
Originaire de Gérardmer, le jeune créateur de mode vient de remporter le Prix des Métiers d’Art Chanel au Festival international de la mode à Hyères. L’occasion de faire connaissance avec un jeune homme décidé à faire de la création, son métier.
Et si les pistes enneigées de ses Vosges natales l’avaient aidé à développer son processus créatif et ses alliances entre vêtements d’hiver techniques et du quotidien ? Il n’a pas encore 30 ans et des rêves plein la tête. Adrien Michel s’est fait remarquer ces dernières semaines en remportant le Prix des Métiers d’Art Chanel, décerné par le Festival international de mode, de photographie et d’accessoires d’Hyères.
Depuis quelques années, la prestigieuse maison Chanel possède différentes maisons d’art. Lors de ce festival, chaque finaliste se voit attribuer une maison d’art pour collaborer. Lui a eu la chance de travailler avec les Ateliers de Verneuil-en-Halatte, en charge de la maroquinerie Chanel. Tous les sacs, tout le travail du cuir chez Chanel, passe par cette maison. « J’ai choisi de créer des sacs avec eux j’ai remporté le Prix des Métiers d’Art Chanel. Même si c’est le 2e prix du festival, c’est un encouragement et une belle reconnaissance », se félicite Adrien Michel. Cette victoire lui confère un budget de 20 000 euros et la possibilité de choisir les maisons d’art avec lesquelles il souhaite collaborer. En attendant que le résultat de son travail soit exposé au 41e Festival International de Mode de Hyères en octobre 2026.



Comment passe-t-on des Vosges à la mode ?
Ma grand-mère était couturière et c’est elle qui m’a appris les bases de la couture. Je m’intéressais depuis fort longtemps à la mode et les nombreux voyages que j’ai pu effectuer durant ma jeunesse m’ont marqué. Pourtant, je me suis orienté vers des études à Nancy en gestion d’entreprise. C’est après ce diplôme que j’ai remis beaucoup de choses en question. Je me suis dit : « Mais en fait, moi, c’est la mode qui me passionne. Est-ce que ce n’est pas mieux que je cherche à en vivre ? ». La réponse était oui. Donc à 22 ans, je suis parti un an au Luxembourg pour travailler dans le prêt-à-porter de luxe, en tant que vendeur. J’ai vite compris que j’étais bien à ma place, mais pas dans la vente. L’année suivante, je me suis dirigé dans la création, à La Cambre Mode à Bruxelles, qui est une référence. J’en suis sorti diplômé en 2024. Après, je suis parti un peu à Paris pour faire des stages dans des maisons de renom.
Qu’est-ce qui vous définit dans cet univers ?
C’est vraiment la création : partir de rien et concevoir. Ce qui m’inspire dans mes créations varie à chaque saison. Pour cette collection, tout démarre d’un artiste contemporain qui s’appelle Martino Gamper, qui est un designer d’intérieur. Il réalise des chaises, des tables, des tapis… Il a un grand panel de production d’articles d’intérieur. Je me suis concentré notamment sur ses chaises, parce qu’il a fait une exposition qu’il a appelée « 100 chaises en 100 jours ». J’en ai fait une analyse qui m’a ensuite permis d’en retirer des gestes, des principes, des concepts que j’ai réadaptés à un vocabulaire vestimentaire. Par exemple, il y a une notion d’hybridation très forte dans son travail : il utilise deux typologies de chaises qui sont assez différentes et qu’il va venir unifier par des liens. Comme la rencontre entre une doudoune et un trench coat. Plus largement, je l’ai amenée à la rencontre entre un vestiaire technique propre à la montagne et un vestiaire contemporain masculin. Il y a aussi un aspect technique : une grosse partie des vêtements sont construits en un seul élément de patronage. C’est ce rapport technique et créatif que j’apprécie.
Que peut-on vous souhaiter pour 2026 ?
De continuer à apprendre, découvrir, rencontrer, créer par moi-même, d’évoluer professionnellement dans cet univers, de pouvoir, à terme, créer ma structure mais surtout me rapprocher de certaines maisons pour pouvoir en vivre. Je suis encore jeune, j’ai besoin de voir comment cela fonctionne en maison et apprendre sur le terrain. La mode reste un milieu compliqué et difficile. Aujourd’hui, elle est rythmée par beaucoup d’éléments qui n’ont pas forcément grand chose à voir avec la mode. Le schéma normal, c’est un processus créatif, une longue recherche qui mène à un résultat. Aujourd’hui, très peu de marques prennent encore ce chemin-là. On passe vite en production où des commerciaux vont garder ce qui va se vendre et le reste part aux oubliettes. J’ai envie de défendre ce côté artisan pour demain. Baptiste Zamaron
































