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Éloge du désordre

Louis Jouvet extirpait l’essence de son art en une phrase bien troussée : « Le théâtre est le désordre incarné et pour faire l’éloge du théâtre il faut commencer par faire l’éloge du désordre ». Pharmacien de formation, cet acteur magnifique, aussi metteur en scène et directeur de théâtre, avait trouvé un autre remède aux maux de l’humanité. Le théâtre. Sur des planches polies par le temps se rejouent nos petits drames, nos grandes trahisons, nos instants volés à la joie. Souvent, il génère bien des questions, réenclenchant la mécanique interne de notre intellect et de nos émotions. Exprimé par ce biais, le chaos de nos vies prend tout son sens.

Tous les deux ans, le festival Ring donne forme aux désordres de l’homme. Plus que cela, il permet de forger des liens indestructibles entre les êtres. Il éclaire d’une poésie inédite la « laideur », fait tomber de leur piédestal les normes esthétiques, morales et fait s’entrechoquer les âmes. Chiliens, Suédois, Français ou Espagnols parlent ici le même langage. Lors d’un spectacle Ring, on laisse un peu sa raison au vestiaire, on écoute, on voit, on vit avec le cœur. Pour que les palpitations désordonnées de ce fol organe se calquent sur le rythme de mots guérisseurs.