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La Biennale de l’Image au premier plan

Du 28 avril au 13 mai, la Biennale Internationale de l’Image fête ses 40 ans et donc sa 20e édition sur le thème des « Grands Reportages ».

L’image est nécessaire, surtout lorsque les mots ne suffisent plus. Elle est réelle, percutante. Elle prolonge le réel. Ne ment jamais. Cette année, pour sa 20e édition, la Biennale Internationale de l’Image zoome sur les photo-reporters  afin de renouer avec l’un des rôles premiers de la photographie. Sur le site d’Alstom, cette exposition grandeur nature rend hommage à ces mercenaires de la presse qui affrontent tous les quotidiens, mondains ou sanglants, sportifs ou culturels, qui trouvent ainsi une réalité face à leur objectif. Car sans photo-journaliste, l’actualité n’existerait plus. Il n’y aurait que des rumeurs, des « on dit ». C’est pourquoi la question primordiale de l’évolution du métier et de ses conditions d’exercice sera abordée lors de cette Biennale à l’occasion d’une conférence avec le journaliste Philippe Rochot, parrain de cette édition : « Aujourd’hui, les journalistes prennent plus de risques, ils sont la cible. Mais il y a des gens qui, malgré une situation précaire, sont plus que motivés à aller sur le terrain. Il faut les encourager. »

Une histoire à raconter

Plus de 50 photographes, galeristes, journalistes de renom seront exposés durant ces deux semaines. Parmi eux, Charly Broyez, photographe de reportage et son voyage en Chine, Gérard Charut qui a suivi les pas de Joseph Kessel à la découverte de la Vallée des Rubis en Birmanie, Hubert Sacksteder et sa rencontre avec les Philippins vivant dans les cimetières depuis plusieurs générations… Tous ont une histoire à raconter, un message à faire passer, une expérience à partager.

Aux côtés de 27 photographes régionaux, trois responsables du service photo de nos quotidiens régionaux exposeront également leur travail : Alexandre Marchi (L’Est Républicain) et ses instantanés présidentiels, Pascal Brocard (Le Républicain Lorrain) lors des manifestations contre le Sommet de l’Otan à Strasbourg en 2009 et Jérôme Humbrecht (Vosges Matin) et son reportage sur le Centre d’Entraînement aux actiens en zone urbaine de Sissonne. À événement exceptionnel, invité exceptionnel : l’agence TASS de Russie exposera également à la Biennale. Publiant près de 500 photos par jour, elle fête cette année ses 92 ans d’existence.

Rencontre avec les photographes

La Biennale de l’Image propose au public un événement culturel qualitatif qui peut également interroger et surprendre par des points de vue qui nourrissent le sens critique de chaque visiteur. Ainsi, le documentaire « Les migrants ne savent pas nager » de l’auteur et réalisateur Jean-Paul Mari sera projeté au Domaine de l’Asnée tout comme « Dans l’intimité de Willy Ronis » de Régis Caël et Jacques Grison. De leurs côtés, les photographes Vivi Navarro et Nicolas Roux présenteront leurs « carnets de voyage ». Enfin, la Biennale proposera à son public de rencontrer les photographes et reporters exposants le 28 avril. L’occasion de partager avec eux leur histoire, leur démarche, leur métier mais surtout leur passion.

Du 28 avril au 13 mai sur le site Alstom • Renseignements : 03 83 98 80 08 ou biennale@free.fr • Tarifs : 5€, 3€, gratuit – 12 ans et demandeurs d’emploi • biennale-nancy.org

Focus sur Weegee

Usher Fellig, dit « Weegee The Famous », est l’un des pionniers du photojournalisme. Né en Ukraine en 1899, il rejoint son père en 1909 à New York et se fait appeler « Arthur » Fellig. En 1914, il quitte l’école pour subvenir aux besoins de sa famille. Fasciné par un portrait réalisé en ferrotypie que vient de faire un photographe de rue, il se dit qu’il « est né naturellement photographe, l’hyposulfite étant son sang ». À 24 ans, il est embauché comme employé de laboratoire par l’agence ACME Newspictures. Dès 1933, il photographie officieusement la nuit pour remplacer les reporters indisponibles : il couvre les feux puis les explosions, les collisions, la guerre des gangs de la prohibition, les morts, les rois, les présidents et les hommes célèbres…

Cette exposition, présentée par La Fondation Auer Ory pour la photographie à Hermance (GE), permet d’apprécier le travail d’une des figures majeures du photojournalisme new-yorkais et de faire connaissance avec un homme connu pour son sang-froid et son tempérament cynique, au talent inégalable.

Focus sur Nathalie Daoust

«Elle est l’une des rares photographes à publier des photographies de la Corée du Nord » souligne Laurence Morel, coordinatrice de la Biennale. Dans l’exposition « Rêves coréens », la photographe Nathalie Daoust  s’insinue secrètement dans le vaste dispositif de fantasme collectif nord-coréen. Dans un pays où l’identité se fond et se confond, elle questionne notre perception du réel et de l’imaginaire. Elle explore la ligne entre réalité et fantasme, les endroits où les gens vont s’exiler de leur vie de tous les jours. Sauf, qu’ici, les protagonistes sont forcés de se soumettre à cette perte d’identité.

40 ans de Biennale en chiffres

19 biennales organisées.

285 lieux d’expositions

241 jours d’exposition sur le site Alstom

25 000 photographies accrochées

93 conférences et rencontres avec le public

1 306 photographes, agences, collectifs ou groupements présentés.

Entretien avec Jean-Pierre Puton

Président de la Biennale Internationale de l’Image de Nancy

40 ans déjà ! Que ressentez-vous ?

Des rides déjà ! (rires) Honnêtement, nous avons réussi à maintenir cette manifestation pendant 40 ans, c’est une satisfaction. En 1979, je ne pensais pas qu’on en serait là aujourd’hui ! Les plus grands artistes ont exposé à la Biennale.

Justement, quelle était la vocation de la biennale à sa création en 1979 ?

Nous étions un groupe d’amis et notre idée était de faire partager notre goût pour la photo. Dès la première édition, 19 exposants nous ont rejoints et nous nous sommes tout de suite tournés vers les professionnels. Bien sûr, la Biennale est aussi ouverte aux amateurs aguerris. Il est d’ailleurs parfois difficile de faire la différence entre une photo d’un professionnel et d’un amateur !

Avez-vous en tête des photographes qui vous ont particulièrement marqué en 20 éditions ?

Mon coup de cœur absolu a été Komaro Hoshino. C’est ma grande révélation de ces 40 ans. C’est d’une beauté incroyable, d’une extrême sensualité, et d’une perfection artistique indescriptible.

Comment choisissez-vous les photographes exposants ?

Il y a le côté production où nous faisons des appels à projets : amateurs et professionnels peuvent participer et le comité de sélection prend sa décision à l’aveugle, sans savoir le statut du photographe. Et puis il y a d’autre part le côté diffusion, où nous amenons à la Biennale des grands noms de la photographie à qui nous n’avons pas les moyens de faire des commandes de créations mais qui viennent exposer avec plaisir. 

Avez-vous appréhendé cette 20e édition de façon différente ?

Non pas du tout ! Nous restons fidèles à un projet culturel qui reste le même. Il y aura, comme d’habitude, des tables rondes, des débats, des projections… Le public a pris ses habitudes à la Biennale, c’est un événement qui est devenu un véritable rendez-vous.

Pourquoi avoir choisi le thème des « grands reportages » ?

Ce thème nous semblait opportun en 2018, avec cet ancrage de plus en plus fort dans l’actualité. Le métier de photo-reporter existera toujours. Le problème est sa rémunération. Et ça sera un sujet de débat au sein de la Biennale dès l’inauguration ! La concurrence internet est malhonnête et déloyale et je pense qu’il faut informer et alerter les gens à ce sujet.

Les photo-reporters sont indispensables à l’information selon vous ?

Bien sûr, c’est le point de vue que nous défendons ! Mais ce n’est peut-être pas l’avis des groupes de presse… Vous savez, la qualité a un coût, et les lecteurs recherchent la qualité. Nous avons la chance, en Lorraine, d’avoir des gens comme Alexandre Marchi, chef du service photo à L’Est Républicain, qui outre son grand talent, sait mettre en valeur celui de ses photographes de la presse quotidienne régionale.

Un mot sur Philippe Rochot, le parrain de cette édition ?

Lors de cette Biennale, Philippe Rochot va nous montrer le côté qu’on ne connait pas : celui de photographe. Nous le connaissons comme reporter, mais pas comme photographe. C’est une grande chance de pouvoir le rencontrer. C’est un homme d’une humilité extrême, très simple… comme tous les grands ! Il sera présent le premier et le dernier week-end de cette biennale.

Comment envisagez-vous l’avenir de la Biennale ?

Je pense que les choses vont changer, avec une équipe renouvelée mais elle continuera toujours ! C’est mon souhait le plus cher. Nous accueillons 10 000 visiteurs à chaque édition, c’est le rendez-vous qui lance la saison culturelle de la ville. En 40 ans, nous avons su nous faire un nom, nous avons su nous constituer un réseau pour proposer des éditions toujours plus qualitatives au public. Les gens nous font confiance, c’est une belle manifestation. Propos recueillis par Pauline Overney

L’œil du journaliste

Le journaliste Philippe Rochot est le parrain de cette 20e Biennale. Il présente « Ma route d’Orient de l’Arabie à la Chine » retraçant sa carrière de reporter.

« J’ai toujours eu la passion de l’image fixe. » Pourtant, c’est en radio puis en télévision que Philippe Rochot a fait toute sa carrière de journaliste. Il fait ses débuts en Arabie Saoudite en 1970 où il est chargé des émissions en langue française pour France Inter : « Ma passion pour le Moyen-Orient a commencé avec la découverte de ce pays ». Une passion qui l’amènera à couvrir les événements majeurs de l’Histoire : la guerre du Kippour en 1973, le débarquement à Chypre en 1974. À cette date, Philippe Rochot devient reporter vidéo pour Antenne 2. Et continue sa route : guerre civile au Liban, révolution iranienne, guerre Iran-Irak… « Il est vrai que couvrir ces pays n’est pas quelque chose de tranquille » reconnait le journaliste. « Cela devenait d’ailleurs de plus en plus dangereux au fil des années. » En 1986, Philippe Rochot est capturé avec son équipe de reportage à Beyrouth, alors qu’il tentait d’expliquer les circonstances de la mort du chercheur Michel Seurat, également otage au Liban, dont les ravisseurs avaient annoncé l’exécution. Il sera détenu 105 jours. « Nous avons été pris en embuscade. À ce moment-là, je ne pensais pas m’en sortir. » À la suite de négociations entre la France et le Liban, le journaliste est libéré. Mais l’envie de couvrir ces pays n’est plus là. « J’ai donc été en Allemagne de 1987 à 1992 et j’ai eu la chance de vivre la chute du mur de Berlin ! »

« Les photos résistent au temps »

Mais la définition même d’une passion est qu’elle ne vous quitte jamais. En 1990, Philippe Rochot reprend sa route vers le Moyen-Orient : en Irak, en Afghanistan et « même pendant la traque de Ben Laden après les attentats du 11 septembre 2001 ». En ayant toujours en tête cette prise d’otage qui le pousse à redoubler de prudence.

C’est ce voyage passionnant, cette carrière hors du commun que le journaliste présente lors de cette exposition de 20 photos « Ma route d’Orient de l’Arabie à la Chine ». « J’ai vécu deux pèlerinages à la Mecque. Je m’étais promis de retrouver ces musulmans dans leur pays respectifs. » Car pendant ses reportages, Philippe Rochot photographie, sans cesse : « Cela me permettait de fixer l’événement dans ma mémoire. Je voulais avoir ma propre vision de ces faits historiques, ma sensibilité. Les photos résistent au temps qui passe. »

Lauréat du Prix Albert Londres pour ses reportages au Liban, Philippe Rochot est aujourd’hui en retraite mais continue de collaborer pour un magazine de photos. Aujourd’hui, il photographie la France, la découvre sous un œil nouveau. Celui d’un Français qui n’y a jamais vraiment vécu, finalement.

Exposition sur le site Alstom, du 28 avril au 13 mai • Tous les jours de 14h à 19h sauf les dimanches de 10h à 19h • Rencontre avec Philippe Rochot le 13 mai.

Les grands rendez-vous de la Biennale 2018

Expositions de 50 photographes au site Alstom du 28 avril au 13 mai

« La volonté de cette exposition est bien plus que de montrer des images mais de relater des histoires qui nous donnent une vision sur le monde. » Cette 20e édition montrera des images qui nous donnent une vision sur la société. Ces fenêtres sur le monde sont celles d’auteurs qui utilisent la photographie, medium puissant et quasi universel. /// Site Alstom – 50 rue Oberlin 54000 NANCY • Tous les jours de 14h à 19h – dimanche et jours fériés 10h à 19h –dimanche 13 mai fermeture à 17H.

Visite commentée « Cangaceiros, bandits d’honneur du Sertào brésilien » le 28 avril

Par l’historienne Elise Jasmin à 15h. /// Sur le site Alstom, tarifs : 5€, 3 €, gratuit -12 ans et demandeurs d’emploi avec accès à l’exposition.

Rencontre avec les photographes le 28 avril

Photographes, reporters, journalistes seront là, pour vous présenter leurs travaux mais aussi pour vous narrer leurs aventures, leur vie parfois. Ce sera également l’occasion de vous faire dédicacer leurs ouvrages. /// Sur le site Alstom, de 14h à 19h.

Rencontre avec les carnettistes le 28 avril

Vivi Navarro et Nicolas Roux vous feront découvrir l’univers marin de leurs carnets de voyages. Ils feront démonstration de leur savoir-faire mais également dédicaces tout en dessin. /// Sur le site Alstom de 14h à 19h • 3 €, gratuit -12 ans et demandeurs d’emploi avec accès à l’exposition.

Projections et rencontre avec les réalisateurs, soirée spéciale le 12 mai

« La dernière photographie de Willy Ronis » projection en avant-première en présence des réalisateurs avec Jacques Grison et Régis Caël d’Ere Production.

« Les migrants ne savent pas nager » de Jean-Paul Mari, Prix CICR (Comité International de la Croix-Rouge) pour la presse, qui récompense un documentaire mettant en lumière un principe du droit international humanitaire. /// Au Domaine de l’Asnée à Villers-lès-Nancy • À partir de 20h, entrée libre.

Conférence de Philippe Rochot le 13 mai

Le parrain de la 20e édition animera une conférence intitulée « Une vie en reportages ». /// Sur le site Alstom à 15h.

Publi-reportage • Photos © Philippe Rochot, Sylvain Miller, DR



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