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« Laissez-moi rêver que j’ai 10 ans »

L’Autre Canal, scène incontournable des musiques actuelles en Lorraine souffle ses 10 bougies. Retour sur la naissance d’un projet innovant.

16 mars 2007. Inauguration de l’Autre Canal en présence de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, de André Rossinot, maire de Nancy et de Laurent Hénart, député et adjoint à la Culture. Cet établissement public de coopération culturelle est un projet novateur dans le monde de la diffusion et de la production musicale.

L’Autre Canal s’articule autour des « musiques actuelles » et des formes artistiques regroupant les arts numériques (vidéo, installations, performances). Un créneau encore peu développé en France à l’époque. Jazz, rock, électro, hip-hop seront les styles mis en avant. La programmation s’épanouira dans deux salles : une « intimiste » de 300 places pour les groupes émergents et une deuxième, plus grande, pouvant accueillir 1 200 personnes pour les têtes d’affiche. Mais attention, l’Autre Canal, ce n’est pas seulement une salle de concert. Et c’est là toute son originalité. Espaces de rencontres, expositions, projections, résidences pour les artistes, studios de répétition et accompagnement de projets artistiques : voilà l’offre complète. Le projet est ouvert et participatif : les co-productions et les partenariats avec d’autres lieux de diffusion artistique comme La Manufacture ou les MJC seront développés.

Défi relevé

L’établissement culturel a élu résidence au bord du canal, boulevard d’Austrasie. Le quartier des abattoirs a vu se construire ce bâtiment, conçu par Périphériques Architectes. Un « solide » bloc de béton, recouvert de planches en bois coloris gris naturel. Les lampes verticales qui y sont incrustées le transforment en véritable lanterne magique dans la ville. Comme pour renforcer son rayonnement culturel, au cœur de Nancy. Une « rue intérieure » horizontale est le véritable « fil rouge » de la structure amenant sur un espace convivial et fonctionnel (accès aux salles de concert mais aussi aux studios, aux loges, …).

L’Etat, la Région, la Communauté Urbaine, le Département, la ville de Nancy et le Centre national des variétés avaient tous pris part au financement du projet. Coût total : 5 millions d’euros. Il ne restait plus qu’à l’Autre Canal à séduire un large public. Le défi était de taille mais semble être relevé après 10 ans d’existence.

Entretien avec Henri Didonna, directeur de l’Autre Canal

10 ans déjà, quel est votre sentiment ?

Pour moi, plus qu’un anniversaire, c’est un passage à une nouvelle étape. Pendant ce week-end de fête, on ne célèbre pas que les 10 ans de l’Autre Canal mais 50 ans de musiques actuelles, du jazz en passant par les musiques du monde ou le rap… La période des années 70 à 90 est très riche musicalement et on commence cette rétrospective avec une date clé : le passage de Jimmy Hendrix à Nancy en 1966.

Comment avez-vous décidé de la programmation ?

C’est un long travail. On a décidé de ne pas présenter de têtes d’affiche. On voulait une programmation fédératrice autour de groupes ou de chanteurs qui sont dans la veine de l’Autre Canal. On prend un risque car ce sont des découvertes de jeunes talents et d’artistes locaux.

Avec cette programmation éclectique, on met en avant la diversité de par les origines des artistes (Afrique du Sud, Australie, Allemagne…), leurs style musicaux (électro, rock…) et on a aussi privilégié les talents locaux. Le but est de surprendre le public !

Comment vont s’organiser ces 3 jours ?

Dans le programme, nous annonçons 30 concerts et 3 scènes mais finalement il y aura plus que ça. L’important à souligner, ce sont les manifestations non payantes car on veut toucher un maximum de personnes. Dans la Halle Renaissance, tous les concerts seront gratuits. Il y aura aussi une boum pour les enfants le dimanche après-midi, des expositions en tout genre en accès libre… Le but est de montrer au public ce que l’on fait en plus des live, de promouvoir l’action de l’Autre Canal. Comme nous sommes ouverts à partir de midi le samedi et le dimanche, il y aura aussi des food trucks, en collaboration avec les restaurateurs du quartier. Ça sera comme un festival en fait !

Quel est le bilan des 10 ans de l’Autre Canal ?

C’est clairement une scène sur laquelle on a une marge de progression énorme. Aujourd’hui, le monde de la musique, du spectacle et des arts est de plus en plus diversifié et évolue avec l’arrivée du numérique. Plus généralement, il y a une dynamique du site à améliorer pour que l’Autre Canal devienne encore plus incontournable dans le milieu de la culture.

On s’est construit une réputation nationale voire internationale mais dans l’esprit collectif, ce n’est qu’une salle de concert. On ne parle pas beaucoup de tous les autres projets qu’il y a au sein de la structure : la production d’artistes, les studios d’enregistrement…

Justement, que faites-vous en plus des concerts ?

On accueille chaque année une dizaine de groupes en résidence pour qu’ils travaillent sur leurs projets. On collabore avec beaucoup de groupes locaux. Certains artistes vont à la rencontre des scolaires. On travaille avec le photographe Arno Paul, avec les MJC… C’est pour cela que lors des 10 ans, on veut créer un événement où les gens peuvent passer un moment simple, à la rencontre des acteurs de la maison pour comprendre quels sont les projets, ce que l’on met en place… Il faut vraiment que l’on rentre en communication avec le public. Et lui redonner confiance en ce lieu.

Vous êtes confiant pour l’avenir de l’Autre Canal ?

Je suis, de toute façon, désespérément optimiste ! (rires) Mais oui, j’ai confiance en l’avenir pour le développement de l’Autre Canal et du quartier des abattoirs en général. Il y a une dynamique à créer pour ces 10 prochaines années, dans l’intelligence collective.

Ce n’est pas la salle qui fait le plus de concerts, on n’a pas les plus grands moyens financiers mais on a une diversité dans notre offre et notre programmation. C’est nous qui fédérons le plus d’énergie en tout cas ! Propos recueillis par Pauline Overney

La programmation 3 jours de musique !

Une programmation éclectique et diversifiée : voilà ce qui attend les spectateurs de l’Autre Canal. Le vendredi, Harold Boué alias Abstraxion investira la Grande Salle avec sa musique électronique organique. Il présentera son nouveau live « Audio/Visuel ». Plus tard, ce sera au tour de Kissamilé, un groupe de jeunes lorrains, à livrer leur musique pop funk aux rythmes brûlants. Les fans de jazz pourront (re)découvrir Le Début de la Fin sur la scène Club de l’Autre Canal. Le trio basse/batterie/saxophone propose un son « planant, semi-chaotique, semi-psychédélique ».

Le samedi, la Grande Salle accueillera Totorro. Cette bande de potes excelle dans l’art d’osciller entre post-rock puissant et math rock lumineux. Ils seront suivis de Meute, un groupe d’Allemands réinventant les codes de la fanfare en y mêlant de la techno hypnotique. La scène du Club verra quant à elle se produire les américains The Garden. Les deux jumeaux forment un duo basse/batterie minimaliste et ravagé puisant leurs inspirations dans le punk old school et le hip hop des années 90. D’autres groupes seront bien sûr au rendez-vous mais on préfère vous laisser quelques surprises…

Des concerts gratuits !

Pour cet anniversaire, l’Autre Canal veut attirer un large public. La Grande Halle Renaissance, située derrière la salle, accueille, pendant les 3 jours, des concerts, des installations sonores, des expositions… Le tout, totalement gratuit !  Au programme : Petit Fantôme, le groupe qualifié de « meilleur projet pop de l’hexagone » jouera en live et en avant-première son nouvel album pour les 10 ans de l’Autre Canal. Le public pourra aussi retrouver le groupe Papooz qui s’est fait connaître via un clip réalisé par Soko, le Togolais Peter Solo avec son groupe Vaudou Game aux sonorités afro punk et rythm’n’blues ou encore Woodie Smalls, un Belge flamand qui est le nouveau phénomène hip hop de tout un pays.

Un dimanche en accès libre !

L’Autre Canal fait fort en plaçant la journée de dimanche en entrée libre. En clair : tous les concerts  de la Grande Salle, du Club et de la Grande Halle Renaissance sont gratuits. L’occasion pour le public de venir découvrir et d’apprécier différents styles musicaux : de l’électro avec les français Zombie Zombie, du free rock avec Tuscaloosa, de la chanson pop livrée par Luna Gritt

A 14h30, les enfants seront mis à l’honneur dans la Grande Salle avec « Radio Minus Soundsystem » : une boum pour s’amuser et danser tout l’après-midi. Les enfants pourront également participer à des ateliers de construction de masques et à des petits jeux à réaliser sur scène !

Les 10 ans de l’Autre Canal, c’est aussi…

Des expositions photos : Le photographe Arno Paul présentera ses portraits d’artistes croisés pendant 10 ans à l’Autre Canal. Le Lorrain Richard Bellia exposera petits et grands formats de la scène rock, certains capturés lors de ses passages à Nancy. Ils sont à retrouver dans la Halle Renaissance.

La 32e bourse aux disques (Halle Renaissance) : Tous les formats (vinyle, CD, DVD, livre…), tous les styles musicaux (variété française, rock, black métal, jazz, électro…) seront regroupés lors de cet événement, le dimanche 19 mars.

Infos, tarifs et réservations : lautrecanalnancy.fr

Portraits de stars

La médiathèque de la Manufacture accueille du 5 au 26 mars l’exposition du photographe Arno Paul. Une rétrospective de dix ans de photographies de concert et de portraits d’artistes passés par l’Autre Canal.

Jain, Selah Sue, Stromae, Christine and the queens, Micky Green… Ils sont tous passés devant l’objectif d’Arno Paul. Depuis 10 ans, le photographe nancéen s’invite à l’Autre Canal pour photographier les concerts et organiser des séances avec les artistes invités. « C’est une démarche personnelle. Il n’y a aucune autre salle dans la région qui propose une programmation de musiques actuelles comme l’Autre Canal. C’était l’occasion de croiser des chanteurs ou des groupes que j’avais envie de rencontrer » explique Arno Paul. Au début, il fait essentiellement des prises de vue des concerts en live. Puis l’envie de faire des portraits plus intimistes fait son chemin. Les équipes de l’Autre Canal l’aident à approcher les artistes. « L’avantage, c’est que l’Autre Canal est une scène-tremplin pour beaucoup d’artistes et je les rencontrais quand ils n’étaient pas encore vraiment connus, donc ils étaient plus disponibles. »

Photographies argentiques

Le visiteur découvrira une soixantaine de clichés de concerts des 5 premières années de l’Autre Canal. La collection est complétée par 20 photos-portraits d’artistes qui se sont illustrés dans la salle nancéenne. « La particularité, c’est que je prends des photos uniquement avec un appareil argentique. C’est un risque car je ne peux pas voir le résultat en live. En plus, j’aime expérimenter de nouvelles choses avec les artistes. Et c’est souvent payant ! » Le photographe dévoile également quelques anecdotes de ses séances. Lors de sa rencontre avec Stromae, Arno lui propose une série de clichés en trichromie, c’est-à-dire des photos en couleurs sur une pellicule noir et blanc. « Il a été très disponible et j’ai pu tester cette technique avec lui et ça a fonctionné ! »

Jamais à court d’idées

Les séances sont souvent courtes, mais intenses. « J’ai peu de temps avec les artistes, 10 minutes en général. Alors je dois penser en amont les propositions que je vais faire leur faire » explique Arno Paul. Par exemple, le photographe a proposé au groupe Radio Elvis un croquis de la photo à réaliser où le trio se cachait la bouche et les yeux et se bouchait les oreilles, les uns les autres. « Généralement, les artistes sont informés de la séance photo. Mais pour Akhenaton, je suis allé directement toquer à sa porte. Il avait quelques minutes à m’accorder avant une interview. J’ai vite préparé ma pellicule, je lui ai demandé de me suivre dehors et il a accepté. A la fin de la séance, il m’a remercié d’être venu faire des photos, ça m’a vraiment surpris ! » raconte Arno.

L’enthousiasme du photographe se ressent dans ses clichés. Conscient de sa chance de rencontrer les artistes avec qui il a une « affinité musicale », le nancéen n’est jamais à court d’idées et sait s’adapter : « J’aime travailler en extérieur à la lumière naturelle, mais en Lorraine ce n’est pas toujours facile avec la météo. J’ai eu l’idée de faire des portraits dans les flaques d’eau par exemple. » Les clichés sont développés en petit format et disponibles à la vente. Alors si vous tombez amoureux de l’une de ces photographies, le plus simple est encore de contacter Arno Paul pour vous la procurer.

Exposition Arno Paul du 5 au 26 mars. Médiathèque de la Manufacture. Du mardi au samedi : 11h-18h. Dimanche : 14h-18h. Vernissage le dimanche 5 mars à 15h • arnopaul.net

Photos © Arno Paul, A. Marchi, DR




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