusqu’à 150 000€ d’amende. A noter que tous les oiseaux inférieurs à la taille d’un merle ainsi que tous les rapaces diurnes ou nocturnes sont interdits de naturalisation. Idem pour les chauves-souris.

Plus d’infos : ONCFS au 03 83 73 24 74 • oncfs.gouv.fr

3107 spécimens naturalisés au MAN

Au départ, le Muséum Aquarium de Nancy disposait d’une collection d’animaux naturalisés reprenant l’ensemble de la faune mondiale depuis les années 1930. Aujourd’hui, il  expose en permanence près de 600 animaux naturalisés mais en possède exactement 3107 spécimens. Pour enrichir sa collection, le MAN se focalise sur la faune sauvage et domestique locale (chèvre lorraine, vache vosgienne) et reste en contact permanent avec  les zoos ou parcs animaliers (Sainte Croix, Pépinière de Nancy…) qui les contacte en cas de décès d’un animal.

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Les équipes du musée font appel à des taxidermistes spécialisés en fonction des besoins (poissons, grands mammifères) et souhaite se tourner vers les artisans locaux. Les particuliers peuvent contacter le MAN s’ils trouvent un animal mort dans l’éventualité où celui-ci présenterait un intérêt particulier. Le musée se mettra ensuite en lien avec l’ONCFS pour les démarches légales.

Plus d’infos : museumaquariumdenancy.eu

Photos © MAN, DR