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Immersion au coeur du parc de Sainte-Croix

À Rhodes, une dizaine de soigneurs animaliers se relaient tous les matins au parc animalier de Sainte-Croix pour chouchouter les quelque 1 500 animaux.

Il est 8 heures. Sainte-Croix se réveille doucement à la lueur des quelques rayons de soleil matinaux. Dans les allées, il n’y a personne. Ou presque. Ici un couple d’hébergés se promène. Ils ont passé leur nuit dans l’un des 18 lodges nature du parc. Plus loin, Jessica s’affaire. Dans deux heures, les premiers visiteurs du jour franchiront les portes. « Il n’est pas sorti, je reviendrai après ! » crie-t-elle au loin. « Mikado, notre gibbon, n’est pas venu pour manger. Il est spécial, il aime nous embêter ! » Jessica est soigneuse animalière. À Sainte-Croix, c’est sa première expérience professionnelle : « J’ai un parcours un peu particulier. J’ai fait une licence STAPS mais j’ai toujours su que je voulais travailler avec les animaux. J’ai d’abord fait un stage ici et je suis actuellement en CDD. »

Ce matin, elle s’occupe du sentier rouge avec Alexandra, une stagiaire. Prochain arrêt : les lémuriens. « Comme ce sont des primates, on désinfecte nos pieds dans le pédiluve pour éviter tous risques de contamination » explique-t-elle. Ici, il y a des makis cattas, des varis noir & blanc et des varis roux. Jessica leur donne quelques croquettes pour commencer, histoire de vérifier que tout va bien. « Je donne un médicament à Fino qui a l’échinococcose, une maladie fréquente chez les primates. Il sait que le bout de banane est pour lui ! » Car la mission de Jessica n’est pas que de nourrir les animaux. Il faut aussi les soigner ou encore nettoyer leurs enclos. Après les avoir fait sortir sur l’île aux lémuriens, où les visiteurs pourront les approcher au plus près tout au long de la journée, Jessica prépare les rations de fruits et légumes que les animateurs leur donneront. D’une main assurée, comme un grand chef.

Animaux sauvages

« Allez, on va voir les pandas ! » Sur le chemin, petite halte pour nourrir les pélicans blancs. À côté, les oies à tête barrée ont droit à du blé et à de la salade. « On étale les repas dans la journée pour proposer un enrichissement alimentaire aux animaux » poursuit Jessica. « Le gibbon sera nourrit trois fois par jour par exemple. Les lémuriens ont droit à un goûter avec des glaçons et des croquettes. » Dans cette même optique, le parc animalier propose une expérience originale aux visiteurs : préparer le déjeuner sur le territoire des ours. Objectif : cacher la nourriture pour les stimuler et les amuser. Sur une année, l’alimentation du parc représente 97 tonnes de céréales et granulés, 94 tonnes de foin, 25 tonnes de viande, 10 tonnes de fruits et légumes et 10 tonnes de poisson. « Nous récupérons les invendus des supermarchés alentours que l’on complète par des achats » explique Jessica.

Bao, Ying Tao et Chahua, les trois adorables pandas roux femelles, elles, s’impatientent. Au menu : des pommes, des carottes et un peu de poires. Et aussi, de la poudre de bambou réhydratée. « Même si on peut les approcher facilement, nous avons pour consigne de ne pas leur à manger dans notre main. Ce sont des animaux sauvages, qui seront peut-être réintroduits dans leur milieu naturel. Il est important de ne pas les apprivoiser. »

La conservation, une priorité

Le parc de Sainte-Croix est né de l’idée un peu de folle de Gérald et Liliane Singer en 1980. Ces agriculteurs visionnaires voulaient créer un sanctuaire dédié aux animaux dans le but de partager leur passion de la nature. Aujourd’hui, le parc animalier compte 1 500 animaux vivant en semi-liberté sur 120 hectares de nature préservée au cœur du Parc National Régional de Lorraine. Sainte-Croix s’inscrit également dans un projet de labellisation du Pays de Sarrebourg au titre de « Réserve mondiale de Biosphère » de l’UNESCO. Dirigé aujourd’hui par les fils Singer, Pierre et Laurent, le parc est devenu une référence en Europe et a accueilli plus de 330 000 visiteurs l’an dernier. Pour arriver à de tels résultats, Sainte-Croix a su se développer à travers des choix innovants mais aussi des paris fous.

Parmi les nouveautés, le safari-train recueille cette année un grand succès. Une balade d’une heure sur la piste des animaux d’Europe : élan, bisons, chevaux de Przewalski, cerfs… La création de cette nouvelle réserve, inaccessible à pied, s’inscrit dans un programme européen d’élevage en faveur de la réintroduction des naissances à l’état sauvage : « Dans l’objectif de conversation ex-situ, le parc accueille plusieurs espèces dans ces programmes d’élevage pour maintenir une génétique en captivité suffisante et éviter la consanguinité » explique Laurie Berthomieu, stagiaire conservation. « Les varis roux et noir et blanc, les ours bruns, les lynx boréals, les cigognes noires, les bisons européens, les pandas roux, les gibbons, les makis cattas, les gloutons, les pélicans frisés… font partie des espèces en programme d’élevage car ils sont menacés d’extinction. » Les chevaux de Przewalski sont eux aussi en danger. À Sainte-Croix, le groupe n’est composé que de juments. « Nous les maintenons en bonne santé pour pouvoir les faire se reproduire afin de faire perdurer l’espèce. »

Les visiteurs, à leur niveau, peuvent aussi contribuer et aider à la conservation. « Il existe un fonds de dotation avec un système de parrainage : six animaux du parc peuvent être parrainés » continue Laurie Berthomieu. « Je ne vous cache pas que Bao, la femelle panda, a beaucoup de succès ! » Depuis novembre 2017, le parc a déjà reçu 350 parrainages dont l’argent récolté va directement aux actions pour la conservation (échanges avec des associations, experts envoyés sur le terrain…). « Il est important pour nous de communiquer sur nos actions. Nous recevons 20 000 scolaires par an ! Eduquer à la conservation et à la biodiversité est l’une de nos priorités. »

Trente-huit ans plus tard, on peut dire que le pari est réussi pour la famille Singer. Sainte-Croix est devenu, comme le souhaitait Gérald Singer, « le jardin d’Eden où, comme le veut la légende, les hommes et les animaux se parlent et se respectent. »

Parc de Sainte-Croix à Rhodes • Ouvert jusqu’au 11 novembre • Renseignements, tarifs et réservations : parcsaintecroix.com

Photos © PO, DR



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