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Passages entre les cultures

Le festival Passages fête ses 20 ans du 5 au 14 mai à Metz. Cette année, la Méditerranée est mise à l’honneur avec une cinquantaine de productions artistiques.

« Relier les mondes » : pour les organisateurs du festival Passages, c’est une nécessité. Hocine Chabira, son directeur artistique et metteur en scène, a la volonté de créer du lien entres les étrangers à travers l’art et la culture. Du 5 au 14 mai, 23 spectacles, 7 poètes, 5 expositions et 6 conférences sont prévus sur la Place de la République mais aussi dans toutes les structures messines (Metz en Scènes, Arsenal, Opéra-Théâtre, Centre Pompidou…). Cette édition 2017 met à l’honneur les artistes de la Méditerranée et des pays du Moyen-Orient. Mais pour fêter ses 20 ans, le festival réinvite également des metteurs en scène présents lors des précédentes éditions. Le Lituanien Oskaras Korsunovas, découvert à Passages en 1996, revient cette année présenter « La Mouette » de Tchekhov. « C’est un metteur en scène que l’on aime beaucoup. Il s’est révélé durant la première édition et aujourd’hui, il a été joué dans les plus grands festivals » souligne Hocine Chabira. Le Russe Nikolaï Kolyada présentera, du 5 au 7 mai à l’Opéra de Metz Métropole, la pièce « Richard III » de Shakespeare pour une première en France. Un metteur en scène aussi découvert à Passages en 2009 ! 

Témoigner, s’indigner, revendiquer

Cap sur le bassin méditerranéen et les pays du Moyen-Orient pour cette édition 2017. Un thème en rapport avec l’actualité où de plus en plus de zones sont fracturées dans le monde. Passages donne l’occasion aux différents artistes syriens, tunisiens, marocains libanais, israéliens, grecs… de témoigner, de s’indigner ou même de revendiquer leurs visions du monde à travers l’art. Le 6 mai, à l’Arsenal, Noureddine Khourchid et les derviches tourneurs de Damas invitent les spectateurs à assister à une pratique religieuse ancestrale. Une performance à vivre une fois dans sa vie ! Les 20 ans du festival se fêteront lors d’un grand pique-nique le 8 mai aux Jardins de l’esplanade. Le metteur en scène et chorégraphe Taoufiq Izeddiou présentera « 100 pas presque », un spectacle gratuit, alliant danse et musique où la lenteur pousse à la réflexion. Du 11 au 13 mai, au théâtre du Saulcy, le spectacle « In the Eroptive Mode » sera une première en France. Cette pièce de théâtre poétique mise en scène par l’anglo-kowaitien Sulayman Al Bassam, donne la parole aux femmes fortes, qui restent debout en affrontant les printemps arabes et la guerre en Syrie.

Week-end poétique

Du théâtre oui, mais le festival Passage c’est aussi de la poésie lors du week-end « poèmes de la Méditerranée » les 13 et 14 mai. Les festivals Passages et POEMA s’associent pour donner voix à ces artistes du Proche-Orient et du bassin méditerranéen. Les 7 poètes invités investiront les hauts de la Colline de Sainte-Croix dans des lieux différents pour livrer leurs textes. « Les artistes seront présentés avant leur performance. Et les poèmes seront déclamés dans leur langue d’origine, traduits en français par des comédiens. Ce qui ne nuit pas à la bonne compréhension de tous » explique Hocine Chabira. Il y aura (entre autres) la Syrienne Maram Al-Masri, l’Israélien Roy Chicky Arad aussi chanteur et activiste politique, le jeune irakien Kadhem Khanjar qui témoigne de la violence qui déchire son pays.

Dans un registre plus familial, le festival invitera le même week-end à Montigny-lès-Metz le « Groupe Acrobatique de Tanger », un collectif marocain d’acrobates traditionnels versés dans la création contemporaine. Ils vont vous surprendre avec leurs pyramides spectaculaires et leurs figures circulaires. Avec ce nouveau spectacle intitulé « Halka » (un terme qui désigne en arabe « un spectacle festif en forme de cercle »), la compagnie revient aux sources de leur tradition, le tout rythmé par de la poésie déclamée, des chants et des percussions.

11 000 spectateurs attendus

En 1996, Charles Tordjman alors directeur du théâtre de la Manufacture – CDN Nancy Lorraine et Jean-Paul Angot, son ajoint, lancent la première édition de Passages à Nancy. D’abord par curiosité pour voir « ce qu’il se passe là-bas », de l’autre côté des murs tombés, comme celui de Berlin en 1991. A cette époque, le théâtre de l’Est est très peu représenté dans les festivals. Passages devient vite un rendez-vous incontournable et s’installe à Metz en 2011, se transformant en biennale.

Avec cette riche programmation 2017, Hocine Chabira signe son premier festival Passages en tant que directeur mais dans la continuité de Charles Tordjman en conservant cette thématique de la Méditerranée. « Passages, c’est un festival d’ouverture et de fraternité, pour lutter contre le repli sur soi » conclue-t-il. Plus de 11 000 spectateurs sont attendus pendant ces 10 jours de festival. Cerise sur le gâteau, une place de spectacle est offerte à tous ceux qui ont aussi 20 ans cette année !

Programme et tarifs : festival-passages.org • Infos : 03 87 17 07 06 ou info@festival-passages.fr

Entretien avec Hocine Chabira

Hocine Chabira est le directeur artistique du festival Passages et metteur en scène. Français, d’origine algérienne, il s’inspire de son expérience mais aussi de l’actualité pour organiser cette 20e édition de Passages. L’objectif : créer du lien à travers la culture et l’art, se rassembler et traverser les frontières pour apprendre à mieux connaître « l’étranger ».

Quel était l’objectif de Passages à ses débuts ?

L’objectif est le même qu’aujourd’hui finalement. C’est de connaître l’autre à travers le théâtre et d’autres formes d’arts comme la danse, la musique, la poésie. S’ouvrir à des choses étrangères à notre propre culture. Et aussi découvrir des spectacles que l’on n’aurait pas pu voir en France à part dans notre festival Passages.

C’est un festival qui est très ancré dans l’actualité…

Oui bien sûr, on est toujours en prise avec ce qui se passe dans le monde. Dès les débuts, on s’est intéressé aux pays de l’Est dans le contexte de la chute du mur de Berlin par exemple. On voulait voir ce que ces cultures avaient à proposer en termes de productions artistiques. Il y a 2 ans, on a fait un focus sur Cuba. C’était le moment où le pays avait fait preuve d’ouverture et avait accueilli l’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama. Aujourd’hui, on s’intéresse forcément plus à la Méditerranée (mais pas que) vu le contexte actuel. On veut s’ouvrir à ces pays du Moyen-Orient où il y a des gens qui ont vécu les printemps arabes et ceux qui vivent encore dans des zones de conflits

Passages travaille cette thématique de « connaître l’autre » en amont du festival ?

Il y a des ateliers qui sont réalisés toute l’année. Un exemple concret : nous avons mis en place un atelier-théâtre avec les acteurs de la compagnie Pardès Rimonin. Nous nous interrogions sur la crise des réfugiés et nous essayions de comprendre ce que l’on pouvait faire à notre échelle. Nous avons invité des associations qui aident les migrants et ils nous ont dit que le plus important, c’était de faire du lien entre les habitants de Metz et les réfugiés. On l’a fait via le théâtre.

Cet atelier a eu du succès ?

On s’attendait à une faible participation pour le 1er atelier… et il y a eu 70 personnes ! Maintenant, une petite troupe composée d’Afghans, d’Irakiens, d’Albanais, de Syriens… et de messins jouent ensemble sur la même scène. Ils sont une trentaine à venir chaque semaine se retrouver au Théâtre du Saulcy. C’était un défi car, forcément, ils ne parlaient pas français. Mais ça donne un très beau résultat. Et d’ailleurs, ils joueront leur production durant le pique-nique du festival Passages, le 8 mai, pour fêter nos 20 ans !

Le projet Bérénice

Bérénice est un projet créé en 2016, pour 3 ans, réunissant un réseau d’acteurs culturels et sociaux (festivals, lieux de créations, associations…) en Grande Région pour lutter contre les discriminations. Les partenaires du projet sont l’association Passages en chef de file, l’EPCC Metz en scène, le Théâtre de Liège et l’association Chudoscnik Sunergia d’Eupen (Belgique) et le Trier Theater (Allemagne).

Hocine Chabira s’est inspiré de son vécu et des problématiques actuelles (montée de l’extrémisme) pour développer ce projet. Son ambition : faire de l’inclusion sociale son principal objectif en rassemblant des institutions convaincues que la culture et le spectacle vivant y ont un rôle primordial à jouer. Le projet se décline en 3 actions : la création d’un label Bérénice attribué à des spectacles représentatifs de la diversité culturelle, la fondation de la Bérénice Factory, une plateforme d’accueil et d’accompagnement des artistes réfugiés au sein de la Grande Région et la production de « spectacles nomades » portés ou coproduits par les partenaires du projet qui voyageront dans la caravane Bérénice à partir de ce mois de mai pour le Festival Passages.

Photos © Cyril Zannettacci, Anthony Chedic, Richard Haughton, Chrystel Jubien, 
D. Matvejevas, Christopher Courtois, VictorDelfim, DR




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