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La porte suspendue de la rue des Frères Henry

Tout à côté de la porte de la Craffe à Nancy, la rue des Frères Henry recèle une curiosité : un encadrement de porte en pierre suspendu à un mètre du sol, contre une façade borgne. Il est le témoin d’une grandeur passée.

C’est l’une des rues les plus empruntées en Vieille-Ville, notamment pour se rendre Grande-Rue, mais peu de Nancéiens connaissent son nom. Il faut avouer, à leur décharge, que la rue des Frères Henry est l’une des rares à ne pas comporter de numéros (à l’instar des rues Guibal ou Erignac).
Cette courte rue relie la rue Philippe de Gueldres à la rue du Haut-Bourgeois. D’un côté le square Bichat et le collège de la Craffe, de l’autre, la porte moyenâgeuse et des pignons borgnes … et puis, le long d’un mur, les pilastres flottants d’une fausse porte. Comment expliquer cela ? Fantaisie d’architecte ? Porte murée ? Mais pourquoi, et pourquoi si haute !

La création de la rue

La rue des Frères Henry est récente. Elle fut ouverte en 1934 pour décongestionner la porte de la Craffe [la circulation en ville était déjà encombrée !] qui était alors la seule entrée nord de la Vieille-Ville. Créée le long des anciens remparts, cette rue nouvelle amputa une portion notable du jardin de l’hôtel de Fontenoy, l’actuelle Cour administrative d’appel. Au fond de ce jardin se trouvait un décor de porte feinte en pierre. Le nivellement nécessaire à la circulation automobile en fit une porte suspendue, rare souvenir avec le square (dont le niveau est celui de l’ancien jardin) d’un hôtel aristocratique situé entre cour et jardin, même si ce dernier était sur le côté. Cette arcature de porte est donc le dernier témoin d’une splendeur révolue.

Les Frères Henry

Paul et Prosper Henry, nés à Lamarche, étaient des astronomes réputés de la seconde moitié du XIXe s. Quatorze découvertes d’astéroïdes et plusieurs cartes stellaires sont à mettre à leur crédit. Egalement opticiens, ils inventèrent lentilles et objectifs qui connurent de grands succès. Leurs noms sont toutefois aujourd’hui tristement oubliés.

Alors, la prochaine fois que vous passez en voiture le long du square Bichat, tournez la tête à gauche (c’est d’autant plus facile si vous patientez au feu rouge) et regardez cette fausse porte. Ayez aussi une pensée émue pour les Frères Henry, mais ne restez pas trop la tête dans les étoiles !

En vert, l’ancien jardin de l’hôtel de Fontenoy avant le percement de la rue des Frères Henry.



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