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8 jours et 7 nuits pour bâtir

En une semaine et avec énergie, technicité mais aussi une poétique folie, cinquante jeunes architectes, ingénieurs et compagnons du devoir deviendront des « Défiboiseurs » pour réinventer le monde avec quelques bouts de bois. C’est leur pari pour cette 13e édition des Défis du Bois 3.0 menée à Epinal du 29 avril au 6 mai.

Matériau renouvelable et énergie alternative, le bois permet de construire un monde garantissant un développement durable mais aussi l’équité sociale. Il accompagne l’homme depuis la nuit des temps et qu’il soit utilisé dans la construction, l’énergie, la chimie verte, la santé et jusque dans les objets du quotidien ; il ouvre chaque jour de nouveaux horizons à l’économie, à la science et à la société.

Comme un hommage de l’Homme face à la richesse de ce matériau indispensable à sa survie, mais aussi pour faire vivre l’expérience du travail collectif à des jeunes ingénieurs et architectes fraîchement diplômés ; l’idée a germé d’un challenge regroupant de jeunes individus aux compétences diverses, n’ayant jamais œuvré en ce sens. Epreuve initiatique et de partage, mobilisant des critères d’inventivité et de haute technicité, les « Défis bois » sont nés de la réflexion d’enseignants de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy et l’Ecole Nationale Supérieure des Technologies et de l’Industrie du Bois (ENSTIB).

Dans cette compétition lancée en 2005, rivalisent donc des étudiants et ingénieurs dans le domaine du bois avec cet objectif  de concevoir et fabriquer des structures esthétiques, durables et dotées de performances acoustiques et thermiques.

Gigantesque chantier en plein air

Depuis 12 ans, cette belle idée a déjà permis à près de 600 étudiants de la filière bois mais aussi à des Compagnons du Devoir, de se rencontrer et de s’accorder pour concevoir ensemble une œuvre créative et technique, en bois et en une semaine.

Se déroulant sur le campus Bois de l’ENSTIB à Epinal, cette compétition est aussi ouverte au public, permettant sans nul doute de susciter des vocations chez les plus jeunes grâce à des visites scolaires et des jeux de constructions en bois pour les enfants.  C’est aussi l’occasion de vivre l’ambiance d’un gigantesque chantier en plein air, d’observer les différents métiers, le montage des structures et enfin de participer à la compétition, en encourageant son équipe préférée.

A noter que des visites commentées du campus sont prévues, tout comme une exposition sur le travail d’une agence d’architecture locale et des conférences (notamment sur le BIM – Building Information Modeling – par les Compagnons du devoir).

Prototypes exploitables

Pour cette  13e édition, soutenue par la Région, le Conseil Départemental, la Communauté d’Agglomération d’Epinal et de nombreux partenaires privés, les Défis du Bois 3.0 poursuivent une expérience encore plus professionnelle et environnementale en lien avec les questions de société.

En effet, après 10 ans d’archistructures, les Défis du Bois proposent depuis 3 ans une nouvelle approche : il s’agit de s’intéresser aux micro-architectures pour être plus poétique, humain et soutenable. Construire avec des ressources qui s’affaiblissent, anticiper les conséquences d’un dérèglement climatique qui modifiera notre environnement, considérer la rapidité du développement des technologies du numérique sur nos modes de vie : autant de critères à prendre en compte pour imaginer et construire des prototypes pouvant être ensuite exploités par un partenaire privé et/ou public.

L’édition 2017 prévoit d’ailleurs que ces réalisations partent chez un « client » de renommée internationale mais dont le nom ne sera dévoilé que le 29 avril prochain, à l’occasion du lancement de manifestation. Ainsi, les ouvrages réalisés en un temps record auront bien une vocation à durer et à trouver une utilisation.

Ces « Défiboiseurs »  réinventeront donc ce que pourrait être demain et feront sans doute éclore quelques réponses aux défis qui attendent nos sociétés.

Défis du bois 3.0 : du 29 avril au 6 mai, Campus Bois de l’ENSTIB, 27 rue Philippe Séguin à Epinal. Infos > defisbois.fr

Une école du bois

Depuis 1985, le bois a son école spécialisée, fleuron français à la renommée internationale : l’Ecole Nationale Supérieure des Technologies et Industries du Bois (ENSTIB) basée à Epinal. Ecole d’ingénieurs de « Nancy Université », c’est une école publique délivrant un diplôme d’ingénieur conférant le grade de Master et disposant d’un campus Bois dont le champ d’expertise sur l’industrie des matériaux fibreux naturels et renouvelables, est une richesse reconnue.

L’ENSTIB accueille environ 400 étudiants en ce moment, toutes filières confondues (Ingénieurs, Masters et Licences). La grande majorité des diplômés trouvent un emploi sitôt sortis de l’école. Certains créent leur entreprise et restent même dans les Vosges. C’est le cas par exemple des entreprises « Il était un Arbre » ou « Inbô », participantes aux Défis du Bois en 2014.

En quelques chiffres

Depuis 2005, 600 étudiants

et ingénieurs participants.

110 équipes

78 jours et 86 nuits pour créer

110 œuvres en bois.

Tirage au sort en 10 groupes de 5 participants (2 ingénieurs, 2 architectes et 1 compagnon du devoir)

8 jours et 7 nuits de travail sur le site

Une équipe pédagogique pluridisciplinaire spécialisée dans le bois pour l’encadrement et l’accompagnement

Remise des prix le 6 mai à 16h.

« Le bois reste cher »

Jérôme Mayet (X93-Ponts, MS Berkeley) est le directeur général de SETEC bâtiment, société du groupe indépendant d’ingénierie SETEC. Les équipes de SETEC conçoivent et dirigent les travaux des projets de bâtiments les plus complexes, comme la fondation Louis Vuitton ou le siège de SFR. Après un début de carrière dans l’exploitation et la sécurité routière, Jérôme Mayet a mené de grands projets aéroportuaires et de bâtiments publics, notamment en Chine et au Moyen-Orient. Il est le prestigieux parrain de la 13e des défis du bois.

Pourquoi avoir accepté d’être parrain de cette édition 2017 ?

J’ai beaucoup d’attachement à l’accompagnement des jeunes générations d’ingénieurs qui sont les talents de l’ingénierie de demain. Le sujet m’a particulièrement plu également.

A SETEC, quelle est la part du bois dans vos projets et études ? Est-il de plus en plus utilisé à travers le monde ?

La structure bois est encore minoritaire dans les projets complexes que nos équipes conçoivent pour nos clients en France. Je ressens néanmoins un intérêt grandissant, le bois devenant un facteur de différenciation des projets. Nous avons vu par exemple beaucoup d’acteurs privés proposer des projets en structure bois dans le cadre du concours innovant « Réinventer Paris ». Dans les milieux urbains denses, la légèreté du bois permet mécaniquement d’offrir la même qualité qu’un logement en acier. Les extensions-surélévations en bois ont par ailleurs le vent en  poupe : 1 extension-surélévation sur 5 est en bois aujourd’hui en France.

Est-il de plus en plus utilisé à travers le monde ?

Dans le contexte économique actuel, le bois reste cher mais également dans le contexte industriel car il n’y a pas vraiment de concurrence, ce qui fait que le donneur d’ordre doit vraiment être acteur de ce choix et avoir une volonté certaine de s’impliquer et aider au final dans l’équation technico-financière. A l’international, les pays du Nord de l’Europe sont en avance sur la France, alors que dans d’autres pays l’utilisation du bois est limitée en raison du manque d’essences locales. 

Ecologiquement parlant, peut-on construire avec du bois sans « ruiner » la planète ?

Il ne faut pas craindre de voir la forêt diminuer si l’on consomme du bois. La récolte de bois est très inférieure à l’accroissement naturel. Ces dernières années la forêt française a progressé au rythme annuel de 50 000 ha. De plus, exploiter la forêt, c’est lutter contre l’effet de serre. Les jeunes arbres plantés ne demandent qu’à se développer et ils consomment beaucoup de gaz carbonique pour cela. On estime ainsi que chaque mètre cube de bois utilisé comme alternative à d’autres produits de construction réduit de 1,1 tonne la teneur en CO2 dans l’atmosphère.

« Une vitrine du bois vosgien »

Simon Muccilli est l’un des associés de la société « Il était un arbre » basée dans les Vosges à Chavelot. Il a lui aussi participé aux Défis du bois avant de se lancer dans la construction bois et l’habitat insolite et plus particulièrement de cabanes dans les arbres, symbiose parfaite entre le vivant et l’habitat inspiré par le rêve et l’imagination.

Quel souvenir gardez-vous des Défis du bois ?

Cela permet de créer une émulation entre architectes et ingénieurs. Je n’y ai participé que pour la semaine du défi. C’est une épreuve très intense, créant des liens et cela permet de vulgariser son langage dans ce domaine. On adapte son travail avec l’équipe tout en faisant une gymnastique intellectuelle très enrichissante.

Quel était votre défi ?

Nous avons créé « La tour Lorraine » en travaillant sur l’habitat léger de loisirs. Elle mesurait près de 5m de haut et nous avons gagné le défi en 2014. Notre cahier des charges partait d’un container mais nous avons pris le contre-pied en partant d’une base carrée pour monter le rectangle en hauteur.

Selon vous, pourquoi le public peut être intéressé par ces performances ?

Tout d’abord l’originalité des créations que l’on ne voit nulle part ailleurs. C’est créatif aussi de par la diversité des étudiants venant du monde entier, créant une richesse énorme sur le territoire vosgien. Ces défis montrent aussi l’attractivité du bois mais aussi les compétences  qui sont mises en valeur. C’est clairement une vitrine entre le milieu de la recherche, de l’industrie, de l’architecture et le tout public. L’interaction est directe car les enfants peuvent toucher le matériau, échanger étroitement avec les étudiants présents. Il y a beaucoup d’énergie qui résulte de ces rencontres.

En parallèle de vos études, vous avez créé « Il était un arbre ». Où en êtes-vous ?

L’idée est de faire des habitats insolites en constructions bois, permettant de faire des petites structures et d’aller dans des notions architecturales innovantes et originales. Dès octobre 2014, nous avons été très appuyés par le Pays d’Epinal grâce à une bourse et des locaux, tout en évoluant dans la couveuse lorraine PACELOR. Toutes ces aides nous ont permis de prendre notre temps et de poser des bases saines pour créer des produits de qualité avec du bois local sans produits chimiques, en respectant l’environnement.

Quelles sont vos perspectives d’évolution ?

Nous allons au-delà des cabanes maintenant en proposant des constructions et extensions bois pour l’habitat, on s’ouvre aussi au milieu urbain. Nous sommes 5 à ce jour à temps plein et nous cherchons à recruter un compagnon charpentier. Dans nos projets aussi, nous envisageons la création d’un atelier commun participatif et collaboratif avec Inbo et un jeune ébéniste, pour faire un pôle bois avec l’objectif de faire des maisons écologiques saines et réduire l’impact environnemental au maximum.

Infos > iletaitunarbre.fr

« Un challenge technique et humain »

Aurèle Charlet a participé en 2013 aux Défis du bois en tant qu’étudiant à l’ENSTIB d’Epinal. Il a depuis crée sa société « In’Bô » et ses fameuses lunettes de soleil en bois faites à la main dans les Vosges (Les Voivres).

Quel souvenir gardez-vous de votre participation ?

Je n’ai que des bons souvenirs de cette expérience et le plaisir de réfléchir à plusieurs pour faire sortir de terre un projet en à peine quelques jours. J’ai d’ailleurs choisi ma formation en Master ABC (Architecture Bois et Construction) pour pouvoir participer à ce défi qui fait partie du cursus.

Quel était votre défi ?

A cinq étudiants nous avons défini un projet représentant un système de passerelles suspendues sur quatre poteaux centraux de 2m de haut. Techniquement, cela était un vrai défi car nous partions dans l’inconnu. Le délai imparti rend la tâche encore plus compliquée mais c’est un challenge technique et humain passionnant, où il faut savoir gérer nos relations dans l’urgence et l’intensité. C’est une expérience à la fois formatrice et hors du commun.

Encouragez-vous le public à assister à ces rencontres ?

C’est un événement à suivre du début jusqu’à la fin pour voir l’évolution des œuvres,  du départ jusqu’à un aboutissement en quelques jours. Et découvrir toutes les constructions finales, c’est assez étonnant !

A l’issue de vos études vous avez créé votre société In’Bô. Où en êtes-vous ?

Nous l’avons créé à quatre personnes et après un passage « en couveuse », nous sommes aujourd’hui autonomes avec sept salariés. Nos produits sont des lunettes en bois vendues chez 190 opticiens en France, des skates en bois avec de la fibre de lin mais aussi des vélos en bambous.

Pas de regrets d’avoir fait vos études dans le bois ?

Que l’on dispose d’un CAP ou d’un diplôme d’ingénieur dans le bois, il existe de très importantes activités et innovations dans cette filière qui se développe. Travailler avec un matériau noble, naturel et renouvelable, c’est du bonheur !

Infos > inbo.fr

Photos © Flora Bignon, J-F. Hamard,O. Panier des Touches/Dolce vita, Il était un arbre, Scenolia, InBo



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