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Le savon d’Alep, patrimoine en danger

Jusqu’au 14 février, l’exposition Sapun Ghar ressuscite un petit morceau doux et parfumé de Syrie. À la GaleriMur et à la Porte des Allemands de Metz, Marc Lavaud raconte en trente-sept photographies l’histoire du savon d’Alep et de ceux qui le fabriquent. Echos d’un autre temps.

Après sa population, le patrimoine d’un pays est souvent la deuxième victime de la guerre. Les conflits en Syrie ont fait plus de 200 000 morts depuis mars 2011 et détruisent aussi petit à petit des pans de son histoire. Au total, 290 sites syriens ont subis des dommages : les vieilles villes de Damas, d’Alep, le krak des Chevaliers, Palmyre et d’innombrables monuments religieux ou civils. Au milieu de ses ruines, un trésor immatériel, presque anodin, résiste : le savon d’Alep. Sa recette reste inchangée depuis l’Antiquité. Un peu de soude végétale, de l’huile d’olives et de baies de laurier, et voilà que ce petit pain beige-marron au cœur vert fait le tour du monde. « Il est l’ancêtre du savon de Marseille, ramené en Occident par les Croisés. C’est aussi le premier savon solide donc facilement transportable et commercialisable », explique Marc Lavaud, photographe à l’origine de l’exposition.

Sur la piste du savon

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© Marc Lavaud

 

Il y a un an Ève Lemarchand, présidente de l’association la GaleriMur à Metz, découvre au détour d’un salon de la photographie à Paris le travail du cofondateur de l’école Graine de photographe. « Sapun Ghar n’est qu’une partie d’un reportage beaucoup plus complet  sur l’industrie des oléagineux et du savon à travers le monde. Il suit tout le processus de création, de la récolte des olives à la fabrication du savon », affirme-t-elle. Aux racines de ce documentaire au long cours, l’envie de voyages et de rencontres. Après cinq ans aux côtés de Yann Arthus-Bertrand, Marc Lavaud se met à son compte et voit ainsi ses excursions à l’étranger fortement diminuer. « Je me suis dit que cet objet en particulier pouvait être une bonne excuse pour reprendre la route. Aujourd’hui, toute personne possédant une salle de bain a forcément un bout de savon. Au-delà de sa fonction quotidienne, il entraîne aussi une réflexion sur des questions environnementales, sociales, économiques. Quant au savon d’Alep, il est incontournable », raconte le photographe.

Fruit du temps

En 2008 et 2009, Marc Lavaud se rend donc en Syrie, d’abord pour la récolte des olives en octobre et novembre puis en tout début de l’année suivante, pour la fabrication du savon. Ce dernier est un produit du temps et met neuf mois à sécher avant d’arriver jusqu’à nous. Aujourd’hui les savonneries d’Alep, en partie détruites, sont à l’arrêt. « Fateh Didier Chehadeh, un des fabricants de savon qui m’a accueilli, est réfugié à Strasbourg. Il n’a plus de contact avec ses anciens collaborateurs. Certains, ceux qui ont un peu d’argent, sont partis à l’étranger. D’autres se sont engagés dans la guérilla », rapporte-t-il.  En témoignage de ce passé, les photographies de Marc Lavaud ravivent une couleur typiquement syrienne : le vert. Celui des olives, celui de son savon légendaire et celui de l’espoir, aussi.

Exposition Sapun Ghar jusqu’au 14 février, du jeudi au samedi à la GaleriMur et à la Porte des Allemands. Plus d’infos sur www.lagalerimur.fr

Photos © Marc Lavaud




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