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L’hémicycle de la place de la Carrière

Fermant la place de la Carrière au nord, l’hémicycle enserre comme un écrin le beau palais de l’Intendance. Un bâtiment chargé d’histoire qui symbolise malgré lui le rattachement de la Lorraine à la France.

La place de la Carrière est créée dans la seconde moitié du XVIe s. à la suite de l’agrandissement des remparts. Alors au centre de la vie nancéienne, elle sert de cadre pour de nombreux exercices équestres, notamment des tournois. Elle est alors fermée au nord par une série de bâtiments qui forment des dépendances du palais ducal. Les façades sont très hétéroclites et manquent d’harmonie. Des vues gravées par Jacques Callot, conservées au Musée Lorrain, permettent de se faire une idée assez précise de ce premier aspect.

Le duc Léopold (1679-1729) va entreprendre de grands changements. Il faut rappeler qu’il hérite de duchés en triste condition car les guerres et les différentes occupations françaises au XVIIe s. ont ruiné ses Etats. Ponts et chaussés, économie, immigration… le duc réforme tout. Comme le souligne Voltaire en 1751, Léopold « trouva la Lorraine désolée et déserte : il la repeupla, il l’enrichit. Il l’a conservée toujours en paix pendant que le reste de l’Europe a été ravagé par la guerre ». D’où son surnom de « Léopold le Bon ».

Un nouveau palais

Léopold trouve en le palais de ses ancêtres un ensemble de bâtiments vétustes et démodés (ils datent de la fin du Moyen-âge). Souverain éclairé, élevé à la distinguée cour de Vienne, Léopold souhaite un nouveau palais. Son épouse, Elisabeth-Charlotte d’Orléans, le presse aussi.
Il charge en 1717 son premier architecte, Germain Boffrand, de lui construire un « Nouveau Louvre ». Le projet est ambitieux et s’étend sur une vaste surface. Inspiré du Louvre parisien, il doit être constitué de quatre importants corps de bâtiments. Hélas, la mort brutale de Léopold à 49 ans et le départ de la dynastie de Lorraine pour la Toscane puis l’Autriche sonne le glas du projet.
Le côté nord de la place de la Carrière présente alors un aspect désolant : l’ancien palais ducal a été en grande partie détruit ainsi que la collégiale Saint-Georges et la majeure partie de son église qui datait du XIVe s. Seul demeure un chantier inachevé et laissé en l’état.

L’arrivée de Stanislas

L’installation de l’ancien roi déchu de Pologne dans les duchés lorrains sonne le renouveau de la place de la Carrière. Stanislas charge Emmanuel Héré, élève de Boffrand, d’harmoniser toutes les façades des immeubles de la place. Il le charge également de construire en lieu et place du « Nouveau Louvre » un petit palais à hémicycle, achevé en 1753. Le long de la colonnade de l’hémicycle sont installés des bustes de divinités grecques. De part et d’autre, deux hôtels sont construits : celui de Héré et celui de Morvilliers.

Le palais est destiné à l’Intendant Chaumont de la Galaizière qui gère les duchés au nom de la France, Stanislas n’ayant qu’un rôle représentatif. Le palais devient ensuite, lors du rattachement à la France, le siège du Gouvernement (français) d’où son nom actuel. Beaucoup de Nancéiens font un malheureux amalgame et le nomme « palais du Gouverneur », en référence au Gouverneur militaire de Nancy qui y résida jusqu’en 2010.
Au XIXe s., le palais abrite la préfecture de la Meurthe de 1824 à 1859 puis le quartier général militaire. Les généraux qui s’y succèdent donnent de nombreuses réceptions très courues.

Aujourd’hui, le palais est devenu une extension du Musée Lorrain voisin. Un nouvel avenir se dessine. Rendez-vous dans quelques années pour le retrouver brillant de tous ses feux.




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