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D’île en île, dans  la lagune vénitienne

Les îles participent au charme de la lagune vénitienne. Du Lido à Murano en passant par Torcello et Burano, découvrez des lieux chargés d’art et d’Histoire.

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, la lagune de Venise affiche une superficie de 550 km2 dont seulement 8 % sont constitués de terre ferme, sous forme d’îles. Certaines d’entre elles sont minuscules, inhabitées et quasiment sauvages. D’autres abritent des villes à part entière. Face au Palais des Doges, l’île de San Giorgio Maggiore, par exemple, fait partie intégrante du panorama qu’offre la célèbre place Saint-Marc. Les contours pointus de sa Basilique se détachent sur l’horizon, aussitôt adoucis par ceux, plus rebondis, de son monastère.

Îles d’art et d’Histoire

Très prisé des mondains depuis le XVIIIe siècle, le Lido fait partie des sites incontournables de la cité des Doges. Longue de 12 km, l’île, qui s’étend entre la lagune et la mer Adriatique, est considérée comme la « plage de Venise ». Protégée par des digues, elle bénéficie d’une eau calme et claire et d’un sable doré qui forme des dunes naturelles et contribue à la popularité du lieu. Le Lido est aussi l’une des rares îles de Vénétie où l’on a le droit de circuler en voiture : les vacanciers peuvent donc s’y rendre en ferry avec leur véhicule. Plus paisible et moins fréquenté que la Sérénissime, il offre une vue imprenable sur Venise et possède ses propres atouts. On retient notamment ses murazzi, des digues de pierres qui servent à la protéger des eaux, ses monuments de style Liberty-Art, l’ancien cimetière juif et le grand Hôtel des Bains, où Luchino Visconti a tourné sa Mort à Venise. Le septième art fait d’ailleurs partie intégrante de la commune puisque, chaque année, le Palais du cinéma accueille la Mostra, le festival international d’art cinématographique de Venise.

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Murano est connu dans le monde entier pour sa production de verre. Installés sur l’île depuis 1201, après qu’un décret du Sénat les ait exilés de Venise pour limiter les risques d’incendie, les maîtres-verriers y gardent précieusement leurs secrets de fabrication. D’abord dédiées aux ustensiles du quotidien (vaisselle, vase, lampe, etc.), les verreries locales sont devenues de véritables œuvres d’art. Aujourd’hui encore, l’île accueille plusieurs ateliers le long du Rio dei Vetrai, le « canal des verriers », et s’adapte à une demande de plus en plus moderne et bon marché, au grand bonheur des touristes. Murano est également réputée pour ses parcs et ses jardins où se retrouvent artistes et amoureux. Les libertins, comme Casanova, s’amusaient aussi dans des casini, des maisons galantes qui, plus tard, ont donné leur nom aux casinos.

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Au nord-est de Murano se trouve l’île de Burano, célèbre pour sa dentelle, qui connut son âge d’or aux XVe et XVIe siècles. Quelques dentellières y travaillent toujours, mais leurs créations artisanales, très onéreuses, souffrent de la concurrence des contrefaçons à bas prix. L’ancienne école de couture a été transformée en musée et l’on peut y admirer nappes, écharpes et couvre-lits aux finitions de grande qualité. Burano est aussi connue pour ses maisons colorées.

©Thinkstock

À l’origine, les pêcheurs peignaient  leurs habitations de teintes vives pour mieux les repérer dans la brume. Depuis, les villageois sont obligés de rafraîchir leur maison tous les ans.

À cinq minutes en vaporetto, l’île de Torcello est sans doute la plus chargée d’Histoire de la lagune. Il s’agit en effet de la plus ancienne zone de peuplement, qui fut autrefois également la plus riche et la plus développée. L’envasement de ses canaux dès le XIIe siècle et la propagation de la malaria ont conduit les 10 000 habitants qui y vivaient à l’abandonner. Elle compte désormais une soixantaine de résidents seulement. La cathédrale Santa Maria Assunta et le campanile, qui servait à surveiller la navigation, constituent aujourd’hui les principaux attraits touristiques de cette île vénitienne, loin du tumulte de la place Saint-Marc.

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La vie là-bas

Les Vénitiens vivent très souvent les pieds dans l’eau. Sous l’action de la marée, des courants, du vent et de la pression atmosphérique, la mer pénètre dans la lagune qui finit par déborder, inondant les rues des quartiers les plus bas, comme la place Saint-Marc. Ce phénomène spectaculaire est appelé Acqua alta. Il se produit une centaine de fois par an, essentiellement en automne et au printemps. Pour le confort des visiteurs, l’Office de tourisme fournit une carte des zones susceptibles d’être touchées. Mais pas de panique ! Lorsqu’elle survient, l’Acqua alta ne dure que quelques heures. Les Vénitiens installent alors un réseau de passerelles permettant de circuler les pieds au sec. Certains en profitent aussi pour s’improviser vendeurs de bottes… Visiter Venise en période de hautes eaux est la garantie de photos originales. Mais ces inondations à répétition sont moins amusantes pour les habitants dont les rez-de-chaussée sont à la merci des éléments. Le phénomène est accentué par l’affaissement de Venise, estimé à 23 cm depuis 1897. Mais l’économie du tourisme est également en cause. Pour faciliter l’accès des grands ferries à la lagune, on a en effet élargi des passes qui permettaient autrefois de contenir l’entrée des eaux. Cette dernière est certes utile, puisqu’elle participe à la salubrité des canaux, mais elle endommage les fondations et peut parfois paralyser la ville. L’Aqua alta du 4 novembre 1966 est encore dans les mémoires. Venise avait alors été privée d’électricité et la place Saint-Marc s’était retrouvée sous 1,94 m d’eau. Un record ! Depuis, les Vénitiens rythment leur quotidien en fonction des pics de marée annoncés dans la presse locale. Un service d’alerte par SMS est aussi à leur disposition. Enfin, six heures avant le débordement, une sirène retentit pour indiquer la hauteur d’eau attendue.

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Infos pratiques

Y aller

Venise est desservie par un aéroport, une gare, un port, et possède de grands parkings souterrains permettant de stationner son véhicule aux portes de la ville. L’avion est sans doute le moyen de transport le plus pratique pour s’y rendre, offrant à l’atterrissage un point de vue spectaculaire sur la lagune. À l’arrivée, il faudra prendre un bateau-taxi (très onéreux) ou un vaporetto pour rejoindre les différentes îles.

Se loger

Le Grand Hôtel Ausonia & Hungaria du Lido faisait partie des hauts lieux mondains de l’île dans les années 1920. Sa façade en majolique polychrome, la plus grande d’Europe, est l’œuvre du céramiste Luigi Fabris, et le mobilier est resté d’époque. Le palace, de style Liberty, allie Histoire et confort pour moins de 70 € la nuit. Renseignements : www.hungaria.it/fr

Se restaurer

Très créative, la cuisine vénitienne est influencée par l’Orient. Parmi les spécialités héritées des relations commerciales d’antan, on pourra tester le foie à l’oignon accompagné de polenta. Servie en entrée sur du pain grillé, la crème de morue remonte, elle aussi, à l’époque des grandes navigations. On la déguste arrosée de Spritz, l’apéritif préféré des Vénitiens, à base de vin blanc, de Campari et d’eau de Seltz. Le restaurant Antiche Carampane, à quelques pas du pont Rialto, est apprécié des locaux pour son ambiance authentique. Les vacanciers souhaitant éviter les cantines à touristes seront ravis d’y déguster le fritto misto, une friture de petits poissons frais, pêchés principalement dans la lagune.

À lire

Les îles vénitiennes ont inspiré quelques chefs d’œuvre de la littérature. Pour préparer le voyage, ou pour le prolonger, on peut notamment se plonger dans Venises (Paul Morand), La Mort à Venise (Thomas Mann), Acqua Alta (Joseph Brodsky) ou Fable de Venise (Hugo Pratt) pour les amateurs de BD.




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